‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 24 sur 333 · ACTE II, SlCËKE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SlCËKE III

FRONTIH.

Aïe ! j*ai la moitié du cœur emportée de ce coup d'ceil*Ià« Bon quartier , ma fdle , je t'en conjure ; ménageonfrnous , nos intérêts le veulent ; je ne suis resté que pour te le dire.

LISETTE

Achèye , de quoi s'agit-il ?

froutin.

Tu me parais être le mieux du monde avec ta maitresse.

LISETTE

C*est moi qui suis la sienne ; je la gouverne.

FRONTIH.

Bon ! les rangs ne sont pas mieux observés entre mon maître et moi ; supposons à présent que ta maîtresse se marie.

LISETTE

Mon autorité expire , et le mari me succède.

Si mon maître prenait femme , c'est un ménage qui tombe en quenouille ; nous avons donc intérêt qu'ils gardent tous deux le célibat.

LISETTE

Aussi ai-je défendu à ma maîtresse d'en sortir , et heureusement son obéissance ne lui coûte rien.

FROIITIN.

Ta pupille est d'un caractère rare j pour mon jeune homme, il hait naturellement le nœud conjugal, et je lui laisse la vie de garçon ; ces messieurs-là se sauvent ^ le pays est bon pour les maraudeurs. Or , il s'a-

44 LES SBRMERS INDISCRETS,

git de conserver nos postes ; les pères de nos jemies gens sont attaques de vieillesse , maladie incoraUe et qni menace de faire bientôt des orphelins; cesorphelins-là noos reviennent , ils tombent dans notre lot ; ils sont d'âge à entrer dans leurs droits , et leors droits nous mettront dans les nôtres; tu m*aitends bien ?

LISETTE

Je suis au fait; il ne faut pas que ce que tu db sent plus clair.

FRONTIII.

Nous réglerons fort bien chacun notre ménage.

LISETTE

Ooi-dà ; c*est un embarras qu^on prend volontiers , quand on aime le bien d'un maître.

FRORTIN.

Si nous nous aimions tous deux, nous n^ëcarterions plus Famour que nos orphelins pourraient prendre Tun pour Fautre ; ils se marieraient , et adieu nos droits.

LISETTE

Tu as raison, Frontin ; il ne faut pas nous aimer.

FROSTIH.

Tu ne dis pas cela d'un ton ferme.

LISETTE

Eh! c'est que la nécessité de nous haïr gâte tout.

FROHTIN.

Ma fille , brouillons-nous ensemble.

LISETTE

Les parties méditées ne réassissent jamais.

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