‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 189 sur 228 · OB IS · texte numérisé non relu

OB IS

Chaque époque historique a un homme qui la représente : saint Louis est l'homme modèle du moyen âge; c'est un législateur, un héros et un saint. Le temps où H a vécu rehausse encore sa gloire par le contraste de la naïveté et de la simplicité de ce temps. Soit que Louis combatte sur le pont de Taillebourg ou à la Massoure ; soit que , dans une bibliothèque , il rende compte de la matière d'un livre à ceux qui le viennent demander ; soit qu'il donne des audiences publiques ou juge des différends aux Plaids de la Porte , ou sous le chêne de Vincenhes, sans huissiers ou gardes; soit qu'il résiste aux entreprises des papes ; soit que des princes étrangers le choisissent pour arbitre-, soit qu'il meure sur les ruines de Carthage, on ne sait lequel le plus admirer du chevalier, du clerc , du pratriarche , du roi et de rhomme. Marc-Aurèle a montré la puissance unie à philosophie ; Louis TX, la puissance unie à la sainteté : Tavantage reste au chrétien.

Les amours et les chansons de Thibaut , comte de Champagne, ont répandu quelque chose de romanesque sur le temps orageux de la tutelle de saint Louis.

Saint Louis résista aux usurpations de la cour de Rome , et réclama en faveur des libertés de l'Église gallicane : toutes les libertés sont sœurs.

Les Établissements de saint Louis sont une espèce de code où les diverses coutumes |de la monarchie, les ordonnances des rois, les canons des conciles, les décisions des Décrétales, se trouvent mêlés au droit romain.

Louis avoit devancé son siècle : ses Établisse' ments ne furent point admis; s'il les eût publiés au commencement de son règne , peut-être leur auroit-11 pu donner quelque chose de l'autorité de sa vie ; mais les Établissements furent le dernier présent et comme les derniers adieux qu'un saint faisoit à la terre. L'ignorance , les intérêts , les passions qui ne purent rien contre la mémoire de ce grand homme, furent tout-puissants contre ses lois.

Il s'embarqua le f juillet 1 270 à Algues-Mortes , ville à laquelle il donna une charte que nous avons encore. Le temps , qui change tout , a reculé ht mer qui balgnoit la ville d'où saint Louis quitta pour jamais ht France. Les remparts qu^'il avoit élevés , et qui devroient être sacrés , scmt au mo»

I ment d'être détruits par des générations nouvelles qui se retireront à leur tour comme les flots.

J'ai vu le lieu de la mort de saint Louis : les historiens futurs trouveront peut-être dans le rédt que j'ai fait de cette mort ' , quelques détails que mes devanciers ont ignorés , et dont je n'ai it la connoissance qu'aux vicissitudes de ma vie : Vite estinfuga.

Des pièces de monnoie qui nous restent de saint Louis sont percées; on croyoit qu'elles goérissoient de tous maux, et on les portoit suspendues au cou comme des reliques : ce roi passoit pour avoir conservé la puissance de soulager ses peapies , même après sa mort.

PHILIPPE m.

Philippe le Hardi se trouve placé entre saint Louis son père et Philippe le Bel son fils, de même que Louis VIII l'avolt été entre Philippe- Auguste et saint Louis : comme le laboureur laisse une terre en friche entre deux moissons, la Providence laissoit reposer la France entre deux grands règnes. Philippe quitta Tunis, débarqua en Sicile , passa dans les Calabres, entra dans Rome , ville des tombeaux , portant avec hi lesosdu roi son père, du comte'de Neversson frère, etd'isabelle d'Aragon sa femme. Arrivéen France, il déposa les restes de sa famille à Saint-Denis, et seize années après il mourut à Perpignan , non loin du port où son père s'étoit embarqué pour l'Afrique.

Philippe le Hardi donna les premières lettres d'anoblissement; attaque à la constitution aristocratique.

Au dehors de la France, la nature des événements faisoit entrer dans le royaume des idées nouvelles. Le grand corps de la féodalité françoise étoit flanqué en Allemagne par un empire dont le chef étoit électif, ce qui produisoit des tronUes el élevoit des doutes sur le droit divin des rois; en Angleterre, une monarchie représeotative avoit des parlements votant des subsides , et al* lant jusqu'à juger le ^uverain ; en Espagne, les cortès et les lois de l'État n'octrtrydent les trl^ nés qu'avec des réserves ; en Italie, où les gacrns des Guelfes et des Gibelins eontlnoolent , la pta* pari des villes s*étoient affranchies. Charlesd'Aa- Jou , qui ne mourut que sous le règne de «« W* veu Philippe le Hardi , roi de France, portoit te

» îliniraire âe Paris à Jérusalem.

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