ACTE I, SCÈNE V. oS
DAMIS
Il m*en faisait un portrait charmant,
Style ordinaire.
DAMIS
Cela se peut bien ; mais elle est dans sa lettre la pins aimable personne du monde.
LISETTE
Souvenez-vous que je représente Toriginal, et que je serai obligée de rougir pour lui.
DAMIS
Mon père ensuite me presse de venir , me dit que je ne saurais , sur la fin de ses jours y lui donner de plus grande consolation qu'en épousant Lucile, qu'il est ami intime de son père , que d'ailleurs elle est riche, que je lui aurai une obligation étemelle du parti qu'il me procure , et qu'enfin , dans trois ou quatre jours, ils vont, son ami, sa famille et lui , m'attendre à leurs maisons de campagne qui sont voi-* sines, et où je ne manquerai pas de me rendre , à mon retour de Paris. ,
LISETTE
Eh bien?
DAMIS
Moi, qui ne saurais rien refuser à un père si tendre, j'arrive, et me voilà.
LISETTE
Pour épouser?
a6 LES SERMENS INDISCRETS,
DAMia.
Ma foi y non , s'il est possible.
(Ici LacUe tort à moitié da eàbiael '.) LISETTE.
Quoi ! tout de bon ?
DAMIS
Je parle très-sëriensement ; et comme on dit que Lucile est d'an esprit raisonnable , et que je lui dois être fort indifférent, j'avais dessein de lui ouvrir mon cœur, afin de me tirer de cette aventure-ci.
LISETTE , mnC
Eh ! quel motif avez-vons pour cela ? Est-<:e que vous aimez ailleurs ?
DAMIS
fVj a-t-il que ce motif-là qui soit bon ^ ? Je crois en avoir d'aussi sensës ; c'est qu'en vérité je ne suis pas d'un âge à me lier d'un engagement aussi sérieux ; c'est qu'il me fait peur , que je sens qu'il bornerait ma fortune, et que j'aime à vivre sans gène, avec ime
' Ici LuçU0 êori a moitié du cabinet. Le ma foi, non de Daoût • dëj produit son effet sur Lucile. EUe ne se contente plut d'entendre ie âuperhe Hippoljrte; elle s'avanoe , eUe le Toit, et la Toili bien près du rôle d'Aricie.
* DTjr a-t'il que ce motif-la qui toit bon ? Toute cette tirade eut la contrepartie de celle où Lucile Tient d'exposer les motifs de son âoignenent pour le mariage. Dans Fune et dans Tautre, les mœars parliculiéKs aux deux sexee sont parfaitement observées. Lnoile redoute rinoonstance et le despotisme d'an mari ; Damit la contrainte du lien conjugal, et les humeurs capricieuses d'une femme. Telles sont en effet les deux thèses principales défendues de part et d'autre par les partisans du cdibat.
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liberté dont je sais tottt le prix, et qui m'est plus nécessaire qu'à un autre, de Thumeur dont je suis.
LISETTE
Il n'y a pas le petit mot à dire à cela.
DAMIS
Dans le mariage , pour bien vivre ensemble , il faut que la volonté d'un mari s'accorde avec celle de sa femme, et cela est difficile ; car de ces deux vo« lontés^là, il y en a toujours une qui va de travers, et c'est assez la manière d'aller des volontés d'une femme, à ce que j'entends dire« Je demande pardon à votre sexe de ce que je dis là \ il peut y avoir des exceptions *, mais elles sont rares, et je n'ai point de bonheur.
(LtteU« rtg«r4e tpajoun.) IISBTTS,
Que vous êtes aimable d'avoir si mauvaise opinion de notre esprit !
DÀMIS.
Mais vous riez 9 est-ce que mes dispositions vous conviennent?
LISETTE
Je VOUS dis que vous êtes un homme admirable.
DAllIS.
Sérieusement?
LISETTE
Un homme sans prix.
DAIilS.
Ma foi, vous me charmez.
(Locile contina* de regarder.) LISETTE.
Vous nous rachetez *, nous vous dispensons même
tS les sermens indiscrets,
de la bonté qae vous avez de supposer quelques exceptions favorables parmi nous.
DAMIS
Oh ! je n'en suis pas la dupe -, je n'y crois pas moimême.
LISETTE
Que le ciel vous le rende ; mais peut-on se fier à ce que vous dites là ? Cela est-il sans retour ? Je vous avertis que ma maîtresse est aimable.
DIMIS.
Et moi je vous avertis que je ne m*en soucie guère ; je suis à Tëpreuve ; je ne crois pas votre maîtresse plus redoutable que tout ce que j'ai vu , sans lui faire tort , et je suis sûr que ses yeux seront d'aussi bonne composition que ceux des autres.
LISETTE
Morbleu ! n'allez pas nous manquer de parole.
Dims.
Si je n'avais pas peur d'être ridicule , je vous recommanderais, pour vous piquer y de ne m'en pas manquer vous-même.
LISETTE
Tenez , votre départ sera de toutes vos grâces celle qui nous touchera le plus ; êtes-vous content ?
Vous me rendez justice ^ de mon côté , je défie vos appas , et je vous réponds de mon cœur*