FIN DIS MEMOIRES SUR LE DUC DE BERRY
Page 22.
«Avec quel plaisir nous avons appris la lettre du régiment de Berwick... »
Lettre de Monsieur [depuis Louis XFIII) à MM. les officiers , sous-officiers , grenadiers et soldats du régiment irlandais de Berwick.
A Scbœnbornslutst, le 28 juillet 1791.
J'ai reçu, messieurs, avec une vraie sensibilité, la lellre que vous m'avez écrite. Je ferai parvenir au roi (Louis XVI) , le plus tôt que je pourrai, l'expression de vos sentiments pour lui. Je vous réponds d'avance qu'elle adoucira ses peines, et qu'il recevra avec plaisir de vous les mêmes marques de fidélité que Jacques II reçut, il y a cent ans, de vos aïeux. Cette double époque doit former à jamais la devise du régiment de Berwick : on la verra désormais sur vos drapeaux 1, et tout ce qu'il y aura de sujets fidèles au roi y lira son devoir, et y reconnoîtra le modèle qu'il doit imiter. Quant à moi, messieurs, soyez bien persuadés que l'action que vous venez de faire restera toujours gravée dans mon ame, et que je m'estimerai heureux toutes les fois que je pourrai vous donner des preuves de ce qu'elle m'inspire pour vous.
Louis-Stanislas-Xavier.
1 Voulant consacrer à jamais l'époque de 169:, où le régiment de Berwick sortit d'Irlande pour servir le roi Jacques II, et l'époque de 1791, où ce même régiment quitta la France pour servir l'infortuné Louis XVI, Monsieur ordonna que ses drapeaux porteroient cette légende :
1691. Semper et uhique fidelis. 1791.
Toujours et partout fidèle.
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« Ce fut dans ce combat (de BerstheimJ que les trois Condé , renouvelant l'aventure de la bataille de Senef , déployèrent une valeur héroïque... »
Fragment des Mémoires de la Maison de Condé.
La gelée qui avoit raffermi ICvS chemins permit aux républicains de faire avancer leur grosse artillerie. Après s'en être .servis pour battre les retranchements de ce village, centre de la position du prince, comme ils l'avoient déjà fait la veille, ils s'avancent avec rapidité. Les légions de Mirabeau et de Hohenlohe défendent leur position avec la plus grande valeur; mais l'acharnement des républicains semble s'accroître avec leur nombre : ils pénètrent dans le village avec des cris affreux.
Ce premier succès pouvoit devenir décisif: un coup d'œil du prince l'en avoit averti; et déjà sa résolution est prise. C'étoit la seule qui convînt au tils du grand Condé. Il saute en bas de son cheval ; et, tirant l'épée, il se place à la tète de ses deux bataillons gentilshommes : «Messieurs, s'écrie-t-il, «vous êtes tous des Bayards, il faut reprendre ce village.»
On ne lui répond que par les cris : A la baïonnette! et l'on se précipite à travers le feu le plus terrible d'artilleiie et de mousqueterie. Les haies vives, les maisons, les rues, tout est emporté en dix minutes; des cris de vii>c le Roi , poussés à l'extrémité du village, annoncent de loin à la réserve que les républicains en sont chassés.
Pendant ce temps, le fds et le petit-fils se montroient dignes d'un tel père '.
' c'est aa récit de cette journée que Delille s'écria dans sa langue : Angoulême, Berry, soutiennent leur grand nom. Qu'on ne me vante plus ce triple Géryon, Dont trois âmes mouvoient la masse épouvantable. J'aime à voir, surpassant les récits de la fable. Un même esprit mouvoir trois héros ji la fois. Coudé, Bourbon, Enghien, se font d'antres Rocroy», Et, prodigues d'un sang chéri de la victoire. Trois générations vont ensemble à la gloire.
A la tête de la seconde et de la troisième division de la cavalerie noble, le duc de Bourbon s'é!ance sur la cavalerie républicaine, et la cbasse devant lui. Un ravin profond se présente : emporté par son ardeur, le prince le franchit avec une poignée de gentilshommes. Les républicains se hâtent de profiter de leur avantage, et se flattent de les accabler ; la mêlée est sanglante; le prince est grièvement blessé. Mais le reste des escadrons survient : les cavaliers républicains fuient; et laissent deux pièces d'artillerie légère au pouvoir de leurs vainqueurs.
Sur un autre point, le duc d'Eughien conduisoit au combat les chevaliers de la couronne. Presque seul, il court enlever une pièce de canon; ses habits sont criblés de balles et de coups de baïonnette ; il est entouré , il se défend en héros jusqu'à ce que l'on vienne le dégager : il ramène la pièce.
Le résultat de cette brillante, mais sanglante journée, ne fut que la gloire d'avoir conservé une mauvaise position, que, quelques jours plus tard , il fallut abandonner. Le maréchal de Wurmscr et plusieurs généraux autrichiens, malgré la froideur qui régnait entre eux et l'armée royale, vinrent , le soir même, féliciter le prince de Condé et ses compagnons d'armes. «Eh bien, monsieur le maré- «chal, lui dit le prince, comment trouvez-vous ma petite «infanterie? — «Monseigneur! elle grandit au feu,» répondit le maréchal. Les Autrichiens furent peu étonnés d'apprendre que des chevaliers françois s'étoient battus avec un courage héroïque; mais ils ne purent refuser des larmes d'admiration à des traits comme celui-ci :
Un soldat de la légion de Mirabeau, blessé, jetait les hauts cris à côté d'un chevalier de Saint-Louis qui avait une jambe emportée ' : «Songez, mon ami , lui dit cet in- « trépide officier, que votre Dieu est mort sur la croix, et «votre roi sur l'échafaud ! nous devons nous trouver heu- «reux de mourir pour leur cause.»
Trois jours après, les républicains attaquèrent de nou-
' C'étoit M. de Barras, officier de marine, frère du directeur.
veau Berstheim, et tle nouveau ils furent repoussés avec une perte considérable. Désespérant de forcer le corps de Condé dans cette position, ils essayèrent de se faire jour sur un point de la ligne autrichienne, et furent plus heureux. Le comte de Wurmser fit entrer son armée dans les redoutes qu'il avait élevées eu avant d'Haguenau, depuis le Rhin jusqu'aux montagnes.
Monsieur (depuis Louis XVIII), qui était alors à Turin, n'eut pas plus tôt appris la nouvelle de ce combat, qu'il écrivit au prince de Condé :
A Turin, ce 28 décembre 1793.
Ce n'est qu'en arrivant ici, mon cher cousin , que j'ai reçu avec quelque certitude la nouvelle de la glorieuse affaire du a de ce mois dont un bruit vague m'avoit entretenu surraon chemin. lime seroit difficile de vousexprimer la joie qu'elle m'a causée. Ce n'est pas assurément que je doutasse de ce que peut la valeur de la noblesse françoise ; mais il étoit temps que les rebelles sussent ce qu'elle peut toute seule, et l'affaire même de Berstheim ne le leur avoit appris qu'imparfaitement. Cette joie seroit cruellement empoisonnée, s'il me restoit la moindre inquiétude sur la blessure de votre fils: mais, tranquille à cet égard, je vous féUcite, et de cette blessure même, et de la conduite que son fils et lui ont tenue. Jouissez , mon cher cousin, de cette belle journée , comme bon François , comme général, comme vaillant chevalier, et comme père. Pour moi, indépendamment de ma tendre amitié pour vous, et du bien de l'état, je dois vous avouer que mon amour-propre jouit de voir trois héros de mon sang, où jusqu'à présent je n'étois sûr d'en trouver qu'un. Mais mon sentiment pour vous ne doit pas me faire oublier cette brave noblesse qui s'est si fort distinguée sous vos ordres : parlez-lui bien du double sentiment queje ressens de sa conduite, et comme gentilhomme françois, et comme régentdu royaume. Adieu, mon cher cousin : vous connoissez bien toute mon amitié
pour vous.
Signé Louis -Stamslas-Xayieb.
Lettre de MonsIELR f Régent du royaume) au duc de Bourbon.
Turin, le 2$ décembre i^gS.
Je reçois en arrivant ici, mon cher cousin, la nouvelle certaine de la gloire que vous venez d'acquérir et de la blessure que vous avezreçue. Cette dernière auroit empoisonné toute lajoie de la première, si je n'avois su en même temps qu'elle n'est pas dangereuse. Je vous avoue que je vous l'envie : cependant je vous aime trop sincèrement pour ne pas vous en féliciter de tout mon cœur, en souhaitant cependant que pareille chose ne vous arrive plus. Ce n'est ni comme parent ni comme ami que je vous parle ainsi ; c'est comme régent du royaume , c'est parce que je sais mieux que personne la perte que l'état feroit en vous perdant.
Adieu , mon cher cousin. Puissiez-vous être bientôt guéri, et voler à de nouvelles victoires ! Vous connoissez mon amitié pour vous.
Louis-Stanislas-Xavier.
Lettre de MONSIEUR (Régent du royaume) à Monseigneur le duc d^ Enghisn.
A Turin, ce 28 décembre 1793,
J'ai appris, mon cher cousin, avec un plaisir que mon amour pour mon sang, et l'arailié que vous me connoissez pour vous, vous expliqueront facilement, la gloire que vous avez acquise à la journée du 2 de ce mois. Vous êtes à l'âge et vous portez le nom du vainqueur de Rocroy; son sang coule dans vos veines ; vous venez de retracer sa valeur; vous avez devant les yeux l'exemple d'un père et d'un grand- père au dessus de tous les éloges : que de motifs d'espérer que vous serez un jour la gloire et l'appui de l'état! Vous pouvez croire, vous aimant comme je le fais, que je jouis bien sincèrement de ces heureux présages. Adieu , mon cher cousin. Soyez bien persuadé de toute mon amitié pour vous.
Signé Louis-Stanislas-Xavier.
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«Dans les campagnes de 1795, 1796 et 1797, Monseigneur le duc de Berry se trouva présent à tous les combats...»
Lettre de Moasim^y Comte d' Artois ^ à Monseigneur le prince de Condé.
Edimbourg, 29 novembre 1795.
Vous avez bien justement apprécié, mon cher cousin, tous les sentiments que j'ai éprouvés en lisant votre lettre du 3 novembre et les pièces qui y étoient jointes, puisque vous êtes content de mon fils ^ : je jouis de sa conduite. Je partage au fond de l'arae la gloire et l'honneur dont vos compagnons de fidélité se sont couverts ; mais les nouvelles publiques n'ayant pas été aussi discrètes que vous, sur un objet dont vous ne parlez point, permettez-moi de vous dire que , comme parent , comme ami , et comme dévoué à la cause que nous défendons, je trouve une jouissance aussi douce que solide à entendre juger votre conduite comme elle mérite de l'être , et à vous voir augmenter tous les jours une considération si flatteuse pour ceux qui vous aiment, si honorable pour ceux qui vous sont liés parle sang, et si importante pour les intérêts de notre roi. Ceci n'est point un compliment, c'est l'expression simple de mon cœur et de ma raison.
Je joins ici ma lettre, que je vous prie de remettre de ma part au duc d'Enghien. Je ne lui parle que de mon amitié; mais c'est le roi, c'est la France entière, que je félicite de ce .qu'il est , et de ce qu'il sera un jour, en suivant la glorieuse route que vous lui avez tracée.
Vous sentirez mieux qu'un autre, mon cher cousin, que celui qui remplit son devoir trouve dans sa propre conduite une compensation aux sacrifices les plus pénibles.
* Monseigneur le duc de Berry,
Mais je dois vous avouer que depuis le mois de juin j'éprouve un supplice difficile à exprimer, de ma douloureuse inaction, et d'être privé de partager les dangers, les fatigues et la gloire de vos intrépides compagnons d'armes. Soyez du moins mon interprète auprès d'eux; parlez-leur de mes regrets , de mes sentiments , de mon admiration pour leur constance, autant que pour leur valeur, et ajoutez-leur qu'uniquement occupé de nos intérêts communs, j'espère que le ciel finira par protéger mes efforts , et par rendre heureux les fidèles François qui ont toujours suivi le chemin de l'honneur.
Je n'avois pas attendu votre lettre pour solliciter auprès du gouvernement britannique les moyens qui nous sont nécessaires pour profiter utilement du succès des Autrichiens et de ceux de notre armée. La négociation entamée à Paris ne facilitoit pas mes démarches : cependant, le départ de M. de Précy vous aura prouvé qu'elle n'avoit pas été totalement infructueuse. Je viens de les renouveler encore avec plus de vivacité que jamais : j'espère que les ministres seront frappés de la nécessité de vous procurer des secours extraordinaires; et je me flatte que vous en recevrez de suffisants, si vos tristes pressentiments ne viennent pas à se réaliser. Je n'entrerai pas dans plus de détails sur la situation des choses et des esprits ; mais je compte envoyer, le mois prochain, un courrier au roi , et je le prierai de vous communiquer des détails intéressants , et peut-être favorables.
Avant de terminer cette lettre, il faut que je vous parle d'un objet qui tient à mon cœur : il paroît que mon fils s'est conduit en joli garçon , et qu'il a du goût pour les coups de fusil. C'est toujours bon en soi-même , mais cela ne suffit pas ; dans sa position, il faut qu'il se mette promptement en état de bien servir son roi; et c'est à vous que je m'adresse avec confiance, mon cher cousin, pour que vous employiez toute votre autorité dégénérai, et toute celle que mon amitié a remise entre vos mains, à exiger qu'il occupe tout son hiver à travailler bien sérieusement
au métier de la guerre, à se rendre digne de commencer l'année prochaine à conduire des troupes. Je ne vous indiquerai aucuns moyens à cet égard ; personne ne saura mieux que vous exciter son émulation, et lui inspirer le désir de l'instruction : mais vous jugerez facilement combien je serai sensible à cette nouvelle preuve de votre amitié.
Adieu, mon cher cousin, je ne veux rien changer au rendez-vous que je vous ai donné ; c'est vers ce but que tendent tous mes efforts. Je vous renouvelle, du fond du cœur, l'assurance de l'amitié bien tendre et bien constante qui m'attache à vous pour la vie.
Signé Charles-Philipi'E.
P. S. Je dois vous dire que vous trouverez mon fils tout prévenu sur ce que je vous demande pour lui.
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a On apprit au cantonnement de Steinstadt la mort de Louis XVII... »
Lettre du roi Louis XV 111 a Monseigneur le Prince de Condé.
Mon cousin, je suis touché, comme je dois l'être, des sentiments que vous m'exprimez au sujet de la perte irréparable que je viens de faire en la personne du roi, mon seigneur et neveu. Si quelque chose peut adoucir ma juste douleur, c'est de la voir partagée par ceux qui me sont chers à tant de titres. La France perd un roi dont les heureuses qualités , que j'avoisvuessedévelopper dès sa plus tendre enfance, annonçoient qu'il seroit le digne successeur du meilleur des rois : il ne me reste plus qu'à implorer le secours de la divine providence pour qu'elle me rende digne de dédommager mes sujets d'un si grand malheur. Leur amour est le premier objet de mes désirs, et j'espère qu'un jour viendra où, après avoir, comme Henri IV, reconquis mon royaume, je pourrai, comme Louis XII,
mériter le titre de père de mon peuple. Dites aux braves gentilshommes et aux fidèles troupes doritje vous ai confié le commandement, que l'attachement qu'ils m'expriment par votre organe est déjà pour moi l'aurore de ce beau jour, et que je compte principalement sur vous et sur eux pour achever de le faire éclore. Je vous renouvelle avec plaisir l'assurance de tous les sentiments avec lesquels je suis,
Mon cousin,
Votre très affectionné cousin,
Louis. •
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« Ce monarque (Louis XVIII) étoit attendu à l'armée ; il y vint en effet n ayant plus d^asile (comme il le dit lui-même dans son ordre du jour) hors celui de Vhoii' neur... »