‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 67 sur 228 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

AHonpIrte et poUtique. Les SÂges; les fincyctôpédlstes ". Ophikmêsor le meineor gouvernement : Thaïes, Solon, NHandri!, etc.; 1. 1. Rousseau, Montesquieu. Morale: Sokn, Thaïes; la Kocliefuucaold , Chamfort. Parallèle éiJ. ). aoaascaoel d^Héraclite. Lettre à Darius; lettre ninjldePmsse.

Tandis que jes beaux-arts commençoient à Mier de tontes parts dans la Grèce , la politique ti h morale marclioient de eoneert aveo eux« Il ^iMX formé une espèce de compagnie connue in&knomdes Saf/^^^demèmeqoedenosjoursi a Frsnee, nous avons vn l'assoeiation des BncyHopMlstes. Mais les Sages de TÀntlqulté mé* ttokat cette appellation; ils s'occupaient sérieu-

\f^n^€AnmBhm9iêt Vam* i# pag- Ses, note ir. Mimileur dn is novembre I793«

* Ui Sapa de la Moe el les Kaeydopédisteel Aht ^Weo! (N.Én.)

sèment du bonheur des peuples, non de vains systèmes : bien différents des Sopliistes qui les suivirent , et qui ressemblèrent si parfaitement à nos philosophes.

A la tète des Sages parolssoit Thaïes , de Milet ^ astronome et fondateur de la secte ionique'. U eoseignoit que l'eau est le principe matériel de runivers , sur lequel Dieu a agi '. Ce fût lui qui jeta en Grèce les premières semences de cet esprit métaphysique , si inutile auxhommes , qui lit tant de mal à son pays dans la suite , et qui a , depuis j perdu notre siècle.

Chilon , Blas, Gléobule, sont à peine connus. Pittacus et Pérlondre , malgré leurs vertus , con^ sentirent à devenir les tyrans de leur patrie : le premier régna à Mity lène , le second h Gorinthe; Peut-être pensoient-iis , comme Gioéron , que la souveraineté préexiste non dans le peuple, mais dans les grands génies.

. Voioi les npinkms de ces philosophes sur le meilleur des gouvernements.

Selon Solon , c'est celui où la masse collective des citoyens prend part à Tinjure offerte à l'individu.

Selon Bias, celui où la loi est le tyran. Selon Thaïes , oelul où règne l'édité des for* tunes.

Selon Pittacus , celui où l'honnête homme gouverne , et Jamais le méctuint.

Selon Gléobule , celui où la crainte du reproche est plus forte que la loi.

Selon Ghilon , celui où la loi parte au lieu de l'orateur.

Selon Périandre , celui où le pouvoir est entre les mains du petit nombre ^.

Montesquieu laisse cette grande question indécise, n assigne les divers principes des gouvernements, et se contente défaire entendre qu'il donne la préférence à la monarchie limitée. « Gomment prononcerois-je , dit-il quelque part, snr l'excellence des institutions , moi qui crois que Texcès de la raison est nuisible , et que les hommes s'accommodent mieux des parties moyennes que des extrémités^?»

« Quand on demande , dit J. J. Rbusseao , quel est le meilleur gouvernement, on fait une ques** tion insoluble, comme Indéterminée; ou si Ton vent , die a autant de bonnes solutions qu'il y a

* DiOG. LàCRT., in Thaï

* CICCR., Ub. I, de ^aL Ùeor., n* XXV.

* Plat., in Canv, $ep. Sap,

* Etprit âei Lois.

de combioalflons possibles dans les positions absolues ou relatives des peuples '. n Posons la morale des sages :

« Qu'en toul la raison soit Totre guide. Contemplex le beau. Dans ce qoe tous entreprenez , considérez la fin *. H y a trois clioses difficiles : garder an secret, toulfrir une injure , employer son loisir. Visite ton ami dans TinfiMluiie plutôt que dans la prospérité. N'insulte Jamais le maibea* reux. L*or est connu par la pierre de touche ; et la pierre de touclie de Phomme est Tor. Connots-toi '. Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on tous fît. Sachez saisir l'occasion 4. Le plus grand des mallieura est de m pouvoir supporter patiemment l'infortune. Rap|KMle aax dieux tout le bien que tu fais. N'oublie pas le misérable ^. Lorsque tu quittes ta maison , considère ce qoe tu as à faire; quand tu y rentres, ce que tu as fait*. Le plaisir est de courte durée; la vertu est immortelle. Cachez voa cluigrins 7. »

Montrons notre philosophie :

<t II n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des liommes que de leur faire du bien '. Les rois font des liommes comme des pièces de monnole; ils les font valoir ce qu'ils veulent , et l'on est forcé de les recevoir selon leur cours et non pas selon leur véritable prix 9. On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler '*..ll y a à parier que toute idée publitiue, toute convention reçue, est une sottise , car elle a convenu au plus grand nombre '■. Les gens foibles sont les troupes lé|^res des méchants; ils lont plus de mal que l'armée même ; ils infestent,'ils ravagent '*, 11 faut convenir que, pour Olre homme en vivant dans le monde, il y a des côtés de son éme qu'il faut entièrement paralyser* '. Cest une belle allégorie dans la Bible que cet arbre de la science du bien et du mal qui produit la mort. Cet emblème ne veut-il pas dire que , lorsqu'on a pénétré le fond des choses , la perte des illusions amène la mort de )'âme, c'est-à-dire un désintéressement complet sur tout ce qui touche les autres hommes *4 ? »

I Contrat Soc,, llv. m, chap. ix.

' Plut., m Solon.; Laert., lib. i, g zLVi ; Dehosth., de fais. Leg»

i Laf.rt., lib II, g Lxviii-Lxxv; Herod., lib. i, pag. 4'^

* Plitt., Conviv, sap. ; STR4B., lib. xiii , pag. 600.

6 Laert., lib. i, g lxxxu ; Val. Max., lib. im , cap. m. « Laert. , lib. i, g ixxxii.

7 M, ibld., g Lxxxix; Plot., Conviv»; Heroo., lib. I, pag. 3.

* La RocnsFOCCAULD, Max, » /rf., Max, CLXV.

*• Id.t Max. CXL.

ti CB4MFORT,^axiinM, e/r., pag. S7.

" W., i6irf,

» Id., pag. 58.

«4 Id., pag. 13.

riovile le lecteur à lire le volume des Maximeiûe Chamfort (formant le quatrième volume des Œuvres complètes), publié h Paris par M. Gingncné, homme de lettres lui-même, et ami du malheureux académicien. La sensibilité, le tour original, la profondeur des pensées, en font un drs plus intéressants, comme un des meilteurs ouvrages de notre siècle. Ceux qui ont approché M. Chamfort savent quil avoit dans la oonvernation tout le mérite qu*on retrouve dans ses écrits. Je Pal souvent vu chez M. Gingucné, et plus d*une fols II ro*a fait passer dlieureux moments, lorsquMl oonseotolt, avec une petite société dioisie, k accepter un souper dans ma famille. Nous récoutions avec ce plaish* respectueux qu'on sent à cn-

BEVOLVTIONS ANOENNES,

Sdon , prévoyant le danger des^eelMlsspoir les mœars, disoit à Thespfs : « SI nous soaffroii ▼os mensonges , nous les retroaverons bleotH dans les plus saints engagements. »

Jean-Jacques écrivoit à d'AIerobert :

« Je crois qu'on peut condure de ces que reflet moral des théâtres et des apectacks ne saoreM jamais être bon ni salutaire en lui-même, poisqu'à m compter que leurs avantages, on n'y trouve aucune sorts d'utilité réelle sans hiconvénients qui ne la surpassent Or, par une suite de son inutilité même , le théâtre , qui ne pefll rien pour corriger les moeurs , peut beaucoup pour les altérer. En fliivorisant tous nos penchants, il donne un noiifd ascendant à ceux qui nous dominent. Les continoeDes éo»

tendre un homme de lettres supérieur. Sa tète élolt renpli d'aneedoles les plus curieuses , quUI almoU peut-être on pti trop à raconter. Comme Je n*cn retrouva aucune de celles q« je loi ai entendu dter, dans la dernière publication de m ooo vrages, il est à croire qu'elles ont été perdues par raociM dont parle M. Ginguené. Une entre autres, qui peint les wnn du siècle , avant la révoluUon , m'a laissé un long souvenir : R Un homme de la cour (heureusemeotj'ai oublié m» nom) s*amusolt sur les boulevards a nommer à sa belle-fille, Jrani et pleine d'innocence, les courtisans qui passoieotdaas kaa voitures, en l'invitant à en prendre un pour amant, lai rt< contant leurs intrigues avec telle , telle ou telle femine de la société. Et vous croyei', i^outa Chamfort, qu'un pareil ordis moral pouvoit longtemps exister? »

Chamtort éloit.d'une taille auKicsBUS de la médiocre, on pca courbé, d'une figura pâle, d'un teint maladif. Son oH bleo, souvent froid et couvert dans le repos, iançolt l'éclair quand il venolt a s'anhner. Des narines un peu ouvertes doaooieiit à sa physionomie l'expression delà sensibilité et de réoergia> Sa voix éloit flexible, ses modolalioos suivolent les mooTements de son âme ; mais , dans les derniers temps de mon sijour à Paris, elle avoit pris de l'aspérité, et on y déoiélolt l'accent agité et impérieux des factions. Je me sois loi^oan étonné qu'un homme qui avoit tantdeoonnoiasance des booh mes eût pu épouser si chaudement un« cause qoefconqae. Ignoroit-ll que tous les gouvernements se re8semblfBt;qM nÉPUBUCAiN et ROYALISTE OC sont aue deux roots poar la même chose? Hélas! l'Infortuné philosophe ne raqoetfop appris.

J'ai cru qu*nn mot sur un homme aussi célèbre dans h révolttlion ne déplairolt pas au lecteur. La Notice que M.GIa> guené a préfixée h l'édition des œuvres de son ami doit d'ailleurs satlsraire tous ceux qui aiment le correct, Téiégaot, la chaste. Mais pour ceux qui, comme moi, connurent la liaison intime qui exista entre M. Ginguené et M. Chamfort, qa'ili logeoient dans la même maison et vivoient pour ainsi dire ensemble , cette Notice a plus qoe de la pureté. En n'écrirant qu'à la troisième personne M. Ginguené a été au cœur, et la douleur de l'ami , luttant contre le calme du narrateor, n'échappe pas aux Ames sensibles. An reste, je dob dire qa'ta parlant de plusieurs gens de lettres que je fréquentai aatr«fols, je remplis pour eux ma tâche d'historien, saos a^-dr î'orgudl de chercher à m'appuyer sur leur renommée. LonqiN fal vécu parmi eux, Je n'ai pu m'associer à leur gloire : je n'ai partagé que leur Indulgence ^

* Outre rimpertinence de la comparaison de quelques maxhnes spirituelles de Cliamfort avec les maximes des Sages de la Grèce , il y a complète erreur dans le jugeBieat que je porte ici de Chamfort lui-même. Je rétracte , dans toute la maturité de mon âge, ce que j'ai dit de cet homme dans ma jeunesse. Il me seroit même impossible sajour* d'hui de concevoir mon premier jugement , si je ne me souvenois de l'espèce d'empfav qu'exerçoit sw moi l0«^ renommée littéraire. (N. En.)

AVANT J. C. 509. = 0L fit.

iBHfi'M 7 KMeat nom éuervenl , nous aflbîbUsseBty MHS Feodest plus incapables de résister à nos passions ; et k ilénk lotérèt qu*on prend à la vertu ne sert qu*à conlenlirnlre amoar-propre sans nous contraindre à la pratifMr'.>

Après ees premiers Sages nous trouvons Heraclite d'Éphèse, qui semble avoir été la forme origiBile sor laquelle la nature moula, parmi nous, kgnad Rousseau. De même que Tillustre citoyen de Genève, le philosophe grec fut élevé sans ntlre% et dut tout à la vigueur de son génie. GMnmelal il connut la méchanceté de nos instititioDs, et pleura sur ses semblables^; comme Uilcnit les lumières inutiles au lx>nheur de la Miété^; comme lui encore, invité à donner des in à un peuple , ii Jugea que ses contemporains itettrop corrompus ^ pour en admettre de bon- M; comme lui enfin, accusé d*orgueil et de ittthropie , il fut obligé de se cacher dans les fos^, pour éviter la haine des liommes.

Ilnra utile de rappnicher les lettres que ces ^ski extraordinaires écrivoient aux princes de kor temps.

Ovius, fils d'Hystaspe , avoit invité Heraclite i a eoor. Le philosophe lui répondit :

lÉIlCLITE AU ROI DARIUS, FILS D*HYSTASP£,

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