‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 185 sur 333 · SCÈNE VI. 2^t · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. 2^t

comme à rordinaire. C'est de la flamme; il languit, il soupire.

LA COMTESSE

Est-il possible ? Sur ce pied-là , je le plains ; car ce n'est pas un étourdi ; il faut qu'il le sente puisqu'il le dit, et ce n'est pas de ces gens-là que je me moque ; jamais leur amour n'est ridicule. Mais il n'osera m'en parler, n'est-ce pas ?

LISETTE

Oh! ne craignez rien, j'y ai mis bon ordre-, il ne s'y jouera pas. Je lui ai ôté toute espérance j n'ai-je pas bien fait ?

LA COMTESSE

Mais oui, sans doute, oui^ pourvu que vous ne l'ayez pas brusqué, pourtant-, il fallait y prendre garde; c'est un ami que je veux conserver, et vous avez quelquefois le ton dur et revôche , Lisette ; il valait mieux le laisser dire.

LISETTE

Point du tout. U voulait que je vous parlasse en sa faveur.

LA COMTESSE

Ce pauvre homme !

LISETTE

Et je lui ai répondu que je ne pouvais pas m'en mêler , que je me brouillerais avec vous si je vous en parlais, que vous me donneriez mon congé, que vous lui donneriez le sien.

LA COMTESSE

Le sien ? Quelle grossièreté ! Ah ! que c'est mal parler ! Son congé ? Et même est-ce que je vous aurais

donne le vôtre ? Vous savez bien que non. D'où vient mentir, Lisette ? C'est un ennemi que vous m'allez faire d'un des hommes du monde que je considère le plus, et qui le mérite le mieux. Quel sot langage de domestique ! Eh ! il ëtait si simple de vous tenir à lui dire : Monsieur, je ne saurais ; ce ne sont pas là mes affaires ; parlez -en vous-même. Je voudrais qu'il osât m'en parler, pour raccommoder un peu votre malhonnêteté. Son congé ! son congé ! II va se croire insulté.

LISETTE

Eh ! non madame ; il était impossible de vous en débarrasser à moins de frais. Faut-il que vous Taimiez, de peur de lé fâcher? Voulez-vous être sa femme par politesse , lui qui doit épouser Hortense ? Je ne lui ai rien dit de trop , et vous en voilà quitte. Mais je l'aperçois qui vient en rêvant ; évitez - le , vous avez le temps.

LA COMTESSE

L'éviter? lui qui me voit? Ah! je m'en garderai bien. Après les discours que vous lui avez tenus, il croirait que je les ai dictés. Non , non , je ne changerai rieir à ma façon de vivre avec lui. Allez porter ma lettre.

LISETTE, àpart.

Hum ! il y a ici quelque chose. (Haol) madame , je suis d'avis de rester auprès de vous ; cela m'arrive souvent, et vous en serez plus à l'abri d'une déclaration.

LA COMTESSE

Belle finesse ! quand je lui échapperais aujourd'hui, ne me trouvera-t- il pas demain ? Il faudrait donc vous

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