‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 6 sur 314 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

FRONTIZI.

On le sent encore mieux qu'on ne le voit.

LISETTE

Âh ! le compliment vaut une rëvërence*

FROKTllr.

Passons , passons ; ne te pique point de payer mes complimens ce qu'ils valent; je te ruinerais en révérences. Je te cajole gratis. Continuons. Vous êtes belles. Après ?

LISETTE

Nous sommes orphelines.

F.KOITTIlf.

Orphelines? Expliquons - nous ; Famour en ùât quelquefois, des orphelins ; êtes -vous de sa façon? Vous êtes assez aimables pour cela.

LISETTE

Non, impertinent! Il n y a que deux ans que nos parens sont morts ; gens de condition aussi , qui nous ont laissées très-riches.

FEOUTIir.

Voilà de fort bons procédés.

LISETTE

Ils ont eu pour héritières deux filles. Elles vivent ensemble dans un accord qui va jusqu'à s'habiller Tune comme l'autre \ elles ont toutes deux presque le même son de voix, sont toutes deux blondes et charmantes, et se trouvent si bien de leur état, qu'elles 5. 2

i8 LA MEPRISE,

ont fait serment de ne point se marier, et de rester filles.

FHONTIll.

Ne point se marier fait un article; rester filles , en feit un autre*

LI9BTTB-

C*est la même chose.

FBOltTIll.

Oh que non ! Quoi quMl en soit, nous protestons x:ontre l'un ou l'autre de ces deux sermens; celle que nous aimons n'a qu'à choisir, et voir lequel des deux elle veut rompre. Comment s'appelle-t-elle?

LlSETTB.

Clarice; c'est l'atnëe , et cette à qui je suis.

ttovtiv.

Que dit-elle de mon maître? Depuis qu'elle V^ vu, t:omment va son vœu de rester fille?

LISETTE

Si ton maître s'y preiid bien , je ne crois pas qu'il se soutienne ] le goût du mariage remportera.

FEOlfTIH.

Voyez le grand malheur ! G)mbien y a-t-il de ces vœux-là qui se rompent à meilleur marche! Eh ! dismoi, mon maître l'attend ici ; va*t-elle venir?

LISETTte.

Je n'en doute pas.

FROITTIir.

fierart-elle encore masquée ?

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