‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 195 sur 283 · PANORAMA DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

PANORAMA DE JÉRUSALEM

Avril 1810.

Monsieur Prévost a pris la vue de Jérusalem du haut du couvent de Saint-Sauveur. On découvre de ce point la ville entièro et le cercle presque complet de l'horizon. Cet horizon embrasse , à l'orient et au midi , le chemin de Bethléem, les montagnes d'Arabie, un coin de la mer Morte et la montagne des Oliviers ; au nord et à l'ouest , les montagnes de Sichem ou de Naplouse, le chemin de Damas, et les montagnes de la Judée sur la route de Jaffa.

Tous ces lieux , ainsi que les plus petits détails de Jérsualem , sont décrits dans l'Itinéraire, et peuvent servir d'explication au Panorama. Qu'il me soit permis seulement de rappeler le tableau de la ville, en priant le lecteur d'observer deux choses :

r Mon point de vue , pris de la montagne des Oliviers , est conséquemment tout juste à l'opposé du point de vue de M. Prévost : dans le Panorama , la montagne des Oliviers est en face ;

MÉLAN6ES LmÉRAIRES.

dans ma descrlptioii, c^eak Jémsaleiii qu'on a devant soi.

T" Je me trouvoîs en Jndée au mois d'octobre; le soleil étolt ardent, les deux étaient devenus d^airain; les montagnes étoient arides, sèches et brûlées. M. Prévost a vu Jérusalem en hiver, par un temps plavieux et sombre; ce qui convient également à ia tristesse du site et des souvenirs. A ces petites différences près, les deux tableaux ont Tair d'avoir été calqués l'un sur l'autre. Voyez donc la description extraite de Vliinéraire.

Telle est ai^ourd'hui Jérusalem, et telle la représente le Panorama. Compagnon naturel de tous les voyageurs , m'associant en pensée à leurs périls et à leurs travaux , J'admire trop les arts, j'aime trop les muses pour ne pas me faire un devoir de recommander à la France les talents qui la peuvent honorer. Soyons reconnoissants envers lliomme courageux qui a immolé à son art sa santé , son repos et sa fortune. Ce n'est encore là que le moindre des sacrifices de M. Prévost : il a eu le malheur de perdre son neveu. Ce Jeune peintre , de la plus belle espérance , vrai martyr des arts, est mort à la vue de la Grèce, et son corps a été abandonné aux flots de cette mer qui baigne la patrie d'Apelles. Ainsi toutes les peines sont pour les voyageurs, tous les plaisirs pour nous qui profitons du voyage : nous allons au bout de la terre sans quitter notre patrie. Après tout, c'est toujours là qu'il en faut revenir; et, quand on a vu toutes les villes du monde, on trouve encore que celles de son pays sont les plus belles : c'étoit l'opinion de Montaigne. «Je responds, dit-il, ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : Je sais bien ce que Je fuis, mais non pas ce que je cherche. Si on me dit que, parmy les estraugers, il y peut avoir aussi peu de santé, et que leurs mœurs ne sont pas mieux nettes que les nostres , je responds que c'est tousjours gain de changer un mauvais estât à un estât incertain, et que les maux d*autruy ne nous doivent pas poindre comme les nostres. Je ne veux pas oublier cecy : que je ne me mutine jamiais tant contre la France que je ne regarde Paris de bon œil : elle a mon cœur dès mon enfance, et m'en est advenu comme des choses excellentes. Plus j'ay veu depuis d'autres villes belles, plus la beauté de cette cy peut et gaigne sur mon afTection. Je l'ayme tendrement , jusques à ses

Ternies et à ses taches. Je ne sois François que par cette grande cité, grande en peuples, grande en feUdté de son assiette, mais surtout grande et Incomparable en variété et diversité de commodités , la gloire de la France et 11m des plus nobles ornements da mmde. Dieu en chasse loin nos divisions 1 •

SUR

LE VOYAeK AU LEVANT,

DE M. LE COMTE DE FORBCt.

Mal 1819.

Monsieur le comte de Forbin, dans son Voyait €ÊU Levant f réunit le double mérite du peintre et de récrivain : VVt pictura poesis WNsAïkim été dit pour lui. Nous pouvons alïïrmer que , dessinés ou écrits, ses tal>leaux joignent la fidélité à l'élégance. Nous avons vu quelques lieux (jail n'a point visités , comme Sparte , Rhodes et Cartbage; mais il a parcouru à son tour des roloes qui ont échappé à nos observations , telles qoe celles de Césarée, d'Ascalon et de Thèbes. A cela près notre course, quasi la même , a été accomplie dans le même espace de temps. Piusheorenx que nous seulement, M. le comte de Forbin aroit un pinceau pour peindre, et nous, nous n'a^ioos qu'un crayon : un roi légitime lui a donné de grands vaisseaux pour le transporter en hante mer ; et nous , nous possédions à peine la petite barque d*Horace pour raser la terre, birtmis prœsidio scaphœ. Nous sommes forcé d*envier au voyageur jusqu'au château dont il s*est défait pour subvenir aux frais de la route : quant à nous , on avoit eu soin de ne nous laisser à vendre que nos coquilles de pèlerin.

H. le comte de Forbin s'embarqua à Toaloo le 22 août 1817, sur la division navale composée de la frégate la Ciéopdtre, de la corvette PEspéranccy des gabares la Surveillante fiV Active. Il avoit pour compagnons de voyage : M. Fabbé de Janson , missionnaire ; M. Huyot , architecte; M. Prévost, auteur de beaux panoramas; et Finfortuné M. Ckichereau, peintre, etnc\'CudeM. Prévost. La flotte se trouva le jour de la Saint- Louis à la vue de la côte de Tunis. i H. Tabbé « de Janson célébra la messe sur le gaillard d*a^ « rière. Vingt et un coups de canon et des cris de « vive le Roi! saluèrent le rivage où saint U^ « rendit à Dieu sa grande Ame. Ce noble sooT^

MELANGES LITTERAIRES

< ntr frappa tout Téqulpage. Quel rapprochement - en effet ; quel spectacle que celui de ce désert

< qui ftit Jadis témoin du deuil des lis, et qui coni serve aujourd'hui les ruines de Carthage ' 1 *

Otez la religion de ce beau tableau , que resterat-H? Quelques ruines muettes , et la poussière d*un roi.

Le ao aoAt, près la cAte de Cérigo, mourut le jeune Cochereau , qui avqit entrepris le voyage plein de joie et éPardeur '. Dans les projets de 1» vie on (oublie trop facilement cet accident de la mort, qui abrège tous les projets. Cest pourquoi les hommes ont raisonnablement fixé la patrie au lieu de la naissance, et non pas à celui de la mort, toujours incertain :

Lyrnesû domus alts, 8olo Lauréate Mpulcnim.

LesToyageurs débarquent à Milo,oùM. Huyot eot le malheur de se casser la jambe. M. le comte de Forbin, demeuré seul avec M. Prévost, se bâte d'aller visiter Athènes.

Il faut lire la description d'Athènes dans le Voyage. M. le comte de Forbin peint avec une expression heureuse ces ouvrages dePériclès, que nous avons nous*méme tant admirés. « Cha- ' Clin d'iceux , dit Plutarque , dès lors qu'il ftit

• parfait , sentoit déjà son antique, quant à la

• beauté; et néanmoins, quant à la grâce et vi- ' gueur, il semble Jusques aujourd'hui qu'il vien- « ne tout fraischement d'estre fait et parfoit , tant ' il y a ne sais quoi de florissante nouveauté , qui « empesche que l'injure du temps n'en empire la

* vue, comme si chacun desdits ouvrages avoit « au dedans un esprit toujours rii\]eunissant, et

* une ame non jamais vieillissante, qui les entre- « tinst en cette vigueur. »

Le voyageur rencontra à Athènes notre ancien hôte, M. Fauvel, si digne de faire les honneurs de la Grèce. Nous voyons aussi que l'archevêque d'Athènes alioit marier son neveu à la sœur deTagent de France de Zéa. Cet agent est apparemment le fils de ce pauvre M. Pengali qui se fnouroit de la pierre lorsque nous passâmes dans ^n Ile, et qui n'en marioit pas moins une des (juatre demoiselles Pengali, lesquelles chantoient en grec : Ah ! vous dirai-je , maman , pour nous adoucir les regrets de la patrie. Le flls de M. bengali nous a écrit depuis la restauration; il noQs avoit connu persécuté par Buonaparte pour

* f'oyage dans le Levant, pag. 6.

Ibidem, pag. 6.

notre attachement à la famille des Bourbons; il se figuroit que nous devions être tout-puissant sous le roi. Nous nous sommes bien donné de garde de solliciter la faveur qu'il demandoit auprès des ministres de Sa Majesté : nous aurions craint de faire destituer le pauvre viceconsul, pour nous avoir Jadis reçu, par la volonté des dieux, dans la maison de Simonide.

M. le comte de Forbin nous apprend encore , au sujet d'Athènes, que le docteur Avramiotti a écrit en grec une brochure contre nous. Estce qu*il y a des ministériels à Athènes? Sils sont pour Périclès, nous passons de leur côté; mais s^lls sont pour Hyperbolus ou pour Critlas , nous restons dans Topposition. Nous ignorons ce que nous avons fait au docteur Avramiotti : nous le citons dans Y Itinéraire avec toute sorte de considération. Se seroit-il fâché parce que nous avons dit qu'il sembloit un peu fatigué de notre visite ? Cela pourtant étoit tout simple : nous devions être très-ennuyeux. Nous sommes donc aujourd'hui la fable et la risée d*Argas? Nous tâcherons de nous en consoler, en songeant que depuis le temps de Glytemnestre on a tenu bien de mauvais propos dans cette ville.

Le voyageur se rembarque , et poursuit sa course vers le Bosphore. Il voit en passant le cap Sunium , où nous nous arrêtâmes , prêt à quitter la Grèce. Arrivé à Gonstantinople , il se rend chez l'ambassadeur de France. « Les nobles qua- « lités de M. de Bivière m*étoient connues, dit- « il; mais je découvris en lui chaque Jour de plus « hautes vertus sous les formes les plus franches « et les plus aimables. » Nous n'eûmes point le bonheur de rencontrer M. de BIvIère à Gonstantinople ; mais nous y fûmes reçu par M. le général Sébastiani avec une hospitalité que nous nous sommes plu àreconnottre, et que le changement des temps ne peut ni ne doit nous faire oublier.

Nous avons beaucoup de descriptions de Gonstantinople : il y en a peu qu'on puisse comparer, pour l'originalité et la parfaite ressemblance, à celle que l'on trouve dans le Nouveau Voyage du Levant; nous ne pouvons résister au plaisir

de la transcrire :

«J'ai vu dans cette ville singulière, dit le « voyageur, des palais d'une admirable élégance, < des fontaines enchantées, des rues sales et « étroites , des baraques hideuses et des arbres «superbes. J'ai visité Sandalbezestan, Gulchi- « larbezestan , où se vendent tes fourrurea* Par-

MÉLANGES LITTÉRAIRES

tout le Tare me coadoyoit , le Juif se prostcrnoit devant moi, le Grec me sourioity l'Arménien Youloit me tromper, leschiensmepoursuivoient , et les tourterelles venoient avec confiance se poser sur mon épaule; partout enfin on dansoit etonmouroit autour de nous. J'ai entrevu les mosquées les plus célèbres , leurs parvis, leurs portiques de marbre soutenus par des forêts de colonnes, et rafraîchis par des eaux jaillissantes. Quelques monuments mystérieux, restes delà ville de Constantin , noircis , rougis par les ineendies , sont cachés dans des maisons peintes, bariolées et souvent à demi brûlées. Les figures les costumes , les usages , offrent partout le spectacle le plus pittoresque , le plus varié. C'est Tyr , c'est Bagdad, c'est le grand marché de l'Orient*. »

De Constantinople , M. le comte de Forbin descend à Smyme , où il retrouve M. Huyot chez les pères de la Mission, « à qui, dit le voyageur, « cet artiste doit incontestablement la vie. » On passe de Sn^yrne aux ruines d'Éphèse, dont la description est un des plus beaux morceaux du Voyage.

« Je parvins , dit M. de Forbin , avec assez de « difQculté, par une Journée brûlante, jusqu'à « la vaste enceinte du temple de Diane. L'ensemble parott être de la grandeur du Louvre et des

Tuileries , en y comprenant le jardin

A la vue de ces constructions gigantesques , il est aisé de concevoir les dépenses qu'elles coûtèrent à tous les peuples de la Grèce et de TAsIe. On rencontre, derrière le temple de Diane , un monument circulaire orné de colonnes ; un autre , de forme carrée , et au milieu un emplacement dont le pavé étoit de marbre. Un édifice assis sur des souterrains est entièrement tombé. Ces ruioes composent un grand monticule entouré de plusieurs autres , tous formés des débris portant la merveilleuse empreinte du goût exquis des Grecs à l'époque brillante de leur puissance , de leurs succès dans tous les « genres.

« Quel sijget d'émotions plus profondes que celui « de cette grande destruction I Quelle terrible et « singulière leçon que cette promenade d'une lieue « où l'on marche sans cesse sur des décombres, « où des matériaux d'une admirable richesse cou- « vrent des plaines , des montagnes , des vallées , « n'offrant d'asile qu'aux loups et à de nombreux

. > royage dans U Levant, pàg» 44.

sangliers ! La porte de la Persécution est m monument en marbre, construit des arrachements et des restes d'édifices postérieurs; elle

me rappela les monuments romains.

Le dernier tremblement déterre

a renversé cette porte , qui étoit si bien conservée lorsque je la dessinai. On marche pédant un quart de lieue sur un terrain couvert d'uQ épouvantable chaos de pierres et de marbrei amoncelés ,empilés : frises , frontons, architraves , métopes, statues, tout ce qui charmoitaotrefois les yeux par sa régularitéetsa perfection, les effraye aujourd'hui par la confusion de ses débris.

« Je suivis un aqueduc qui réunit dans les rnootagnes les eaux des sources les plus abondantes : il les amène encore , mais personne ne va s'j désaltérer. Cette rivière, portée sur des mon élevés, rencontre enfin une brèche chargée de vignes sauvages : elle tombe alors en cascade, et sa nappe limpide se brise sur le d6me desmioes et des bains turcs.

« Les siècles les plus reculés et les âges de barbarie ont écrit leurs annales dans ce lieo ds regrets , des hautes réflexions , où tout pute si noblement de la mort

« L'aspect général d'Éphèse me rappeloit celui « des marais Pontins. A l'heure où le soleil des- « cendoit dans la mer , l'harmonie des lignes, la « vapeur chaude des lointains, le voile de cette « heure mystérieuse, formoient un ensemble toa* « chant et mélancolique, supérieur auxplus beaux « paysages de Claude Lorrain. Peut-être un jour, « me disois-je, un homme des Florides viendra- « t-il visiter ainsi les ruines de ma patrie , et , coin- « me dans] Éphèse, quelques noms seuls deœeo- « reront debout au milieu de la poussière desmar- « bres et de la cendre du cèdre et de Tairaio. Je « me rappellerai longtemps Timpressioa doace « et triste de cette soirée : les échos , cachés daos « des conduits profonds, répétoient alorslesmoin- « dres bruits; le frémissement du vent dans les « bruyères resserabloit à des clameurs souterrai- « nés ; l'imagination croyolt entendre les derniers « sons de l'hymme des prêtres de Diane, ou les « chants des premiers chrétiensautour derapdtre «d'Éphèse*. »

D'Éphèse on arrive à Satot-Jean d'Acre; oa suit le voyageur à Césarée , à Jaffa , à Jérusalem^

* Foyage dan» U Levant, pag. 00 et ittirt

MÉLANGES UTTÉRÀIRES.

à la mer Morte , an Joardain ; on revient avec lui à JafTa ; on Faoeompagne avec le plus vif intérêt à Ascalon , et dans le désert qu'il traverse pour se rendre à Damiette ; on remonte le Nil avec lui Josqu'an Caire , de là jusqu'à Tlièlies , où se ter* mine sa course comme arrêtée par des monceaux de ruines. L'Egypte ressemble à ses colosses : renversée dans le sable , l'œil du voyageur, qui n*auroitpul*embrasser tandis qu'elleétoitdebout, en mesure avec étonnement les proportions gigantesques et les énormes débris. On remarque un contraste singulier dans les monuments égyptiens : immenses en dehors , en dedans leurs dimensions sont resserrées. Dans ce vaste tombeau qui semble écraser la terre , dans cette baute pyramide qu'on aperçoit à quinzelieuesde distance, on ne peut entrer qu'en se courl)ant. Tandis que sa masse indestructible annonce extérieurement la grandeur et l'immortalité du génie, sa capacité intéHeure offre à peine la ^place d'un petit cercueil : ainsi ce tombeau semble faire le partage exact des deux natures de l'bomme.

Cest avec un charme particulier qu'en parcourant les tableaux de M. le comte de Forbin nous reconndssons dans ses personnages nos anciens l)6tes, ces vertueux Pères de Terre-Sainte, encore plus malheureux aujourd'hui qu'ils ne l*étoient lorsqu'ils nous reçurent dans toute la charité évangéllque. Nous avons revu, non sans attendrissement , le nom du père Clément Ferez et celui du bon père Munozau easar limpide s bianco : nous nous sommes réjoui en apprenant que M. Drovetti occupe une place auprte du pacha d'Egypte; mais puisqu'il devoit adopter une patrie étrangère» nous aurions mieux aimé que celle qu'il a si honorablement servie l'eût reconnu pour son enflant Homère étoit bien heureux. Lui donnoit-on l'hospitaUté , il mettdt le nom de son hôte dans ses ouvrages , et voilà son hôte immortel : nous autres obscurs voyageurs nous ne pouvons payer les soins qu*on a pris de nous que par une stérile reconnoissance.

Nous sommes obligés d'abréger les citations de l'ouvrage de M. le comte de Forbin , parce qu'il faudrait trop citer; mais nous recommandons particulièrement aux lecteurs les descriptions d'Ascalon et de Césarée, de ces deux villes encore debout, mais sans habitants, telles que le prophète nous représente Jérusalem assise dans la solitude, ou le port de Tyr battu par une mer sans vaisseaux. On verra avec JdoMIr te touchante his-

CaATBiUBRURD. — TOUS T.

toire d'Ismall et de Maryam. Parmi les dessins il faut remarquer celui de la mosquée d'El-Haram, et une vue de Jérusalem prise de la vallée de Josaphat. En véritable peintre , M. le comte de For* bin a saisi le momentd'un orage , etc*est à la lueur de la foudre qu*il nous montre la cité des miracles. Il nous pardonnera de rappeler quelques lignes de V Itinéraire, qui nous serviront à décrire son tableau : « L'aspect de la vallée de Josaphat est « désolé : le côté occidental est une falaise de « craie qui soutient les murs gothiques de la ville ^ « au-dessus desquels on aperçoit Jérusalem : le « côté oriental est formé par la montagne des « Oliviers et par la montagne du Scandale. • •

« Les pierres du cime-

« tière des Juifs se montrent comme un amas de

« débris au pied de la montagne

« A la tristesse de Jérusalem, dont il ne s'é- « lève aucune fumée , dont il ne sort aucun bruit; « à la solitude des montagnes , où l'on n*aperçoit « pas un être vivant; au désordre de toutes ces « tombes fracassées , brisées , demi-ouvertes , on n diroit que la trompette du jugement s*est déjà « fait entendre , et que les morts vont se lever dans « la vallée de Josaphat. »

On ne sauroit trop louer le voyageur d'avoir porté dans la Terre-Sainte des sentiments graves : avec un esprit de doute et de moquerie il n'auroit rien vu , et il auroit tout déûguré. Nous admirons le grand Voyage d'Egypte; nous rendons hommage aux gens de lettres et aux artistes qui l'ont exécuté; mais nous souffrons quand nous voyons commenter les livres de Moïse avec une assurance qui fait de la peine, pour peu qu'on ait quelque connoissance des langues originales. Expliquer la colonne de nuée et de feu qui conduisoit les Hébreux dans le désert, par un réchaiid cylindrique dans lequel on entretient un feu vtfet brillant, en y brûlant des morceaux très'sees de sapin, n'est-ce pas une imagination un peu trop philosophique? L'auteur a-t-il trouvé rhistoire de ce réchaud dans quelque antique manuscrit arraché au tombeau d'Osymandué? Non : il s'appuie de l'autorité du xxiv* numéro d'un journal intitulé le Courrier de l'Egypte, Imprimé au Caire, où Buonaparte avoit établi la liberté de la presse pour les Arabes. On nous permettra de nous en tenir à la version du Pentateuque* le texte ne dit point du tout un réchaud, mais une nuée; nous ne voulons pas citer de riiébreu. Les Septante et la Yulgate traduisent exactement.

4ai

MÉLilNGES LITTÉIUIBES.

Heureusemeut il s'en faut beaucoup que tous les Mémoires du magnifique Voyage d'Egypte soient écrits dans le même esprit , témoin ce passage où M. Hozière, ingénieur en chef au corps royal des mines , parle de l'expédition de saint Louis. « Alors, dit*ii , la religion sincère, la foi « chrétienne touchante et sublime dans les gran- « des âmes, la brillante chevalerie ignorante et « naïve , craignant le blâme plus que la mort , pleit nés de nobles sentiments et d'illusions magnait nimes, goidoient loin de leur pays les enfiints « de la France, n Voilà qui est beau, très-beau. Quand on aspire à l'immortalité , c'est une grande avance que d'être chrétien.

L'ouvrage de M. le oomtede Forbin achèvera de prouver qu'on peut faire aujourd'hui promptement et facilement ce qui demandoit autrefois beaucoup de temps et de ftitigues. Un voyageur qui noiiseroit un vaisseau à Marseille, et qui partiroit par les grands vents de l'équinoxe du prbi* temps, pourroit jeter l'ancre à Jaffa le vingtième Jour après son départ, et peut-être même plus têt ; le vingt et unième il seroit à Jérusalem ; mettons huit Jours pour voir les lieux saints , le Jourdain et la mef Morte , six semaines ou deux mois pour le retour, ce voyageur seroit donc revenu dans sa famille avant qu'on eût eu le temps de s'apercevoir de son absence. Qui n'a trois mois à sa disposition? Il ne seroit pas plus long de se rendre chaque année à Athènes, à Thèbes, à Jérusalem, que d'aller passer Tété de châteaux en châteaux aux environs de Paris : on se délasserait des Jardins anglois dans le potager d'Alcinoûs.

Les François peuvent tirer un autre profit de leurs voyages ; ils peuvent se convaincre , en parcourant le monde, qu'il n'y a rien de plus beau et de plus illustre que leur patrie. Ils ne sauroient faire un pas dans l'Orient sans retrouver partout les immortels souvenirs de leur race , depuis ces chevaliers qui régnèrent à Gonstantinople, à Sparte , à Antioche , à Ptoléraals , qui combattirent à Ascalonetà Carthage , Jusqu'à ces quarante mille voyageurs armés qui vainquirent aux Pyramides , et battirent des mains aux ruinesde Thèbes. Cette armée , dont l'Arabe du désert raconte encore les hauts faits, vengea les chevaliers de la Massoufe; mais elle ne releva point à Jérusalem les deux sentinelles françoises qui gardent si fidèlement le Saint-Sépulcre : Godefh)y de Bouillon et Baudouin son frère.

M. le comte de Forbin se montre partout bon

François , et il doit quelqim^iiQS de ses plos belles pages aux inspirations puisées dans rarnoor de son pays. Le poète de Smy rue promet des snocès à ceux qui eombattoient «tfl K«tpiic, pour la patrie.

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