SERPENTS
L'Amérique est comme la patrie des serprafts. Le serpent d'eau ressemble au serpent à sonnettes; mais il n'en a ni la sonnette ni le venin. On le trouve partout.
J'ai parlé plusieurs fois dans mes ouvrages du serpent à sonnettes : on sait que les dents dont il se sert pour répandre son poison ne sont point celles avec lesquelles il mange. On peut lui arracher les premières, et 11 ne reste plus alors qu'un assez beau serpent plein d'intelligence et qui aime passionnément la musique. Aux ardeurs du midi , dans le plus profond silence des forêts , il fait entendre sa sonnette pour appeler sa femelle : ce signal d'anour est le seul bruit qui frappe alors l'oreille du voyageur.
La femelle porte quelquefois vingt petits;
VOYAGE EN AHÉIUQUE.
quand ceux-ci sont poursuivis, ils se retirent dans la gueule de leur mère, comme s'ils rentroient dans le sein maternel.
Les serpents en général , et surtout le serpent à sonnettes, sont en grande vénération chez les indigènes de TAmérique, qui leur attribuent un esprit divin : ils les apprivoisent au point de les &ire venir couclier l*liiver dans des bottes au foyer d'une cabane. Ces singuliers pénates sortent de leurs habitacles au printemps, pour retourner dans les bois.
Un serpent noir qui porte un anneau Jaune au cou est assez malfaisant ; un autre serpent tout noir, sans poison , monte sur les arbres et donne la chasse aux oiseaux et aux écureuils. Il charme l'oiseau par ses r^rds, c'est-à-dire qu'il l'effraye. Cet effet de la peur, qu'on a voulu nier, est aiyourd'hui mis hors de doute : la peur casse les Jambes à Thomme ; pourquoi ne briseroit-elle pas les ailes à l'oiseau?
Le serpent ruban , le serpent vert , le serpent piqué, prennent leurs noms de leurs couleurs et des desseins de leur peau ; Ils sont parfidtement innocents et d'une beauté remarquable.
Le plus admirable de tous est le serpent appelé de verre , à cause de la fragilité de son corps, qui se brise au moindre contact. Ce reptile est presque transparent, et reflète les couleurs comme un prisme. Il vit d*insectes et ne fait aucun mal : sa longueur est celle d'une petite couleuvre.
Le serpent à épines est court et gros. Il porte à la queue un dard dont la blessure est mortelle.
Le serpent à deux têtes est peu commun : il ressemble assez à la vipère ; toutefois ses têtes ne sont pas comprimées.
Le serpent siffleur est fort multiplié dans la Géorgie et dans les Florides. Il a dix-huit pouces de long ; sa peau est sablée de noir sur un fond vert. Lorsqu'on approche de lui , il s'aplatit, devient de différentes couleurs, et ouvre la gueule en sifflant. Il se faut bien garder d'entrer dans l'atmosphère qui l'environne ; il a le pouvoir de décomposer l'air autour de lui. Cet air imprudemment respiré fait tomber en langueur. L'homme attaqué dépérit , ses poumons se vicient , et , au bout de quelques mois , il meurt de consomption : c'est le dire des habitants du pays.
AfiBRES ET PI4NTES.
Les arbres, les arbrisseaux, les plantes, les fleurs, transportés dans nos bois, dans nos
champs , dans nos Jardins , annoncent la variété et la richesse du règne végétal en Afflérique. Qui ne connott aujourd'hui le laurier couronné de rose appelé MagnoUa, le marronnier qui porte une véritable hyacinthe , le catalpa qui repcoânit la fleur de l'oranger, le tulipier qui prend le nom de sa fleur, l'érable à sucre , le hêtre pourpre , le sassafras , et parmi )es arbres verts et résioeoi, le pin du lord Weymouth , le cèdre de la Virginie , le baumier de Gilead , et ce cyprès de la Louisiane, aux racines noueuses, au troK énorme, dont la feuille ressemble à une dentelle de mousse? Les lilas, les azaléas, les pompadooras ont enrichi nos printemps ; les aristoloches, lesustérias, les bignonias, les décumarias, les célustris, ont mêlé leurs fleurs, leurs (ruitsetleois parfums à la verdure de nos lierres.
Les plantes à fleurs sont sans nombre : l'éphémère de Virginie , l'hélonias , le lis du CaDada,ie lis appelé superbe, la tigridie panachée, Tachiliée rose, le dahlia, l'hellénie d'autonme, les phiox de toutes les espèces se confondent aujoaidliQi avec nos fleurs natives.
Enfin , nous avons exterminé presque partout la population sauvage ; et l'Amérique ooos a donné la pomme de terre , qui prévient à jamais la disette parmi les peuples destructeursdes Aok-
ricams.