CHAPITRE U
L'armée de Condé se met en marche poar rejoindre les troupes alliées. Mariaisede Son Àllesse Royale Madakc et de monseigneur le duc d'Angouléme.
La Russie s'étant déterminée à secourir l'Autriche, à délivrer lltalie et à porter la guerre en France, le corps de Condé reçutenVoUiinie l'ordre de se tenir prêt à marcher. Cet ordre ranima dans le cœur des vaillants proscrits leur double passion pour les combats et pour la patrie : chacun se défit de ce qui lui restoit pour s'équiper ; les lambeaux de la fidélité furent vendus pour acheter les armes de l'honneur, l'armée s*ctoit formée en trois colonnes * : la première commandée par M^ le prince de Condé , la seconde par M^ le duc de Berry , et composée du régiment noble à cheval , du régiment d'infanterie de Durand et de l'artillerie ; la troisième sous les ordres de Ms' le duc d*Eoghien.
Tandis que ces guerriers s'avançoient vers la France dans l'espoir d*en ouvrir le chemin à leur roi , le ciel accomplissoit une partie de leurs vœux : Màdàmb donnoit sa main à M^ le duc d'Angouléme. Des témoins oculaires nous ont transmis des détails d$ cette pompe , qui n'a presque point été connue : nous les laisserons parler. Hélas ! nous avons vu et nous raconterons les solennités d'un autre mariage 1 il s*étoit fait au sein de la patrie , sous des auspices bien plus favorables : Dieu avoit ses desseins sur les deux frères.
Mittau, 5 Juin 1799.
« La reine * arriva hier après an long et pénible voyage. « Le roi se proposoit d*aller à quatre milles d*ici : il la ren- « ooutra À moitié chemin de cette distance. Leur entrevue « excita tout Tintérét que doivent inspirer deux augustes « époux séparés depuis huit ans , et cherchant dans leur « réunion quelque adoucissement à des malheurs inouïs.
a Madame Thérèse est arrivée le lendemain : le roi étoit « parti de grand matin pour aller à sa rencontre. La pre- « mière maison de poste étoit Uidiquée pour le rendez-vous ; « mais la princesse ayant fait la plus grande diligence, ce « fut aussi sur le chemin qn*ils se rencontrèrent : nulle ex- « pression ne pourroit peindre un pareil moment. Le même « sentiment flt s'élancer k la fois, hors de leurs voitures, « le roi , MRt le duc d'Angouléme et Madame Thérèse. Le « roi courut vers Madame en lui tendant les bras ; mais « ses eiïorts ne purent suffire pour Tempécher de se préci- « piter à ses pieds. Des larmes et des sanglots furent les « premiers témoignages des sentiments profonds dont le « cœur étoit rempli. Le premier tribut payé à la nature et « au souvenir de tant d*infortunes fit place aux expressions « de la plus tendie recounoissance. Ms^ le duc d* An goûléme,
* 26 Janvier 1790.
* Marie-Josèphe-Louise de Savoie, épouse de Louis XVIIL
« retenu par le respect, mais entraîné par mille sentiments « divers, arrosoit de ses pleurs la main de sa cousine,
0 tandis que le roi, dans la plus vive émoUon et les yeux « inondés de larmes, pressoit contre son sein cette prin-
1 cesse , et lui présentoit en même temps Tépoux qu'il lui « donne. Ce roi si bon, si digne d'un meilleur sort, placé « ainsi entre ses enfants d'adoption, éprouvoit pour la pre' " mière fois qu'il peut encore exister pour lui quelques « instants de bonheur.
« Tous les François qui entourent Sa Majesté , avides A de voir, de bénir, d'adorer l'auguste fille de Louis XVI, « s'étoient postés en foule dans les cours et les escaliers do « ch&teau. A l'instant où elle a paru , des larmes d'attm- « drissement couloient de tous les yeux, et Ton n'entendoit a plus que des vcnix adressés au cieL
« On admire dans les traits de Madame Thérèse, dans « son maintien, dans son langage et le mouvement de sa « physionomie, l'aisance, la noblesse et les grâ:es de « Marie-Antoinette. La France, avec autant de joie que de « douleur, retrouva dans sa figure les traits de l'infortuné « Louis XVI, embellis par la jeunesse, la fraîcheur, la « sérénité; et, iiar un heureux accord, qui sans doute « est un don du ciel, la prmcesse rappelle aussi Madame « Élisabctli.
« Les regrets universels que hi cour et les habitants de « tontes les classes de la ville de Vienne ont témoignés au « départ de Madame Thérèse, le respect et la vénération a qu'elle mspire à tous ceux qui ont le bonheur de Tapit procher, sont un garant certain des sentiments d'amour « dont la France entière fera hommage à cette adorable « princesse. «
MIttau. 10 Juin 1799.
« Le mariage si longtemps désiré de Me*" le duc d'Angou- « léme avec Madame Thérèse de France s'est célébré au- « jourd'hui dans une grande salle du cli&teau, où l'on avoit « dressé un autel entouré de fleurs. Son Ém. Msr le cardi- « nal de Montmorency , grand aumônier de France, leur a « donné la bénédiction nuptiale : le clergé catholique de « Mittau assistoit à cette cérémonie. L'abbé Edgworth « étoit auprès du prie-dieu des jeunes époux. Moksielr, « que l'état actuel des choses retient à la proximité de « Frame, et Madame, à qui sa santé n'a pas permis d'en- « treprcndre un si long voyage , n'y ont pas été présents '• n Toutes les personnes les plus considérables de la vUle se <c sont empressées de s'y rendre , ainsi que le prêtre gr^ « et le pasteur luUiérien. IjQS François qui se sont trouvés « à Mittau dans ce beau jour ont eu le bonheur de voir « former ces liens. La famille royale avoit pour escorte ces « cent gardes du corps , respectables vétérans de l'honneur « et de la fidélité, à qui l'empereur de Russie a donné, « pour récompense de leurs longs services , la fonction « d'entourer leurs maîtres. MM. les ducs de ViUequier, de R Guiche, de Fleury , le comte de Saint-Priest (qui a reçu ce le contrat de mariage) , le marquis de Nesle, le comte « d'Avaray , le comte de Cessé , et quelques autres officiers a ou serviteurs du roi, ont eu l'honneur de signer comme « témoins l'acte de célébration.
« Une fille de France et un petit-fils de France ne poua vant trouver qu'à six cents lieues de leur patrie un au- « tel où il leur fût permis de déposer leurs serments , l'Iié»
I Le comte d'Artois et la comtesse d'Artois.
SUR LB DUC DE BERRY
t itter piéMiiiplif de h coaroime de Louis XVI , et les
■ péâeiix restes dn sang de ce monarque , uniss&Dt leurs « destinées à Mittau sous les auspices de l'empereur de
■ Russie : qod spectacle , et que de réflexious il fait
■ utlit!
• Le foi y qui trouTe dans l'union de sa nièce et de son c MTca tout ce que le sentiment a de plus doux réuni à ce
• qtt h politique peut avoir de plus important , jouit main-
■ toiBtde son ourrage, en y reconnoissant ime nouveUe « m^ de l'amitié du digne successeur de Pierre le « Gmd. Ce magnanime souverain signera lu contrat de
• Mariage» et en recevra le dépôt dans les archives de son
■ sénat'.»
Ainsi s'accomplit dans une terre étrangère, au mîliea des religions étrangères, le mariage dont un des témoins fut le prêti;e étranger qui assista Louis XVI à l*écLafaud : un sénat étranger reçut Tacte de célébration. 11 n*y avoit plus de place pour le contrat de mariage de la fille de Louis XYI dans ce trésor des chartes où fut déposé celui dWone de Russie et de Henri I", roi de France.