‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 216 sur 279 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

DéTeloppemept du sy»Unii> : oomiMDt le clergé doit être employé dans la restauration.

Lorsque Dagobert flt rebâtir Saint-Denis, il Jeta dans les fondations de l'édifice ses Joyaux et ce qu'il avoit de plus précieux : Jetez ainsi la religion et la Justice dans les fondations de notre nouveau temple.

Toutes les propositions de la Chambre des députés, relativement au clergé, non-seulement étoient Justes, autant que morales, mais encore éminemment politiques. Les esprits superficiels ti'ont point vu cela; mais que voient-ils?

Youlez-vous faire aimer et respecter les institutions nouvelles? Que le clergé aime et prêche de cœur les institutions. Conduisez-les à l'antique autel de Clovis avec le roi ; qu'elles y soient marquées de Thuiie sainte; que le peuple assiste 'à leur sacre , si J'ose m'exprimer ainsi , et leur règne commencera. Jusqu'à ce moment la Charte manquera de sanction aux yeux de la foule : la liberté quiiie nous viendra pas du ciel nous sem- 1>iera toujours l'ouvrage de la révolution , et nous ne nous attacherons point à la fille de nos crimes «t'de nos malheurs. Que seroit-ce, en effet, qu'une Charte que l'on croiroit en péril toutes les fois que Ton parleroit de Dieu et de ses prêtres? une liberté dont les alliés naturels seroient l'impiété , l'immoralité et rinjustice?

Mais, pour que le clergé s'attache à votre gouvernement, levez donc l'espèce de proscription idoot il est encore frappé , et qui semble tenir à ee gouvernement même; faites que celui qui distribue le pain de vie puisse donner la charité au lieu de la recevoir, et que prenant part lui-même A l'ordre politique , le ministre de Dieu ne soit plus étranger aux hommes.

Ainsi permettez aux Églises d'acquérir; rendez-leur le reste des domaines sacres non encore vendus. Il est prouvé, par Texemple de la Grande- Bretagne, que l'existence d'un clergé propriétaire n'est point incompatible avec celle d'un gouvernement constitutionnel. Dire que , parce que l'Église possédera quelques terres , le clergé redeviendra un corps politique en France , c'est une chimère que les ennemis de la religion mettent en avant sans y croire. Ils savent parfaitement combien nos mœurs et nos idées s'opposent aujourd'hui à tout envahissement du clergé. Ne voyons- nous pas des gens tout aussi sincères craindre à présent la puLsanoe de la cour de

Rome? Ceux qui crie&tanjourdlitti àntpaputa

disoit le docteur Johnson, auroient crié «a tm pendant le déluge.

On £Edt valoir la générosité , la pàtieuoe , la résignation du clergé, qui ne demande rien, qui souffre en silence pendant que tout le imé murmure et réclame quelque chose. Il est curim d'argumenter de ses vertus pour le laisser moarir de faim; c'est pour ces vertus mêmes qui! îsA lui donner.

Qui recevra les biens dont je veux qu'on ranetto la Jouissance au clergé ? Les biens n'appertenoiat pas aux églises en général : ils étoient le patiimoine particulier d'ordres monastiques, d'ailbayes , d'évêchés même qui n'existent plus.

Que J'aime à voir ces tendres sollicitudes etos soucis vraiment paternels I Mais rendez toujoui, et laissez faire ceux à qui vous aurez reodo.! est probable que l'Église, qui ne s'entend pi trop mal en administration , trouvera mojçD, aussi bien que vous , de gérer et de r^rtir fpé ques chétives propriétés.

Le clergé sera donc organisé ; il aura doncn conseil administratif. Quel mal cela vcMisfera4il? Les villes, les communes^ les fabriques, Ici hôpitaux, ne possèdent-ils pas, n*OQt-ils pu aussi des assemblées pour diriger leurs affiiires?

Par cette opération salutaire, le peuple le trouvera d'abord soulagé d'une partie dei'impâl qu'il paye pour le culte. A mesure que les églises acquerront , on diminuera les secours qne ïtA est obligé de leur fournir.

Le clergé reprendra en même temps celtei* gnitéqui naît de l'indépendance. Devenu pn^ri^ taire , ou du moins trouvant une existence booih rable dans les propriétés de l'Église, ils'intéresseit à la propriété commune. Cet acte de justice l'at« tachera au gouvernement; engagé par larecoonoissance, vous aurez bientôt dans vos rangs os auxiliaire dont la force égalera le zèle.

Augmentez ensuite son penchant poar la monarchie nouvelle , en lui rendant, partout où cela sera possible , la tenue des registres de rétal efvil.

Quand le législateur peut choisir entre deat institutions , il doit préférer la plus morale à celle qui l'est moins. Le chrétien , reçu par ui^ prttn en venant au monde, inscrit sous le nom etia protection dun saint à l'autel du Dieu vivant, semble, pour ainsi dire, protester, en naissaot, contre la mort , et prendre acte de son immorta-

MÉLANGES POUTIQUES.

ItS

Blé. L'Église, qui l*aectteiUe à son premier soufir, ptrolt lai apprendre encore qae les premiers devoirs de l'homme sont les devoirs de la religion; tf ceux-là renferment tons les autres. Ces idées li nobles et si utiles ne s'attachent point aux regjitres purement civils : c'est un catalogue d'esdifo pour la loi , et de conscrits pour la mort.

D D'y a aucun doute que l'éducation publique MioiTe être remise entre les mains des ecclé- Érijques et des congrégations religieuses aus- ÉKqo'oQ le pourra : c'est le vœu de la France.

Qoe la pairie appartienne au siège de tous les «tàevéchés de France ; qu'il y ait dans la Ghambedes pairs le banc des évèques, comme il oiste dans la Chambre des lords en Angleterre. Je ne vois rien qui puisse empêcher encore qu'un «désiastiqnesoit élu membre de la Chambre des »; la Charte ne s'y oppose pas, s'il est ; cela ne blesseroit ni nos mœurs ni H» souvenirs, puisque le clergé formoit autrete le premier ordre de nos états généraux, et que Dous scnumes également accoutumés à l'en- IcDdre parler dans la chaire et dans les assem- Uées politiques.

Je ne doute point que le clergé , tenant au sol de la France par la propriété des églises , prenant ne part activé à nos institutions civiles et politiqoes, ne fournit en même temps une classe de ciloyeDs aussi dévoués que nous-mêmes à la Charte. Depuis le commencement de la monarchie Jasqn'à pos Jours , il est incontestable que les talents supérieurs se sont trouvés placés dans l'Éllise; elle a fourni nos plus grands ministres, eoaune elle nous a donné nos plus éloquents oratesetoos premiers écrivains. Répandus dans ieeupi social , les prêtres y porteroient une inilocare salutaire; ils guériroient les plaies faites IMrla révolution , apaiseroient le bouillonnement 'ese8prits,corrigeroient les mœurs, rétabliroient peo à peu les idées d'ordre et de Justice, déraciocroient les fausses doctrines , introduiroient de tontes ports la religion qui est le ciment des institotioDs humaines, et la morale qui donne la perfétoitéàlapolitique^

Hais Fesprit du clergé ne sera-t-il pas en op~ position avec l'esprit du gouvernement constituiMiuiei? Et depuis quand la religion chrétienne ttt-die ennemie d'une liberté réglée par les lois? L'Évangile n'a-t-ll pas été prêché à toute la terre? N'est-ce pas un de ses caractères lilvins que de

pouvoir s'appliquer à toutes les formes de la société?

Dans le moyen âge , l'Italie étoît couverte de républiques, et lltalie étoit catholique comme aujourd'hui. Les trois cantons d'Uri , de Schv^itz et d'Uoderv^^ald ne professent-ils pas également la religion catholique? Et n'y a-t-il pas dgà quatre siècles qu'ils ont donné à l'Europe barbare l'exemple de la liberté? En Angleterre ,iin clergé riche et puissant est le plus ferme appui du trône, comme de la constitution britannique; et le temps n'est pas éloigné sans doute où le clergé catholique irlandois Jouira des bienfaits de cette belle constitution.

Enfin, si vous laissez, comme on Ta fait Jusqu'ici, le clergé en dehors de tout, vous le rendrez nécessairement ennemi , ou du moins indifférent; une grande partie de l'opinion le suivra et se détachera de vous. Ce clergé , tout pauvre, tout misérable que vous Faurez laissé, créera malgré vous un empire dans un empire. Il se rappcN lerabien plus le rangqu'il occupoit Jadis en France quand vous le tiendrez à l'écart , que lorsque vous l'aurez admis à tout ce qull peut être. Sil se plaignoit alors, ce seroit sans justice, car il faut bien qu'il supporte les modifications éprouvées par les ordres de l'État.

Au reste, lorsque J'insiste, comme premier moyen de salut , sur la nécessité de faire rentrer la religion dans la monarchie. Je ne prétends aller ni au delà ni en deçà du siècle : la raison est mon guide , et Je sais très-bien ce qui se peut et ce qui ne se peut pas. Sur ce point , J'ai exposé ma doctrine à la Chambre des pairs ; qu'il me soit permis de la rappeler.

« Plus le haut rang de la pairie, disois-Je en parlant sur la loi des élections, semble nous éloigner de la foule , plus nous devons nous montrer les zélés défenseurs des privilèges du peuple. At. tachons-nous fortement à nos nouvelles institutions, empressons-nous d'y ajouter ce qui leur manque. Pour relever l'autel avec des applaudissements unanimes, pour Justifier la rigueur que nous avons déployée dans la poursuite des criminels, soyons généreux en sentiments politiques; réclamons sans cesse tout ce qui appartient à l'indépendance et à la dignité de l'homme. Quand on saura que notre sévérité religieuse n'est point de la bigoterie ; que la Justice que nous demandons pour les prêtres n'est point une inimitié secrète

MÉLANGES POLITIQUES

eontre les philosophes ; qae nous ne voulons point faire rétrograder Tesprit hnmain; que nous désirons seulement une alliance utile entre la morale et les lumières , entre la religion et les sciences , entre les bonnes mœurs et les beaux-arts; alors rien ne nous sera impossible; alors tous les obstacles s'évanouiront ; alors nous pourrons espérer le bonheur et la restauration de la France. Trois choses, messieurs , feront notre salut : le roi , la religion et la liberté. C'est comme cela que nous marcherons avec le siècle et avec les siècles, et que nous mettrons dans nos institutions la convenance et la durée. »

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