‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 76 sur 228 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Cartilage.

Nous trouvons sur la c6te d'Afrique les célè« bres Carthaginois, qui, de tous les pectples de l'antiquité, présentent les plus grands rapporte avec les nations modernes, Aristote a fait un ma* gniflque éloge de leurs institutions politiques ^ Le corps du gouvernement étoit composé : de deux suffétes ou consuls annuels; d'un sénat) d'un tribtmal des cent, qui servoit de contre^ poids aux deux premières branches de la oonsti** tution; d'un conseil des dnq, dont les pouvoirs s'étendoient è une espèce de censure générale sur toute la législature; enfin, de l'assemblée du peuple, sans laquelle il n'y a point de républi-* que

I Daaais gaerra Mëdique , eus naqa verfon Inamsuiaset . > Th(]CYD„ lib. I, cap. eu.

> Inarus, qui Insurgea l*Sgypte contre Ariaxenès, roi des Pawaa, Les Fiwiçois aVat eavaM rualle ee*iBS semaqt la corruption aoiourd*eux , et en fomentant des Insurrections à Gènes , à Rome , k Turin , etc.

* Uê Giees y furent ptes^iie anéanUa, dtet oblltii de ta rendre à discrétion. Trop loin de leur pays. Us m poaTOianl en recevoir les secours nécessaires : la marne DoalUon atUrera, XÙL ou tard , les mêmes désastres aux François eu Halle » si la paix ne prévient Teffùsion du sang.

* Ajust., 4e Rep,, lib. u , cap. xi.

* ÂRisT, , de Hep^i PouB., lib. If, pag. W ) IviT. , Uh. xa, cap. II ; Corn. Nsp., in Jnuib.,Qa^ irii.

* Le jeune auteur le plaît évidenuiieBt au détail da ses combinaiaons 'politiques, qui rentrent daua son ayatèoie (àvori. 11 eat vrai qu'il n'y aToit [K>int de république aana

RÉVOLimONS ANClËVNËS.

Gartbage adopte en morale les principes de Laoédémone. Elle bannit les sciences et défendit même qu'on enseignât le grec aux enfants ■. Elle se mit ainsi à Tabri des sophismes et de la faconde de TAttique. Il seroit inutile de rechercher l'état des lumières chez un pareil peuple. Je parlerai incessamment de la partie des arts , dans laquelle il avoit fait des progrès considérables.

Atroces dans leur religion , les Carthaginois je-

toient , en l'honneur de leurs dieux ^ des enfants dans des fours embrasés ' ; soit qu'ils crussent que la candeur de la victime étoit plus agréable à la Divinité , soit qu'ils pensassent faire un acte d'humanité en délivrant ces êtres innocents de la vie avant qu'ils en connussent l'amertume.

Leurs principes militaires différoient aussi de ceux du reste de leur siècle. Ces marchands africains, renfermés dans leurs comptoirs, laissoient à des mercenaires , de même que les peuples modernes, le soin de défendre la patrie \ Ils achetoient le sang des hommes au prix de l'or acquis a la sueur du front de leurs esclaves , et tournoient ainsi au profit de leur bonheur la fureur et rimbécillité de la race humaine.

Mais les habitants des terres puniques se distinguoient surtout par leur génie commerçant. Déjà ils avoient Jeté des colonies en Espagne, en Sardaigne , en Sicile , le long des côtes du continent de l'Afrique , dont ils osèrent mesurer la vaste circonférence; déjà ils s'étoieut aventurés Jusqu'au fond des mers dangereuses des Gaules et des îles Cassltérides 4. Malgré l'état imparfait de la navigation, Tavarice, plus puissante que les inventions humaines , leur avoit servi de boussole sur les déserts de l'Océan * •

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