CHAPITRE XX
^knoQTeui gouvernement est dans lUotérét de tous. Ses aviDtages pour les bommes d*autrefois,
D Dons en a coûté beaucoup pour démontrer à « hommes dignes de tous les respects qu'ils ne 9«mx pas obtenir ce qu'ils désirent. Nous re- Ww» peut-être autant et plus qu'eux ce qui a
<aAnAIIBU.UlD. — TOMB II,
cessé d'exister; mais enfin nous ne pouvons pas faire que le dix-neuvième siècle soit le seizième , le quinzième , le quatorzième. Tout change , tout se détruit, tout passe. On doit, pour bien servir sa patrie, se soumettre aux révolutions que les siècles amènent; et, pour être l'homme de son pays, il faut être l'homme de son temps. Hél qu'iest-ce qu'un homme de son temps? C'est un homme qui , mettant à l'écart ses propres opinions, préfère à tout le bonheur de sa patrie ; un homme qui n'adopte aucun système, n'écoute aucun pré- Jugé, ne cherche point l'impossible, et tâche de tirer le meilleur parti des éléments qu'il trouve sous sa main; un homme qui , sans s'irriter contre l'espèce hmnaine , pense qu'il faut beaucoup donner aux circonstances , et que dans la société il y a encore plus de foiblesses que de crimes : enfin, c'est un homme éminemment raisonnable, éclairé par l'esprit, modéré par le caractère, qui croit , comme Solon, que dans les temps de corruption et de lumière, il ne faut pas vouloir plier les mœurs au gouvernement, mais former le gou-^ vernement pour les mœurs.
Notre Charte constitutionnelle a précisément ce dernier caractère ; il nous reste à montrer qu'elle est également favorable aux intérêts des sujets et du monarque.
Nous dirons à la noblesse > : De quoi pouvezvous vous plaindre? La Charte vous garantit tout ce qu'il y avoit d'essentiel dans votre ancienne existence. Si elle n'a pu faire que vous jouissiesi de quelques droits depuis longtemps détruits dans l'opinion avant de l'être par les événements, elle vous assure d'autres avantages. Vous occupiez les places d'officiers dans l'armée : eh bienl vous pouvez encore les remplir; seulement vous les partagerez avec les François qui ont reçu une éducation honorable. On ne vous fait en cela aucune injustice : il en étoit ahisi autrefois dans la monarchie. Aux yeux de nos rois, le premier titre d'un guerrier étoit la valeur. « Pour estre faits che- « valiers , dit du Tillet , ils ont toujours choisi le « chevalier le plus renommé en prouesse et che- « Valérie, et non celui qui estdu plus haut lignage, « n'ayant égard qu'à la seule vaillance '. »
Autrefois, quels étoient l'espoir et l'ambition d'un gentilhomme? De devenir capitaine après
1 Tout ce qui soit et tout oe qui précède mécontenta d'ahoTÙ les hommes que Je voulois consoler : auyourd'liui ces mêmes hommes me rendent Justice ; ils ont pris part au gouvernement représentaUf, et ils en ont connu les ressources*
> Recueil de$ rois de France^
191 IIËLANGES POLITIQQIS.
quarante années de service , de se retirer sur ses Tieux Jours avec la croix de Saint-Louis et une pension de 600 francs '. Aujourd'hui, s'il suit la carrière militaire, un avancement rapide le portera aux premiers rangs. A moinsd'une étrange byeur ou d'une action extraordinaire, un cadet de Gascogne ou de Bretagne seroit-ll Jamais devenu, sous l'ancien régime, colonel , général , maréchal de France ? Si , réunissant toute sa petite fortune y ilfaisoit un effort pour venir solliciter quelque emploi à Paris, pouvoit-il aller à la cour? Pour jouir de la vue de ce roi qu'il défendoit avec son épée , ne lui falloit-il pas être présenté, avoir monté dans les carrosses? Quel rôle jouoit-il dans les antichambres des ministres? Qu'étoit-ce, en un mot, aux yeux d'un monde ingrat et frivole, qu'un pauvre gentilhomme de province? Souvent d'une noblesse plus ancienne que celle des courtisans qui occupoient sa place au Louvre , il ne recevoit de ces enfants de la fiiveur que des reAis et des mépris. Ce brave représentant de l'honneur et de la force de la monarchie n'étoit qu'un objet de ridicule par sa simplicité, son habit et son langage : on oublioit que Henri IV parloit gascon , et que son pourpoint étoit percé au coude.
Le temps de ces dédains est passé : dans les provinces, vous, gentilshommes, vous jouirez de la considération attachée à votre famille ; à Paris, TOUS entrerez partout, en entrant dans le palais de vos rois. Une carrière immense et nouvelle s*ouvre pour vous auprès de cette ancienne carrière militaire qui ne vous est point fermée. Vous pouvez être élus membres de la Chambre des députés : redoutables ' à ces ministres qui vous repoussoient autrefois , vous serez courtisés par eux; devenus pairs du royaume, appelés peutêtre au timon de l'État, nouveaux che& de votre antique famille, et patrons de votre province, ce sort éclatant sera l'ouvrage de vos propres mains. Qu'est-ce que l'ancien gouvernement pouvolt vous offrir de comparable? Nous ne vous entretenons ici que de vos intérêts matériels; nous ne TOUS parlons pas de cette gloire, partage certain de celui qui consacre ses jours à défendre le roi , à protéger le peuple , à éclairer la patrie ; de celui
I Oo a dit qœ c*étoU U préctoémNit œ qo*U y «voit de beaa dans randen ordre de chowt : c^est ooDffôadn les ehowi , et ■Oenx MoUr que bien nlaonoer. Ne l'aper^oltKNi pas que plus le gentilhomme le mootre ici admiraliie, moins le gouvtmem^mt parott«éoAKQX,ct que l'éioga de l'un est la crttiqaedel*autre7
s raorois l'air de prophétiser après rérénement, si beu-
rHisencnt les il<^jrioM jwiiIsfiMi D*êYoieiit été poÛléCi ao Mois de déoemlNre isii.
qui soutient, avec les autels de la religion, ki droits de la raison universelle, et qui comhet pour les principes de cette liberté sage ssot laquelle, après tout, il n'y a rien de digne et d< noble dans la vie humaine.
Bumet, réfléchissant sur la révointion (pd i donné à l'Angleterre cette constitution tant adnip rée , observe que de son temps les gentikhomiMi anglois a voient de la peine à s'y soumettre, tm: vant mauvais que le roi ne fût pas assei nd \ Eh bienl ces gentilshommes qui se plaignoiat alors, sont les ancêtres des Pitt, des Burke,d8| Nelson , des Wellington ; leur roi est devenu des plus puissants rois de la terre ; leur pays %\ élevé au plus haut degré de prospérité, sons constitution qui répugnoit d'abord à leur à leurs mœurs , à leurs souvenirs.
Qui pourrolt donc s'opposer, parmi miai,i généreuse alliance de la liberté et de llumoenr Ces deux principes ne sont-ils pas, comme l'avons prouvé, ceux qui constituent essen ment la noblesse ? Pourquoi on gentilhomme n'i tiendroit-il pas, dans l'ordre nouveau de la narchie, toute la considératioQ dont il dans Tordre ancien? La constitution , loin de rien ravir, lui rend cette importance que qu'il avoit perdue , et dont les ministrei pouvoir, t|int6t par ruse , tantM par &roe,a mis tous leurs soins à le dépouiller. Exoqpté les cas si rares de l'assemblée des états quelle part la noblesse avolt-elle aux du gouvernement? N'étoit*ce pas le de Paris qui exerçoit les dnrtts poUtiquciI étoit pourtant asseï dur, pour l'antique la noblesse, de n'influer en rien dans la publique, de voir l'État marcher à sa sans être même appelé à donner son (^^iaioa V Quelques droits féodaux , tombés en désuteilf valent*ils les droits politiques qui sont rendaiiK gentilshommes? Ces droits conservés psr II CSmmbre des pairs , tandis qu'ils peuvent (M gentilshommes) entrer dans la Chambre deidi» pûtes, sont des biens qui compensent pour II noblesse les petits avantages de l'ancien régivif nous voulons dire de l'ancien régime tel (pA étoit , tout affoibli et tout dénaturé à l'époque* la révolution. Rien n'empêche , après tout, si gentilhomme d'être citoyen comme Scipion, é chevalier comme Bayard : resclavage n'est poisi
' RéJUx.turletMém.hktdetaGranie'RretagneM'j^ • La noMessa B'cievçoU de dfolts pottUq«ias«iBlaaiM pays d'étals.
MÉUNGtS POLtTtQtJES.
kcandère de la noblesse. Dans tous les temps , o moorant avec Joie pour ses princes, elle a jéfenda respectueusement, mais avec fermeté, m droits contre les prérogatives de la couronne, ■le redevient aqjourd'hui une barrière entre le |Nfleet le trône, comme elle Tétoit autrefois. Unqoe Charles V' leva l'étendard de la guerre ; Me, la noblesse angloise courut se ranger au- Inrdeson roi ; mais avant de combattre pour M, die lai déclara qu'en le défendant contre les fÉiliei, elle ne prétendoit point servir à oppri- |Hr la liberté des peuples ; et que si l'on vouloit •flojer ses armes à un pareil usage, elle ifadt (Migée de se retirer. Ce généreux esprit également la noblesse françoise : nos cbe* sont les défenseurs du pauvre et de l'or- Eb , Dieu 1 disoit Bertrand du Guesclin 1 Charles Y , faites venir avant les cbaperons , c'est à savoir, prélats et avocats qui I les gens. A tels gens doit-on faire r les coffres , et non pas à pauvres gens fri ne ftmt que languir. Je vois aujourd'hui le contraire : car celui qui n'a qu'un pea, on lui veut tollir ; et celui qui a du pain , n lai en offire. »
Peut-être dires-YOus que, dépouillés de certains qu'on vous rendoit , et qui vous distin- I, vous avez perdu le caractère extérieur la noblesse. Mais, à différentes époques, et diverses assemblées des états généraux , les ommes avolent renoncé à d'importantes ives, Ite avoient consenti à la répartition des impôts. Si donc les derniers états genèse fassent séparés sans que la révolution sa Ueu , la noblesse , privée de ses privilèges
EMandoo volontaire qu'elle en avoit fait , se et pour cela regardée comme anéantie ? Non tasioQte : appliquez ce raisonnement à l'état Idad. Toutefois il nous paroitrolt nécessaire flUFavenir on accordât à la noblesse, comme Ha dievalîers romains , quelques-uns de ces kooneors qui annoncent son rang aux yeux du
E\ sans quoi les degrés constitutionnels de — arcfaie ne seroient point marqués, et nous MoDs l'air d'être soumis au niveau du despotee orioital. li faut surtout que les pairs jouis- M des plus grands privilèges , qu'ils aient des f^M dé^gnées dans les fêtes publiques , qu'on tereadedes honneurs dans les provinces; qu'en ' ^not,on reconnoisse tout de suite en eux les pBAm bommes de l'État.
Au reste , comme nous ne voulons rien dire qui ne soit fondé en raison et de la plus stricte vérité , nous ne prétendons pas que tous les avactages dont nous avons parlé dans ce chapitre puissent être recudilis immédiatement. La carrière militaire, par exemple , sera quelque tempe fermée à cause du grand nombre d'officiers demeurés sans emploi , et qui doivent être préférés. Mais quel qu'eAt été le gouvernement établi par la restauration , cet inconvénient auroit toujours existé. La renaissance de l'ancienne monarchie n'auroit pu ni diminuer le nombre, ni effacer les droits de tant de François qui ont versé leur sang pour la patrie. Ainsi ia Charte n'entre pour rien dans cet embarras du moment. D'ailleurs , comme nous l'avons fait observer en parlant de l'èml* gration, un très-grand nombre de gentilshommes sont déjà placés dans l'armée. Enfin, ce n'est pas toujours pour sol qu'on bâtit dans cette vie. C'est aux peuples que sont permis le long espoir et U$ vastes pensées.
Quant à la haute noblesse , dont nous n'avons point parlé à propos de la Charte , elle y trouve si évidemment son avantage, qu'il seroit superflu de s'attacher à ie montrer. Comme c'étoit elle surtout qui avoit le plus perdu dans la destruction du pouvoir aristocratique de la France, c'est elle aussi qui gagne le plus à l'ordre de choses qui rétablit ce pouvoir. Les hommes qui portent ces noms historiques auxquels la gloire a depuis longtemps accoutumé notre oreille, rentrent dans la possession de leurs droits : c'est un sort assez remarquable de servir à fonder la nouvelle monarchie dans la Chambre des pairs de Louis XVIII , après avoir formé la base de l'ancienne monarchie dans la Cour des pairs de Hugues Capet,
Ainsi la Charte, qui rend aux gentilshommes leur ancienne part au gouvernement , et qui les rapproche en même temps du peuple pour le protéger et le défendre , ne fiait que ies^rappeler an premier esprit de leur ordre. Les plus hautes et les plusbriliantes destinées s'ouvrent devant eux : il leur suffit, pour y atteindre, de bien se pénétrer de leur position, sans regarder en arrière, et sans lutter vainement contre le torrent du siècle.
MÉLANGES POUTIQUES.