AU ROI DE PRUSSE
^ Â Motiers-TraTcrs , oe 30 octobre 1762.
I SiSK,^ Vous êtes mon protecteur, mon bienfaiteur, c^JBporte un cœur fait pour la reconnoissance ; je veux
I ■^ie^itter arec yoos si je pois.
I Vtis voBla me donner du pain : n*y a-t-ll aucun de tos
[N^fii en manque?
! 01» de devant mes yeux cette épée qui m'éblouft et
I *^li^; elle n'a que trop bien fait son serTÎce, et le *Vn est abandonné. La carrière des rois de Totre ^ (tt grande, et vous ^tes encore loin du terme. ^VBdut le temps presse, et 11 ne vous reste pas un *^nt à perdre pour y arriTer. Sondez bien Totre ^1 A Frédéric I Poorrez-vons tous résoudre à mourir tiroir été le plus grand des liommes? '■wH« voir Frédéric 9 le juste et le redouté, couvrir
JOTw. eompt. de RoMueau , Lettre à d'Alemh., tom. xii. Bmel. ep, Dioc. LiERT.. lib. IX.
* M., ibiâ,
«••iWiS,
enfin ses États d'an peuple heureux dont il soit le pèrei et J. J. Rousseau y l'ennemi des rois^ ira mourir au piod de son trône.
Que Votre Majesté daigne agréer mon profond res* pect'.
La noble firanchise de ces deux lettres est digne des philosophes qui les ont écrites. Mais l'humeur perce dans celle d'Heraclite ; celle de Jean-Jac* ques, au contraire, est pleine de mesure*.
On se sent attendrir par la conformité des destinées de ces deux grands hommes , tous deux nés à peu près dans les mêmes circonstances , et à la veille d'une révolution, et tous deux perse» cutés pour leurs opinions. Tel est l'esprit qui nous gouverne : nous ne pouvons souffrir ce gui s'écarte de nos vues étroites, de nos petites habitudes. De la mesure de nos idées , nous faisons la borne de celles des autres. Tout ce qui va au delà nous blesse. « Ceci est bien, ceci est mal , » sont les mots qui sortent sans cesse de notre bouche. De quel droit osons-nous prononcer ainsi ? avons-» ;qous compris le motif secret de telle ou telle action? Misérables que nous sommes, savons-nous ce qui est bien , ce qui est mal? Tendres et sublimes génies d'Heraclite et de Jean- Jacques! que sert-il que la postérité vous ait payé un tribut de stériles honneurs?... Lorsque, sur cette terre ingrate, vous pleuriez les malheurs de vos semblables vous n'aviez pas un ami^
* OEttv. compl, de Rotuseau, tom. xxTii , pag. 209.
• Non , la lettre de Rousseau n*est point pleine de mesure ; elle caclie autant d*orgneil que celle d'Heraclite. Dire à un roi : « Faites du lùen aux hommes, et à ce prix tous me Terrez , » c'est s'estimer un peu.trop. Frédéric , en donnant de la gloire à ses peuples» pouvoit trouver en lui-même une récompense pour le moins aussi belle que celle que lui oflroit le citoyen de Genève. Que le talent ait la con* science de sa dicpilté, de son mérite, rien de plus juste; mais il s'expose k se faire roéconnottre quand U se croit le droit de morigéner les peuples . ou de traiter avec (ami* liarité les rois. {^,ÈD.)mm l^''^ r. »yvC^'n>.fUMU4/\
^ fax relu les ouvrages de Rousseau, afin de voir s'ils justificroicnt, au tribunal de ma raison mûrie et de mon goût formé, l'enthousiasme qu'ils m'inspiroient dans ma jeunesse.
Je n'ai point retrouvé le sublime dans V Emile ^ ouTrage d'ailleurs supérieuremenl écrit quant aux formes du style, non quant à la langue proprement dite; ouvrage où l'on rencontre quelques pages d'une rare âoquence , mais ourrage de pure théorie, et de tout point Inapplicable.
On sent plus dans Y Emile l'humeur du misanlhropo que la sérérité du sage : la société y est jugée par famourpropre blessé ; les systèmes du temps se reproduisent dans les pages mêmes dirigées contre ces systèmes, et l'auteur déclame contre les mœurs de son siècle , tout en participant A ces mœurs. L'ouvrage n'est ni grare par ta pensée, ni calme par le style ; il est sophistique sans être nouveau ; les idées visent à l'extraordinaire, et sont pointant d'une nature assez commune. En on mot, taTérité manqaeà oe-
BÉVOLUnONS ANGIHNNIB.
Gherèhons le résultat Aé ce tableau comparé des lumières. Voyons d'abord «juetle différence se fait remarquer entre les déflaitions du meilleur gouvernement
Les Sages de la Grèce aperçurent les hommes sous les rapports moraux; nos piiiiosophes, d'après les relations politiques. Les premiers vou*
traité d*éducation» ce qui fait qu*il est inutile et qu^il n'eu fcste presque rien dans la mémoire.
La Prv/eBsion dejbi du vicaire savoyard, qui fit tant de bruit , a perdu Tintérét des circonstances : ce n*est aujourd'hui qu'un sermon sociuien assez ennuyeux , qui n*a d*adinlrable que resposition de la scène. Les preuves de la spiritualité de rame sont bonnes , mais elles sont au-des* sous de celles pi-oduites par Clarke.
Dansas ouvrages politiques, Rousseau est clair, concis, ferme, logique, pressant en enchaînant les corollaires, qu'il déduit souvent d'une proposition erronée. Mais, tout attaché qu*il est au droit social de Fancieune école , il le trouble par le mélange du droit de nature. D'ailleurs , les gouvernements ont marché, 01 la politique de Rousseau a
vieilli.
Rousseau n'est définitivement au-dessus des autres écrivains que dans une soixantaine de lettres de la Nouvelle mioite (qu'il faut relire, comme je le fais à présent mémei à la vue des rochers de Meillerie), dans ses Béveries et dans ses Coi\fessions, Là, placé dans la véritable nature de son talent, U arrive à une éloquence de passion inoon- Bue avant lui. Voltaire et Montesqnieu ont trouvé des modèles de style chez les écrivains du siècle de Louis XIV; Aoussean, et même un peu fiuffon, dans un ^utre georet ont créé une langue qui fut ignorée du grand siècle.
Il fout dire toutefois que Rousseau n'est pas aussi noble qu'il est brûlant, aussi délicat qu*ii est passionné : le travail se fait sentir partout, et l'auteur s'aperçoit jusque dans l'amant. Rousseau est plus poétique dans les images que dans les affections ; son hispiration vient plus des sens que de ràmé; Il a pea de la flamme divine de Fénelon; il exprime les senUments profonds , rarement les senUments élevés : son génie est d'une grande beauté , mais il tient plus de la terre qoe du ciel.
Il y a anse! une espèce de monde qui échappe au peintre de Jolie et de Satnt'Preux : il est douteux qu'il eût pu composer on fotnan de chevalerie. Eût-il été capable de oottoevoir Tancrède et Zaïre î^ c'est ce que je n'oserois assorer, comme, à en juger par V Emile, je ne saurais dire si Rousseau eût pu élever le monument imité de l'an* tique que nous a laissé rarchevéque de Cambray.
Rousseau ne peut écrire de suite quelques pages sans que son éducation négligée et les habitudes de la société inférieore oè 11 passa la première et la plus grande partie de sa vie ne se décèleiiffll prend souvent aussi la famliiarllé pour la slmplldlé : si Voltaire nous avolt parlé de ses déjeuners, il l'auroit teit d'une tout autre façon que le mari de Thérèse.
Je M me reproche point mon enthooslasme pour les ouvrages de Rousseau ; je conserve en partie ma première admiration, et je sais h présent sur qooi elle est fondée. Mais ai j'ai dû admirer Yéerivain , comment ai-je po excuser Thmnme? comment n'étols-je pas révolté des Co^fet' statu sous le rapport des MtsP £h qooi! Rooaseao a cru pouvoir disposer de la réputation de sa bienfiiitrice ! Rous* seaa n'a pas craint de rendre immortel le désiionneor de madame de Warens ! Que dam l'exaltation de sa vanité le dloyen de Genève se soit considéré comme assez élevé WHtoaciM du ndgaire pour publier aes propres fiMles (jai ^
Ment que le gouvememeiit déeoullt des mœon ; les seconds, que les mœurs finassent dugouver^ Dément. Les légistes atliénienS| sul)séqaenti au temps des Lycurgue et des Solon, s'énoncera^ dans le sens des modernes : la raison s'en trouve dans le siècle. Platon, Aristote, Montoquieui Jean- Jacques, vécurent dans un âge corrompu ^ }i falloit alors refaire les hommes par les lois ; sous Thaïes , il falloit refaire les lois par les hom* mes. J*ai peur de n'être pas entei^u. h m'explique : les mœurs , prises absolument| sont l'o> béissance ou la désobéissance à ce sens intérieur qui nous montre l'honnête et le déshonnéte , pour faire celui-là et éviter celui-ci. La politique est cet art prodigieux par lequel on parvient à faid vivre en corps les mœurs antipathique de pin* sieurs individus. Il faudroit savoir à présent ce que ce sens intérieur commande ou défend rigou* reusement. Qui sait Jusqu'à quel point la société l'a altéré? Qui sait si des préjugés, si inhérents à notre constitution que nous les prenons souvest pour la nature même , ne nous montrent pas des vices et des vertus , là où il n'en existe pas? Quel nom , par exemple , donnerons-nous à la pudeur, la lâcheté , le courage, le vol? si cette voix de la conscience n'étoiteIle<>méme>...? Mais, gardon»'
modère mes expressions) , libre à lui de préférer lebniiU l'estime. Mais révéler les folblesses de la fbmme qui l^iTtiit ttotirri dans sa misère, de la femme qui s*éioU donnée i lui I mais croire qu*il couvrira cette odieuse iogrstlUidfl par quelques pages d'un talent Inimitable , croire qn*m u prosternant aux pieds de Tidole qu'il venoit de moUler, I lui rendra ses droits aux hommages des hommes, c'ot joindre le délire de l'orgueil à une dureté, à nne stérilité de cœur dout il y a peu d'exemples. J'aime mieux supposer, alin de l'excuser, que Rousseau n'étoit pas toujours maitn de sa léte : mais alors ce maniaque ne me toudie poiot; je ne saurols m'attendrir sur les maux imaginaires (Tu homme qui se regarde comme persécuté , lorsque toute \S terre est à ses pieds , d'un homme à qui l'on rand pesl* être plus qu'il ne méiite. Pour que la perte de la nhoi puisse inspirer une vive pitié , il faut qu'elle ait été prt*. duite par un grand malheur, ou qu'elle soit le résoUii d'une idée fixe , généreuse dans son principe. Qu'un aoM devienne insensé par tes vertiges de i'amour-propre; qei tonjours en présence de lui-même , ne se penladl jamill de vue, sa vanité finisse par fUIre nne plaie incurable à eeS cerveau , c'est de toutes les causes de foHe celle <pie Jt comprends le moins, et à laquelle je pois le moins coDjpsIlB
(N. ÉD.) * Qu'est-ce que j'ai voulu dire? En vérité , je n*6a isil rien ; je me croyois sans doute profond , en fiiisant entca* dre, d'après tes boufTonueries de Voltaire, que, les pca* pies n'ayant pas les mêmes idées de la pudeur, du vol , eic.t on ne savoit pas trop dans ce bas monde ce qui ^elt tioe et vertu; ensuite je renfermois ce grand secret dans tsm sein , tout fier de m'élever jusqu'à la philosophie holbachi' que. 11 est bien juste que Je me donne une part des siflWs qui ont fait justice de cette philosophie. Pourtant, choie assez étrange, moi-même, dans ce chapitre, jlHlaqielei
AVANT J. C. 609.î=:OL «f.
et erenser phn drant dans cet épouvaûta- Me ftUnie. J*eii al dit assez pour montrer en quoi toi poMldstes des temps dinnocence de la Grèce d les pobtlcistes de nos Jours diffèrent ; II est iMtiled'en dire trop.
Bd monde nous trouvons les mêmes dlssonan- M. Les Sages considérèrent lliomme sous les ifliKions qu'il a avec lui •même; ils voulurent fin tirât son bonheur du fond de son Ame. Nos fhlloiophes rottt vu sons les connexions civiles, et Ml précendn lui foire prélever ses plaisirs, flooMie nne taxe , sur le reste de la communauté, fil là ces résultats de leurs sortes de maximes :
• lopeetet les dieux , eonnoisses-vous ; achetez
• an mtnhnum de la société , et vendes-hii au
• fh» haut prix. »
Toid) en quelques mots, la somme totale des ha philosophica : celle des beaux Jours de la Aèee e^appuyolt tout entière sur Texlstetoee du gnnd Élre; la nfttre, sur Tathélsme. Gelle-IA fiMhUrnit les maors, celle-ci, la politique. La fnaàtn disolt aux peuples : « Soyea vertueux , ems libies. > Là seconde leur crie :« Soyes if TOUS serex vertueux. » La Grèce , avec àsMs principes, parvint à la république et au hdalieiir : qu'obtiendromMunis avec une philonpUe oppoaéeT Deux angles de diflSrents de* pés ne peuvent donner deux aies de la même