CHAPITRE XYII
PrttseDttffienU de monseignear le dac de Berry comparés à
ceux de Henri IV.
Madame de Sévigné appelle le rossignol le hi* raut du printemps : la jeune princesse, fille de notre aimable prince , étoit venue nous annoncer le retour des beaux Jours de la monarchie , et nous prédire un frère et un roi. La naissance de Mademoiselle avoit redoublé la tendi*esse de M*' le duc de Berry pour sa femme ; il chérissoit dans cette princesse la mère des monarques fiitars qui dévoient assurer le repos de l'État : l'amour de la patrie augmentoit en lui l'amour paternel. Toutefois des pensées tristes l'assiégeoient.
Il existe en France une certaine classe d'hommes ou d'avortons révolutionnaires qu'on ne sauroit définir ; c'est , si l'on veut , la bassesse vivante et personnifiée ayant pour âme le crime. Ces hommes, ensevelis dans le mépris sous un gouvernement régulier, étouffent ; et , pour donner passage à la voix de leur conscience, ils ont recours aux lettres anonymes ; ces lettres ne sont pour ainsi dire que la copie des pages de ce livre éternel où les forfaits de la pensée sont écrits. De pareilles lettres avoient souvent été adressées à M^ le duc de Berry ; dans les derniers temps, elles s'étoient multipliées, et leur style devenoit de plus en plus atroce. Le prince en étoit asses frappé , soit qu'il eût des pressentiments secrets, soit qu'il ne pût s'empêcher de reconnoltre les symptômes d'une décomposition sociale.
Henri IV avoit de même pressenti sa fin. « Par- « dieu , je mourrai dans cette ville, répétoit-U à « Sully ; je n'en sortirai jamais : ils me tueront « Je vois bien qu'ils mettent toute leur demies « ressource dans ma mort '. » Une autre fois, il dit à Marie de Médicis : « Ma mie , si ce sacre ne N se fait jeudi. Je vous assure que vendredi passé K vous ne me verrez plus. » Il lui dit encore dans une autre occasion : «'^Passez , passez , madame « la régente I • Un jour il répondit à M. de Guise qui s'entretenoit avec lui : « Vous ne me connois- « sez pas maintenant , vous autres ; mais je mou^ f rai un de cesjours, et quand vous m'aurez perdu,
« vous connoîtrez lors ce que je valois. » Bassompierre , qui étoit présent , voulut le ramener à des idées moins tristes , en lui faisant Ténuméra-
< Blémohret de Sully, Basêompierrt, Journalde l'Étoile, ele.
SUR LE DUC DE BERRY
CSoD de ses félicités. Henri se prit à soupirer, et lui repartit : « Mon ami, il faudra quitter tout m cela. > « Il falloit bien , dit Péréfixe, qu'il y « eùl plusieurs conspirations sur la vie de ce bon m roi , puisque de vingt endroits on lui en donnoit « avis; puisqu'on fit courir le bruit de sa mort en « Espagne et àMilan; puisqu*il passa un courrier « par la ville de Liège , huit jours avant qu'il fût • assassiné, qui dit qu'il portoitnouvelleau prince m d'Allemagne qu'il avoit été tué. » Quelle singulière ressemblance! La mort de M^^ le duc de Berry a été aussi annoncée d'avance par des voyageurs, des lettres, des courriers. Le bruit en étoit public à Londres huit jours avant l'événement Enfin , M^ le duc de Berry devoit périr, comme Henri lY, dans une fête.