‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 121 sur 333 · ACTE II» SCÈNE IL i8i · texte numérisé non relu

ACTE II» SCÈNE IL i8i

ment étourdie! avec une comtesse si franche, qui m*estime tant, qui m'estime tant, qui est de si bonne amitié ! avec une autre qui est si mignonne , qui a de si jolis tours de tête , qui accompagne ce qu'elle dit avec des mainssi pleines de grâces ! une autre qui glapit si spirituellement , qui traîne si bien ses mots , qui dit si souvent, mais, madame; cependant, madame; il me paraît pourtant ; et puis un bel-esprit si diffus, si éloquent ! une jalousie difficile en mérite et si peu touchée du mien, si intriguée de ce qu'on m'en trouvait \ enfin un agréable qui m'a fait des phrases , mais des phrases d'une perfection ! qui m'a déclaré des sentimens qu'il n'osait me dire , mais des sentimens d'une délicatesse assaisonnée d'un respect que j'ai trouvé d'une fadeur ! d'une fadeur !...

DORANTE

Oh ! on respecte beaucoup ici > ) c'est le ton de la province. Mais vous cherchez Rosimond, madame?

DORIMÈNE

Oui -, c'est un étourdi à qui j'ai à parler tête à tête, et, grâce à tous ces originaux qui m'ont obsédée, je n'en ai pas encore eu le temps : il nous a quittés. Où est-il ?

* Oh ! on respecte beaucoup ici. Si DoriméDe ne teuait pas de faire eUe-méme son portrait , ce mot, qa'ose lai adresser Dorante , suffirait pour la peindre. Parler aussi légèrement, aussi ironiquement â une femme du respect que Ton mai*que en proyince pour son sexe, c'est dire- assez que nulle part on ne la croit digne dMnspirer Testime, et qn^on peut, sans lui d<fplaire, tout oser aTec eUe.

iSa LE PETIT-MâITRE CORRIGÉ,

DORAKTE.

Je pense qu'il écrit à Paris , et je sors d'avoir un entretien avec sa mère.

DORIHÈNE.

Tant pis , cela n'est pas amusant ; il vous en reste encore un air froid et raisonnable , qui me gagnerait si nous restions ensemble. Je vais faire un tour sur la terrasse ; allez, Dorante, allez dire à Rosimond que je Ty attends.

DORANTE

Un moment, madame; je suis chargé d'une petite commission pour vous ; c'est que je vous avertis que la marquise ne trouve pas bon que vous entreteniez le marquis.

DORIHENE.

Elle ne le trouve pas bon ! Eh bien ! vous verrez que je l'en trouverai meilleur.

DORANTE

Je n'en ai pas douté ; mais ce n'est pas là tout -, je suis encore prié de vous inspirer l'envie de partir.

DORIMÈNE

Je n'ai jamais eu tant d'envie de rester.

DORANTE

Je n'en suis pas surpris ; cela doit faire cet eflèt-là.

DORIMÈNE

Je commençais à m'ennuyer ici , je ne m'y ennuie plus ; je m'y plais , je l'avoue ; sans ce discours de la marquise , j'aurais pu me contenter de défendre à Rosimoud de se marier, comme je l'avais résolu en

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