‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 199 sur 333 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

nage entre madame et votre maître , et il faut aller à Paris chercher le notaire de monsieur le marquis.

LÉPINE9 au marquis.

Le notaire ! Ce qu'elle conte est-il vrai , monsieur ? nous avons la partie de chasse pour tantôt ; je me suis arrange pour courir le lièvre , et non pas le notaire.

LE MARQUIS

C'est pourtant le dernier qu'on veut.

LÉPINE

Ce n'est pas la peine que je voyage pour avoir le vôtre; je le compte pour mort. Ne le savez -vous pas ? La fièvre le travaillait quand nous partîmes , avec le médecin par-dessus -, il en avait le transport au cerveau.

LE MARQUIS

Vraiment, oui^ à propos, il était très-malade.

LÉPINE

Il agonisait, sandis!....

LISETTE, d'un air ioatfiVrent.

Il n'y a qu'à prendre celui de madame.

LA COMTESSE

Il n'y a qu'à vous taire -, car si celui de monsieur est mort , le mien l'est aussi. 11 y a quelque temps qu'il me dit qu'il était le sien.

LISETTE, indifféremment , d'un air modeste.

Il me semble qu'il n'y a pas long-temps que vous lui avez écrit, madame.

LA COMTESSE

La belle conséquence! Ma lettre a-t-elle empêché

2JQ^ L£ LEGS,

qu'il ne mourût? II est certain que je lui ai écrit ^ mais aussi ne m'a-t-il point fait de réponse.

LE CHE YALIER , à ptrt k Horteaae.

Je commence à me rassurer.

HORTENSE, soarutti.

II y a plus d'un notaire à Paris. Lépine verra s'il se porte mieuic. Depuis six semaines que nous sommes ici, il a eu le temps de revenir en bonne santé. Allez lui écrire un mot, monsieur le marquis , et priez-le, s'il ne peut venir , d'en indiquer un autre. Lépine ira se préparer pendant que vous écrirez.

LÉPIIIE.

Non, madame^ si je monte à cheval, c'est autant de resté par les chemins. Je parlais de la partie de chasse ; mais voici que je me sens mal , extrêmement mal ; d'aujourd'hui je ne prendrai ni gibier ni notaire *.

' D* aujourd'hui je ne prendrai ni gihier ni notaire. Lapine est un yalet gascoo , fin , ruse ^ mais il ne doit pas sVzprimer eomme ees personnages de conTention qui étaient de mise dans les parades italiennes, lia e'galement tort de dire plus bas : Jecommencais d'entamer un autre e'to^e. Voilà ce qu^il faut reprendre dans Mariranx; c^estdans ces sortes de passages qu'il faut bien se garder de l'imiter. Mais œ qu^il est juste de louer^ et ce que l'on ferait bien de reproduire antant que possible, c'est l'intelligence de la scène, c'est Fart de faire marcher l'action par le seul d<$Yeloppement des caractères ënoncésj c'est la yérité de ces peintures savantes où l'Ame du personnage, où ses sentiroens les plus ctLchés respirent et se trahissent involontairement j c'est cette pitié charmante de la comtesse pour ce pauvre domestique dont le départ pour Paris l'inquiète beaucoup plus que des blessures et un malaisé dont eUe n'est pas dupe.

SCËNE XIV. aoS

LISETTE, tonrUiit.

Est-ce que vous êtes mort aussi ?

LÉPI9E.

Non, mademoiselle-, mais je vis souQrant^ et je ne pourrais fournir la course. Ah ! sans le respect de la compagnie, je ferais des cris perçans. Je me brisai hier d'une chute sur Tescalier ^ je rou]ai tout un ëtage, et je commençais d*en entamer un auJtre ^uand on me retint sur le penchant. Jugez de la douleur ; je la sens qui m'enveloppe.

LE GHEYALIER.

Eh bien , tu n'as qu'à prendre ma chaise. Dites-lui qu'il parte , marquis,

LE HARQUIS.

Ce garçon qui est tout froissé , qui a roulé un étage , je m'étonne qu'il ne soit pas au lit. Pars, si tu peux , au reste.

HORTENSE

Allez, partez^ Lépine ; on n'est point fatigué dans une chaise.

LÉPIKE^

Vous dirai-je le vrai, mademoiselle? obligez-moi de me dispenser de la commission. Monsieur traite avec vous de sa ruine ; vous ne l'aimez point, madame ; j'en ai connaissance , et ce mariage ne peut être que fatal ; je me ferais un reproche d'y avoir part. Je parle en conscience. Si mon scrupule déplaît, qu'on me dise : Ya-t'en; qu'on me chasse, je m'y soumets-, ma probité me console.

LA COMTESSE

Voilà ce qu'on appelle un excellent domestique ! ils sont bien rares!

LE MARQUIS, àHoHeoM.

Vous l'entendez. Comment voulez-vous que je m'y prenne avec cet opiniâtre ? Quand je me fâcherais, il n'en sera ni plus ni moins. 11 faut donc le chasser.

(ALëpine.) RctirC-toi.

HORTENSE

On se passera de lui. Allez toujours écrire; un de mes gens portera la lettre , ou quelqu'un du village.

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