‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 183 sur 333 · LA COMTESSE, LISETTE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LISETTE

LISETTE

Voici ma maîtresse. De Thumeur dont elle est, je crois que cet amour-ci ne la divertira guère. Gare que le marquis ne soit bientôt congédié !

LA COMTESSE, tenant une lettre.

Tenez; Lisette, dites qu'on porte cette lettre à la poste ; en voilà dix que j'écris depuis trois semaines.

La sotte chose qu*un procès ! Que j'en suis lasse ! Je ne m'étonne, pas s'il y a tant de femmes qui se marient.

LISETTE, riant.

Bon, votre procès! une affaire de mille francs*! Voilà quelque chose de bien considérable pour vous! Avez -vous envie de vous remarier? J'ai votre affaire.

LA COMTESSE

Qu'est-ce que c'est qu'envie de me remarier ? Pourquoi me dites-vous cela ?

LISETTE

Ne vous fâchez pas 5 je ne veux que vous divertir.

Ce pourrait être quelqu'un de Paris qui vous aurait fait une confidence ; en tout cas, ne mêle nommez point.

' Bon j votre procès ! une affaire de mille francs l La somme est tellement modique , que, pour une femme aussi riche que It comtesse, on ne conçoit pas quelle puisse être la matière d^un procès, et surtout Fobjet de tant de sollicitude. Peut-être Mariranz n'a-t-il Toulu que placer un trait de mœurs en donnante entendre que trèssouvent Famour-propre, plus que Tint^rét, est la cause et Falimeot des procédures j peut - être n^a - t - il youlu que justifier, par no exemple, le caractère qnUl a trace plus haut de la oomtesM. Peut-être aussi n'a-t-il eu d'autre intention que d'annoncer le trait extrêmement comique que Fon retrouye 4 la fin de cette scène : iVon , Lisette f c'est une lettre de consé€pience, et vous me Jèrex plaisir de la porter vous-même , lorsque , pour se ménager nu entretien particulier ayec le marquis , elle exige qu'une lettre anmi précieuse soit rendue à sa destination par la soubrette dont la prcMnce gênerait le tête-à-tête agréable qu'eUe a en yne , et d'où elle attend la déclaration de son amant.

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