DANSES
La danse chez les Sauvages, comme chez w anciens Grecs et chez la plupart des peuples eofants , se mêle à toutes les actions de Ja vie. On danse pour les mariages , et les femmes font pa^ tie de cette danse; on danse pour recevoir on hôte , pour fumer un calumet ; on danse pwff ^
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moissons; on danse pour la naissance d'un enfliint; on danse surtout pour les morts. Chaque chasse a sa danse, laquelle consiste dans Timitatîon des mouvements, des mœurs et des cris de ranimai dont la poursuite est décidée : on grimpe comme un ours, on bfltit comme un castor, on galope en rond com me un bison , on bondit comme mi ehevreuil , on hurle comme un loup , et Ton glapit comme un renard.
Dans la danse des braves ou de la guerre , les goerriers , complètement armés , se rangent sur éeux lignes; un enfant marche devant eux , un ehichikoué à la main ; c*est Y enfant dês songes, l'enfiint qui a rêvé sous Tinspiration des bons ou des mauvais manitous. Derrière les guerriers vient le jongleur, le prophète ou Taugure interprète des songes de l'enfant.
Les danseurs finrment bientôt un double cercle en mugissant sourdement, tandis que l'enfuit , demeuré au centre de ce cercle , prononce , les veut baissées , quelques mots inintelligibles. Qoaad Fenfànt lève la tête, les guerriers sautent flt mugissent plus fort : ils se vouent à Athaenslc, manitou de la haine et de la vengeance. Une espèce de coryphée marque la mesure en frappant sur un tambourin. Quelquefois les danseurs attadient à leurs pieds de petites sonnettes achetées des Européens.
Si Ton est au moment de partir pour une expédition, un chef prend la place de Tenfant, ^larangue les guerriers, frappe à coups de massae Timage d'un homme ou oeile du manitou de Vennemi , dessinées grossièrement sur là terre. ■iCS guerriers recommençant à danser, assaillent également l*image, imitent les attitudes de 1 liomme qui combat, brandissent leur noassues oa leurs haches, manient leurs mousquets ou leurs aies , agitent leurs couteaux avec des convoitions et des hurlements.
Au retour derexpédition, la danse de la guerre est encore plus affreuse : des tètes, des cœurs , des membres mutilés, des crânes avec leurs chevelures sanghintes sont suspendus à des piquets plantés en terre. On danse autour de ces trophées, et les prisonniers qui doivent être brûlés assistent au spectacle de ces horribles Joies. Je parlerai de quelques autres danses de cette nature à l'article delagiuenre.
JBUX.
Le jeu est une action commune à lliomme; il n trois sources : la nature , la société , les passions.-
De là trois espèces de jeux : les jeux de l'enfance^ les jeux de la virilité , les jeux de Toislveté ou des passions.
Les jeax de Tenfaoce , inventés par les enfanta eux-mêmes, se retrouvent sur toute la terre. J*ûl vu le petit Sauvage , le petit Bédouin , le petit Nègre , le petit François , le petit Anglols , le petit Allemand , le petit Italien , le petit Espagnol , le petit Grec opprimé , le petit Turc oj)preSseur, lancer la balle et rouler le cerceau. Qui a montré à ces enfants si divers par leurs langues , si différents par leurs races , leurs mœurs et leurs pays, qui leur a montré ces mêmes jeux? Le maître des hommes , le Père de la grande et môme famille : il enseigna à Tinnocence -ces amusements, développement des forces, besoin de la nature.
La seconde espèce de jeux est celle qui, servant à apprendre un art , est un besoin de la société. Il faut ranger dans cette espèce les jeux gymnastîques, les courses deebar, la naumachie chez les anciens , les joutes , les castilles , les pas d'armes, les tournois dans le moyen-âge, la paume, rescrime, les courses de chevaux, et les jeux d'adresse chez les modernes. Le théâtre avec ses pompes est une chose à part, et le génie le réclame comme une de ses récréations : 11 en est de même de quelques combinaisons de l'esprit , comme le Jeu de dames et des échecs.
La troisième espèce de jeux , les jeux de ha-" sard, est celle où l'homme expose sa fortune, son honneur, quelquefois sa liberté et sa vie avec une fureur qui tient du délire ; c*est un besoin des passions. Les dés chez les anciens , les cartes chez les modernes, les osselets chez les Sauvages de l'Amérique septentrionale, sont au nombre de ces récréations funestes.
On retrouve les trois espèces de jeux dont je viens de parler chez les Indiens.
Les jeux de leurs enfants sont ceux de nos enfants; ils ont la balle et la paume' , la course, le tir de l'arc pour la jeunesse, et de plus le Jeu des plumes, qui rappelle un ancien jeu de chevalerie.
Les guerriers et les jeunes filles dansent autour de quatre poteaux , sur lesquels sont attachées des plumes de différentes couleurs : de temps en temps un jeune homme sort des quadrilles et enlève une plume de la couleur que porte sa maîtresse : il attache cette plume dans ses che-
• Voyez les Aatchez,
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Teox, et rentre dans les ehoenrs de danse. Par la disposition de la plnme et la forme des pas, rindienne devine le lien que son amant lui indique pour rendez-vous. Il y a des guerriers qui prennent des plumes d*une couleur dont aucune danseuse n'est parée : cela veut dire que ce guer^ rier n'aime point ou n'est point aimé. Les femmes mariées ne sont admises que comme spectatiices à ce jeu.
Parmi les jeux de la troisième espèce , les jeux de l'oisiveté ou des passions , je ne décrirai que celui des osselets.
Ace jeU) les Sauvages pleigent leurs fenomes, leurs enfants, leur liberté; et lorsqu'ils ont joué sur promesse et qu'ils ont perdu , ils tiennent leur promesse. Chose étrange 1 l'homme, qui manque souvent aux serments les plus sacrés, qui se rit des lois , qui trompe sans scrupule son voisin et quelquefois son ami , qui se fait un mérite de la ruse et de la duplicité , met son honneur à remplir les engagements de ses passions, à tenir sa parole an crime , à être sincère envers les auteurs, souvent coupables, de sa ruine et les complices de sa dépravation.
Au jeu des osselets, appelé aussi le^^ti du plat, deux joueurs seuls tiennent la main ; le reste des joueurs parie pour ou contre : les deux adversaires ont chacun leur marqueur. La partie se joue sur une table ou simplement sur le gazon.
Les deux joueurs qui tiennent la main sont pourvus de six ou huit dés on osselets, ressemblant à des noyaux d'abricot taillés à six faces inégales : les deux plus larges faces sont peintes, Tune en blanc Tautre en noir.
Les osselets se méleut dans un plat de bois un peu concave ; le joueur fait pirouetter ce plat ; puis, frappant sur la table ou sur le gazon, il fait sauter en lair les osselets.
Si tous les osselets, en tombant, présentent la même couleur, celui qui a joué gagne cinq points : si cinq osselets, sur six ou huit, amènent la même couleur, le joueur ne gagne qu'un point pour la première fois; mais si le même joueur répète le même coup, il fait rafle de tout et gagne la partie, qui est en quarante.
A mesure que Ton prend des points , on en défalque autant sur la partie de l'adversaire.
Le gagoant continue de tenir la main ; le perdant cède sa place à l'un des parieurs de son côté , appelé à volonté par le marqueur de sa partie : les marqueurs sont les personnages prin-
cipaux de ce Jeu :onlesclMMsitaveedegniidH précautions, et l'on préfère surtout ceux à qà l'on croit le manitou le plus fort et le plus habUe.
La désignation des marqueurs amène de violents débats: siunpartianoBmiéun marqonr dont le maniton, e'est<à*dire la fortune, psne pour redoutable, l'antre parti s^oppose à eelte nomination : on a quelquefois une tièih giaudi idée de la puissance dn manitou d'un hoauBe qu'on déteste ; dans ce cas l'intérêt remporte sv la pasMon , et l'on adopte cet homme pov queur, malgré la haine qu'on lui porte.
Le marqueur tient à la main une petite ehe sur laquelle il note les coups en craie ronge; les Sauvages se pressent en foule antonr da joueurs; tous les yeux sont attachés sur le plat et sur les osselets ; diacun offre des vcrax etfait des promesses aux bons génies. Quelquefois les valeurs engagées sur le coup de dés sont inuMises pour des Indiens; iesunsy ontmisleureabaie; les autres se sont dépouillés de leurs vêtcnienls, et les jouent contre les vêtements des pariean do parti opposé ; d'autres enfin qui ont d^ perds tout ce qu'ils possèdent, pn^iosent contre ta foible enjeu leur liberté; ils offrent de servir pendant un certain nombre de mois ou d'années celui qui gagneroît le coup contre eux.
Les joueurs se préparent à leur raine par da observances religieuses : ils jeûnent, ilsvdllcot, ils prient ; les garçons s'éloignent de lenrs maîtresses, les hommes mariés, de leurs ^femmes; les songes sont observés avec soin. Les intéressés se munissent d'un sachet où ils mettent tootes les choses auxquelles ils ont rêvé, de petits morceaux de Ix^, des feuilles d'arbres, des dents de poissons , et cent autres manitous sapposés propices. L'anxiété est peinte sur les vi»ges pendant la partie; l'assemblée ne serait pas plus émue s'il s'agissoitdu sort de la nation. On se presse autour du marqueur ; on cherche à ie toucher, à se mettre sous son influence ; c'est ane véritable frénésie; chaque coup est précédé d'an profond silence et suivi d'une vive acdamatioa. Les applaudissements de ceux qui gagnent, les imprécations de ceux qui perdent, sont prodigués aux marqueurs; et des hommes, ordinairement chastes et modérés dans leurs propos, fomissent des outrages d'une grossièreté et d'aae atrocité incroyable.
Quand le coup doit être décisif, il est soo^tat
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arrêté avant d'être Joué : des parieurs de Tun ou de l*autre parti déclarent qjae le moment est fatal, qu'il ne faut pas encore faire sauter les osselets. Un Joueur, apostrophant ces osselets , leur reproche leur méchanceté et les menace de les brûler : un autre ne veut pas que Taffoire soit décidée avant qu'il ait Jeté un morceau de petun dans le fleove ; plusieurs demandent à grands cris le saut des osselets; mais il suffit qu'une seule voix s'y oppose pour que le coup soit de droit suspendu. Lorsqu'on se croit au moment d'en finir nu as* iistant s'écrie : « Arrêtez I arrêtez I ce sont les « meublesde ma cabane qui me portent malheur I • Il court à sa cabane , brise et Jette tous les meubles à la porte , et revient en disant : « Jouez ! «Jouez! «
Souvent un parieur se figure que tel homme lai porte malheur; il faut que cet homme s'éloigne du Jeu s'il n'y est pas mêlé, ou que l'on trouve an autre homme dont le manitou , au Jugement du parieur, puisse vaincre celui de l'homme qui porte malheur. 11 est arrivé que des commandants françois an Canada , témoins de ces déplorables loënes, se sonc vus forcés de se retirer pour satisfoire aux caprices d'un Indien. Et il ne s'agit |>as de traiter légèrement ces caprices; toute la nation prendroit fait et cause pour le Joueur; fa religion se mêleroit de l'affaire, et le sang couieioit.
Enfin, quand le coup décisif se Joue, peu d'Indiens ont le courage d'en supporter la vue ; la plupart se précipitent à terre , ferment les yeux , se bouchent les oreilles, et attendent l'arrêt de la Ibfftune comme on attendrait une sentence dévie ou de mort.