Oeuvres complétes de M. le vicomte de Chateaubriand
Mes ouvrages historiques se composent de VEssai sur les Révolutions, des Mémoires touchant la vie et la mort de Ms^ le duc de Berry, de quelques articles nécrologiques, d'une Notice sur la Vendée^ et de mes Discours servant d'introduction à rUistoire de France : ceux-ci formeront la base de mon Histoire de France proprement dite.
Ce n'est pas que dans mes ouvrages littéraires et dans mes Voyages on ne trouve des morceaux d'histoire, entre autres le dernier chapitre sur l'avenir des nations, dans le Génie du Christianisme , et la Mort de saint Louis , dans V Itinéraire ; mais ces morceaux ne sont point isolés, et ne peuvent être publiés à part.
C'est à la tête de mes Discours d' introduction à l'Histoire de. France que je placerai jna Préface générale sur l'Histoire. Je n'ai donc que quelques mots à dire ici du volume que je donne maintenant au public.
Ce volume contient, avec \ Histoire de la Vie de Ms'' le duc de Berry , l'écrit intitulé : Le Roi est mort, vive le Roi! la Notice sur la Vendée ; les articles nécrologiques sur le général Nansouty, MM. de La Harpe, Saint-Marcellin et de Fontanes , enfin, une sorte de traité de politique historique : les Quatre Siuarts. Lorsque je déplorois la perte de M. de Saint-Marcellin, et que j'essayois de consoler l'amitié, je ne me croyois pas appelé à parler sitôt après sur le tombeau de M. de Fontanes : voilà ce que c'est que de vivre. La mémoire de Ms^ le duc de Berry, de ce prince qui encourageoit les talents, qui honoroit la vertu militaire,
celte auguste mémoire ne sera point offensée que j'aie placé, comme sous sa protection, la mémoire de deux hommes illustres dans les lettres, celle d'un général célèbre, celle d'un jeune soldat malheureux, et le souvenir de cette Vendée, la France des Bourbons, quand il n'y avoit plus pour eux d'autre France.
J'ai représenté la famille royale dans des jours de douleur; les peintres ne manqueront pas pour les jours de prospérité : si mes portraits ne sont pas ceux d'un maître^ ils sont du moins ressemblants. Monsieur, aujourd'hui le ROI , n'est-il pas toujours le prince dont la conscience n'a rien à cacher à In terre? Ms'le duc d'Angoulême, aujourd'hui Ms"' le Dauphin, n'est-il pas toujours ce juste sur la Joi duquel on peut se reposer? La gloire qu'il a ajoutée à sa vie n'a pas changé le chrétien. Madame, aujourd'hui Madame la Dauphine , a-t-elle cessé d'être la femme représentée par ces traits : «Que lui importent les périls? est-il une douleur «qui puisse se passer d'elle, une adversité qui l'ait jamais «fait reculer? Madame est accoutumée à regarder la révoolution en face : ce n'étoit pas la première fois que la fille «de Louis XVI et de Marie-Antoinette prenoit soin d'un «frère mourant.»
J'ai reçu, pour un travail trop au dessous du sujet, une récompense que j'estime plus que tous les honneurs de la terre : la mère de Ms"^ le duc de Bordeaux , cette jeune princesse, le charme et l'amour de la France, a enseveli les Mémoires avec le noble cœur qui fut percé du poignard : que n'ai-je pu le ranimer !
L'écrit 1 où j'ai exprimé les regrets et les espérances de la France, devoit naturellement se placer ici comme une page historique. En déplorant avec la patrie la mort du
' Le Roi est mort : five le Roi.' v
vénérable auteur de la Charte, je déplore celle de mon bienfaiteur.
Des pièces justificatives importantes ont été jointes aux Mémoires sur Ms' le duc de Berry : ce sont des lettres de Louis XVIII, de Charles X, de Ms'- le Dauphin, de M?"^ le duc de Berry, de Ms"" le prince de Condé; et un fragment de journal inédit.
Depuis plusieurs années, on a bien voulu me faire passer des réclamations très justes, ou des documents très précieux relatifs à ma Notice sur la Vendée. J'aurois voulu y faire droit, j'aurois voulu nommer tout le monde; mais cela m'a été impossible : une Notice n'est point un omrage complet. Si jamais je puis conduire mon Histoire de France jusqu'à l'époque de la révolution, je réparerai les omissions auxquelles m'ont forcé les limites étroites d'un premier essai.
Depuis la restauration, on a beaucoup affecté de parler des Stuarts; entendant leur nom retentir sans cesse à la tribune, j'ai voulu savoir ce qu'il en falloit croire.
L'Essai historique prouve que je m'étois autrefois occupé du règne de Charles 1"; j'en avois même écrit l'histoire complète. J'ai relu attentivement les mémoires latins et anglois des contemporains sur la matière : les historiens de nos jours, MM. Guizot, Lingard, Mazure , ont éclairé ma marche et ajouté à mon instruction ; j'ai déterré quelques pièces peu connues. De tout cela il est résulté, non une bistoire des Stuarts que je nevoulois pas faire, mais une sorte de traité où les faits n'ont été placés que pour en tirer des conséquences politiques. Tantôt la narration est courte lorsque aucun sujet de réflexions ne se présente, ou qu'on n'est pas attaché par l'intérêt des événements; tantôt elle est longue quand les réflexions en sortent avec abondance, ou quand les événements sont pathétiques. Il
n'y a personne qui n'ait lu quelque récit de la mort de Charles P': j'ose croire que de petits détails négligés des historiens frapperont les lecteurs dans la Politique histnriqtie; ils verront, par exemple, sur les anneaux scellés à l'échafaud, sur les deux hommes masqués , etc., des renseignements qui se trouvent consignés au procès des régicides, et qui ajoutent à l'épouvante de la scène.
J'ai tâché de faire sentir les principales ressemblances et différences des deux révolutions, de la révolution de 1640 et de 1688, et de la révolution de 1789 et de 1814. Je me suis proposé de signaler les écueils , afin d'en rendre l'évitée plus facile; mais l'homme pervertit souvent les choses à son usage, et quand on lui croit offrir des leçons on pe lui fournit que des exemples.