ACTE III, SCÈNE VI. i
Alf OÉLIQUE.
Dorante, ne songez plus à cela; je vous le défends.
DOaANTE.
Vous voulez donc me dire un éternel adieu ?
ANGÉLIQUE
Encore une fois y je vous le défends. Mettez- vous dans Tesprit que, si vous aviez le malheur de me persuader, je serais inconsolable; je dis le malheur, car n'en serait-ce pas un pour vous de me voir dans cet état? Je crois qu'oui. Ainsi , qu'il n'en soit plus question; ne nous effrayons point, nous avons une ressource.
DORAIITE.
Et quelle est-elle?
AKGÉtlQUE.
Savez -vous à quoi je me suis engagée? A vous montrer à une dame de mes parentes.
DOUANTE.
De vos parentes?
ANGÉLIQUE
Oui, je suis sa nièce ; et elle va venir ici.
DORANTE
Et vous lui avez confié notre amour?
ANGÉLIQUE
Oui.
DOUANTE.
Et jusqu'où Favez-vous instruite ?
ANGÉLIQUE
Je lui ai tout conté pour avoir son avis.
i56 LA MÈRE CONFIDENTE,
DORANTE
Quoi ! la fuite même que je vous ai proposée?
ÀHGÉLIQUC.
Quand on ouvre son cœur aux gens, leur cacho' t-on quelque chose? Tout ce que j*ai mal fait, c'est que je ne lui ai pas paru effrayée de votre proposition autant qu il le allait; voilà ce qui m'inquiète.
DORAHTE.
Et vous appelez cela une ressource ?
ÀHGÉLIQUE.
Pas trop , cela est équivoque \ je ne sais plus que penser.
DORANTE
Et vous hésitez encore de me suivre ?
ANGÉLIQUE
Non-seulement j'hésite , mais je ne le veux point.
DORANTE
Non, je n'écoute plus rien. Venez, AngéHque, au nom de notre amour; venez, ne nous quittons plus, sauvez-moi ce que j'aime, conservez-vous un homme qui vous adore.
ANGÉLIQUE
De grâce, laissez-moi , Dorante ; épargnez-moi cette démarche , c'est abuser de ma tendresse : en vérité , respectez ce que je vous dis.
DORANTE
Vous-nous avez trahis -, il ne nous reste qu'un moment à nous voir, et ce moment décide de tout.