‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 42 sur 279 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Vie privée da prince. Anecdotes du cocher, du valet de pied et du piqueur. Pension de M. de Proveoclière.

Adoré de sa maison , M^ le duc de Berry y établit un ordre parfait; non cet ordre naturel à la médiocrité de l'esprit, mais celui qui tient à la délicatesse de l'âme, et qui donne l'indé-: pendance : il vouloit que cet ordre, établi pour lui-même , se retrouvât encore parmi ses domestiques. Quand ils plaçoient une somme à la caisse d*épargne , il doublolt cette somme , afin de les encourager à l'économie et de les rendre prévoyants pour l'avenir. Excellent maître, sa bonté n'avoit d'autre défaut que d'être impatiente comme son humeur. Il avoit plusieurs fois^gnifié à un cocher qu'il ne vouloit plus être mené par lui. n Tu es trop vieux pour travailler, lui disoit-il « brusquement; va-t'en. » Le cocher, non moins déterminé à rester, déclaroit qu'il avoit une nonh breuse famille , et qu'il falloit qu'il travaillât « Et que ne disois-tu cela plus tôt ? s'écrie le prince : «c'est UDC autre affaire. J'augmente de 1200 « fi*ancs ta pension de retraite ; mais, bon homme, « Je t'en prie , repose-toi. »

Depuis quelque temps le prince entendoit tonte sa maison retentir du nom d'un certain Joseph f qu'on ne cessoit d'appeler dans les Jardins , ks cours, les vestibules. Il ordonne qu'on lui amène cet homme qu'il ne connoissoit pas. « Hé bien, R Joseph I lui dit-il , c'est donc toi qui mènes ma « maison? Tu me parois faire la besogne de tout le « monde. Es-tumarié?as^tu des enfants?» Joseph, tremblant, répond : « Oui, monseigneur. » Les gages de Joseph furent doublés.

Aubry étoit le premier piqueur du prince, souvent loué , souvent grondé , suivant la fortune de la chasse. Un rendez-vous est donné à Complègne. Aubry reçoit l'ordre de s'y trouver à huit heures précises du matin. Le prince, arrivé plus t6t, ouvre la chasse à sept heures et demie. Aubry, exact à huit heures entend la chasse au loin dans la forêt. A midi, M^ le duc de Berry rentre fatigué, le cerf égaré, les chiens en défaut. Il demande Aubry avec les marques de la plus vive impatience. On trouve Aubry qui se cachoit : on l'amène tout interdit devant Monseigneur. « Aubry, « s'écrie le prince , quelle est la punition des gens « qui ne sont pas exacts? » Aubry ne peut répon« dre. < Tu ne le sais pas? dit le prince : hé bieni « moi , Je le sais ; c'est de payer une amende , et

SUR LÉ DUCBEBERRY.

«Jeta paye. » n loi remet une somme pour ses enûuts.

U B'oublioit jamais les services qifon lui avoit mdiB. Sa reocmnoissance alla chercher jusqu'en Amérique M. de ProTenchère , son premier valet de chambre , que l'âge et les infirmités retenoient MX États-Unis. Par une rare délicatesse , M*' le due de Berry nomma pour son trésorier ce vieux serviteur ; et c'est à ce titre qu'il recevoit une penskn , quoique le prince n'eût Jamais ni trésor ni

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