CHANT I
rer ao ooncherdn soleiL Quand te reverrai-Je, Évella? Dis-moi, Gombal, ^elle fut la destinée de la fille de Morven?
— • Évella apprit ton malheur, répondit GombaLDurant trois soleils , elle reposa sa tête inelinée sur son bras d*albâtre ; au quatrième soleil , elle descendit sur le rivage de la mer, et cbercha le corps de Dargo, Les filles de Morven la virent du sommet de la colline ; elles essuyèrent leurs larmes avec les boucles de leur cbcYelure. Elles s'avancèrent en silence pour consoler Évella ; mais elles la tnmyèrent affidssée comme un monceau de neige, et belle encore comme un cygnedu rivage. Les filles de Morven pleurèrent, et les bardes firent entendre des chants. Puis8es*tu , 6 Dargo ! vivre comme Évella dans la renommée I puisse ainsi durer notre mémoire, quand nous nous enfoncerons dans la tombe I » Ainsi dit Combal. Mais nous apercevons une grande lumière dans Inisfail ; nous découvrons le signal qui annonce le danger du roL Aussitôt nous nous précipitons dans nos vaisseaux ; Dargo est avec nous , nous quittons Tlle déserte ; nous nous bâtons pour disperser les ennemis dlnlsfiiil. Les vents de Morven viennent à notre aide ; ils remplissent le sein de nos voiles ; les mariniers se courbent et se redressent sur la rame, qui brise, en écumant, la tète sombre et mobile des flots. Chaque héros a les yeux fixés sur le rivage : ton* tes les âmes sont d^à dans le champ du carnage ; mais Ton est encore à quelque distance d'Inisfàil. Dargo seul ne ressent point la Joie du péril ; ses yeux sont baissés , son front est appuyé sur son bras , qui repose sur le bord d'un bouclier. Comhal observe la tristesse de ce chef; il fait un signe à Ul lin , afin que le chant dli barde réveille le cœur de Dargo. UUin chante au bruit des vaisseaux qui sillonnent les vagues :
n Colda vivoit aux Jours de Trenmor. Il pour- « suivoit les daims autour de la baie d'Étha : les « rochers, couverts de forêts, répondoient à ses m cris , et les fils légers de la montagne tombèrent. « M élina l'aperçut d'un autre rivage : elle veut
• traverser la baie sur un esquif bondissant. Un « tourbillon descend du del , et renverse la nef; « Mélina s'attache à la carène. Je meurs 1 s'écrie« « t-elle : Cddtf , mon guerrier, viens à mon se- « cours!
« La nuit déploya ses ombres; plus foiblement
• alors la voix murmura des plaintes , plus foi- « bicment encore elle fut répétée par les échos
« du rivage ; elle s'évanouit enfin dans les ténè- « bres. Colda trouva Mélina à demi ensevelie dans ^ le sable ; il éleva pour elle la pierre du tombeau
• sons un chêne, auprès d'un torrent : le dias- « seur aime ce lieu solitaire, il s'y repose k Fombre
'« quand le soleil brûle la plaine. Colda fut long- <i temps triste; H s'égaroit seul à travers les bols •« des coteaux d'Étha; chaque nuit, les oiseaux « des mers écoutoientses soupirs : mais l'ennemi « vint , et le bouclier de Trenmor retentit; Colda « saisit sa lance, et fut vainqueur. La Joie repa- « rut peu à peu sur son visage , comme le soleil sur « la bruyère quand la tempête est passée.
— « Le souvenir de ce chef, dit Dargo, revit
• dans ma mémoire, mais comme les foibles traces « d*un songe depuis longtempsévanoui. Colda con- « duisit souvent les pas de mon enfance au chêne « d'Étha ; les larmes tomboient tl^ ses yeux , en « s'avançant sur les grèves abandonnées. Je lui « demandois pourquoi il pleuroit; il me répon» « doit : C'est ici que dort Mélina. 0 Colda I Je « me suis reposé sur sa tombe et sur là tienne 1 « Puisse mu renommée me survivre, de même « que ta gloire est restée après toi , lorsque je serai « errant dans les nuages avec la belle Évella 1 »
— « Oui, ton nom demeurera parmi les hom- « mes , dit Comhal. Mais nous touchons au rivage, « Vois-tu ces boucliers roulant comme la lune à « travers le brouillard? Leurs bosses reluisent aux « rayons du matin. Les guerriers d'Inisfail sont a là ; le roi regarde par la fenêtre. De son palais « il aperçoit un nuage grisâtre : des larmes tom- « bent sur la pierre de la fenêtre. Nos voiles sont le « nuage grisâtre ; le roi les a reconnues ; la Joie « éclatedans ses yeux ; il s*écrie : Voici Comhal 1 »
Les chefsde Lochlin ont aussi reconnu les guerriers de Morven , qui viennent au secours d'Inis* fail. Leur armée se courbe , et s'avance à la rencontre de ces guerriers. Armor la conduit : il s'élève au-dessus des héros comme le chef rougeâtre au-dessus des troupeaux de biches dans les bois de Morven. Comhal s'écrie : « Ceignes vos « éj^ée& ; rappelez les Jours de votre gloire , et les « anciennes batailles de Morven. Dargo, présente « ton large bouclier ; Carril , que ton glaive rapide « Jette encore des ondes de lumière ; lève cette « lance, 6 Connall qui si sou vent Joncha la terre « de morts; et loi, UUin , que ta voix nous anime « aux combats sanglants ! »
Nous fondons sur rennemi : il étoit immobile comme le chêne de àlalaor, que ne peut ébranler
DARGO.
la tempête. Inisfail nous vit , et se précipita dans la vallée pour se Joindre à n'kas. Loehiîn plie sons les coups de l'orage ; ses branches arrachées couvrent les diamps. Armor combattit le chef d'InisM, mais la lance du roi doua le bouclier d' Armor à sa poitrine. Lochlin, Morven et Inisfail pleurèrent la mort du jeune chef sitôt abattu. Son barde entonna le chant de la tombe :
* Ta taille , 6 Armor ! étoit celle du pin. L'aile de l*aigle marin n'égaloit pas la rapidité de ta course ; ton bras desceodoit sur les guerriers comme le tourbillon de Loda , et mortelle étoit ton épée comme les brouillards du Légo.
a Pourquoi , A mon héros ! es-tu tombé dans ta jeunesse? comment apprendre à ton père qu'il n'a plus de fils? comment dire à Grimoîna qu'elle n'a plus d'amant? Je vois ton père courbé sous le poids des années : sa main est incertaine sur le bâton qui l'appuie ; sa tête , qu'ombragent encore quelques cheveux gris , vacille comme la feuille du tremble. Chaque nuage éloigné trompe ses débiles regards , lorsqu'ils cherchent ton navire sur les flots.
« Gomme un rayon de soleil sur la fougère desséchée, l'espérance brille sur le front du vieillard. Quand le vénérable guerrier, s'adressant aux enfants qui jouent autour de lui , leur dit : Ne vois-je pas le vaisseau de mon fils? les enfants regardent aussitôt la mer bleuâtre, et ils répondent au vieillard : Nous n'apercevons qu'une vapeur passagère.
« Grimoîna, tu souris dans le songe du matin , tu crois recevoir tonamant dans toute sa beauté ; tes lèvres l'appellent par des mots à demi formés ; tes bras s*entr'ouvrent , et s'avancent pour le presser contre ton sein : aht Grimoîna, ce n'est qu'un songe!
« Armor est tombé , il ne reverra plus sa terre natale ; il dort dans la poussière d'Inisfail.
« Grimoina, tu sortiras de ton sommeil ; mais quand Armor se réveillera-t-il?
« Quand le son du cor fera-Mi tressaillir le jeune chasseur?quand le choc des boucliers l'appellerat-ll au combat? Enfants des forêts, Armor est couché; n'attendez pas qu'il se lève. Fils de la lance , la bataille rugira sans Armor.
« Ta taille étoit comme celle du chêne, ô chef de Lochlin ! l'aile de l'aigle marin étoit moins rapide que ta course ; ton bras descendoit sur les guerriers comme le tourbillon de Loda, et mortelle étoit ton épée comme les brouillards du Lego. ^
Ainsi chantoit le barde. La tombe d'Armor s'é* lève; les guerriers de Lochlin fuient; leurs vaisseaux, repassant les mers, pèsent sur l'abîme : par intervalles on entendoit ,1a chanson des bar* des étrangers ; leurs accents étoient tristes.