SCÈNE III. 45i
M* BLÀISE.
Oui^dequeul avis êtes -vous touchant ça, belle brunette , m'amie ?
LISETTE
Eh ! mais autant que j'en puis juger, mon avis est que , jusqu'ici , elle n'a rien dans le cœur pour vous.
M* BLÀISE.
Rian du tout ? C'est ce que je disais. Que mademoiselle Lisette a de jugement !
LISETTE
Ma réponse n'a rien de trop flatteur; mais je ne saurais en faire une autre.
M BLÀISE, cavallèremeDi.
Stelle-là est belle et bonne, et je m'y accorde. J'aime qu'on soit franc; et en effet, queul mérite avons-je pour li plaire à cette enfant?
LISETTE
Ce n'est pas que vous ne valiez votre prix , monsieur Biaise \ mais je crains que madame Argante ne vous trouve pas assez de bien pour sa fiUe.*
M* BLÀISE, riaot.
Ça est vrai , pas assez de bian. Pus vous allez , mieux vous dites.
LISETTE
Vous me faites rire avec votre air joyeux.
LUCIDOB.
C'est qu'il n'espère pas grand'chose.
45a L'ÉPREUVE,
M* BLÀISE.
Oui, y'ià ce que c'est ^ et pis tout ce qui vianl, je le prends, {k LUette.) Le biau brin de fille que vous êtes!
LISETTE
La tête lui tourne , ou il y a là quelque chose que je n'entends pas.
M* BLilSE.
Stapendant, je me baillerai bian du tourment pour avoir Angélique, et il en pourra venir que je l'aurons, ou bian que je ne l'aurons pas: Faut mettre les deux pour deviner juste.
LISETTE, rUnt.
Vous êtes un très-grand devin !
LUCIDOH.
Quoi qu'il en soit, j'ai aussi un parti à lui offrir, mais un très -bon parti. Il s'agit d'un homme du monde ; et voilà pourquoi je m'informe si elle n'aime personne.
LISETTE
Dès que vous vous mêlez de l'établir, je pense bien qu'elle s'en tiendra là.
LUCIDOR.
Adieu , Lisette ^ je vais faire un tour dans la grande allée. Quand Angélique sera venue , je vous prie de m'en avertir. Soyez persuadée, à votre égard, que je ne m'en retournerai point à Paris, sans récompenser le zèle que vous m'avez marqué.