‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 272 sur 333 · LE MARQUIS, ANGÉLIQUE, DORANTE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, ANGÉLIQUE, DORANTE

LE MARQUIS, urluot Donnto.

Aja I VOUS voilà , Dorante ? Vpns avez sans doute proposé à ma fille le mariage dpnt vous m'avez parlé ? L'acceptez-vous , Angélique ?

ANGÉLIQUE

Non , mon père ; vous nCavez laissé la liberté d'en décider , à ce que m'a dit monsieur ; et vous avez bien prévu , je pense , que je ne Taccepterais pas.

I,^ MARQUIS

Point du tout, ma fille ; j'espérais tout le contraire. Dès que c'est Dorante qui le propose , ce ne peut être qu'un de ses amis , et , par conséquent , un homme très^stimable , qui doit d'ailleurs avoir un rang , et que vous auriez pu épouser avec lapprobation de tout

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le monde. Cependant ce sont là de ces choses sor lesquelles il est juste que vous restiez la maîtresse.

ANGÉLIQUE

Je sais vos bontës pour moi , mon père ^ mais je ne croyais pas m*étre ëloignëe de vos intentions.

Pour moi , monsieur , la répugnance de madame ne me surprend point. J'aurais assurément souhaité qu'elle ne Teût point eue ; son refus me mortifie plus que je ne puis Texprimer, mais j^avoue en même temps que je ne le blâme point. Née ce qn^elle est , c^est une noble fierté qui lui sied , et qui est à sa place ; aussi le mari que je proposais , et dont je sais les sentimens comme les miens , n'osait<^il se flatter qu'on lui ferait grâce , et ne voyait que son amour et que son respect qui fussent dignes de madame.

ANGÉLIQUE

La vérité est que je n'aurais pas cru avoir besoin d'excuse auprès de vous, mon père ; et je m'imaginais que vous aimeriez mieux me voir au baron , qull ne tient qu'à moi d'épouser s'il gagne son procès.

LE MARQUIS

11 Ta gagné , ma fille ; le voilà en état de se marier , et vous serez contente.

ANGÉLIQUE

Il l'a gagné , mon père ? Quoi ! sitôt' ?

■ Jl Va gagné f mon père ? Quoi ! sit^ ? Charmante naïveté, qni trahit la Tioleoce que se faisait Angélique en paraissant désirer la réussite du procès de son parent.

S€ÈNE V. 407

Oui , ma fille* Voici une lettre que je viens de recevoir de lui , et qu'il a écrite la veille de son dëpart. Il me mande qu'il vient vous offrir sa fortune, et nous le verrons peut-être ce soir. Vous m'aviez paru jusqu'ici très-médiocrement prévenue en sa faveur , vous avez changé. Puisse-t-il mériter la préférence que vous lui donnez ! Si vous voulez lire sa lettre , la voilà.

DORANTE

Je pourrais être de trop dans ce moment-ci , monsieur, et je vous laisse seuls.

LE MARQUIS

Non , Dorante , je n'ai rien à dire , et je n'aurais d'ailleurs aucun secret pour vous. Mais , de grâce, satisfaites ma juste curiosité. Quel est cet honnête homme de vos amis qui songeait à ma fille , et qui se serait cru si heureux de partager ses grands biens avec elle ? En vérité , nous lui devons du moins de la reconnaissance. Il aime tendrement Angélique, ditesvous ? Où l'a-t-il vue , depuis six ans qu'elle est sortie de Paris?

DORANTE

C'est ici , monsieur.

LE MARQUIS

Ici , dites-vous ?

DORANTE

Oui , monsieur, et il y possède même une terre.

LE MARQUIS

Je ne me rappelle personne que cela puisse regar-

4o8 LE PRÉJUGÉ VAINCU,

der. Son nom, s'il vous plait? Vous ne risqim rien a nous le dire.

DORARTE.

Cest moi , monsieur '•

LBMAKQUIS.

C'est vous ?

ANGÉLIQUE, àput.

Qu'entends-je !

LE M ABQUIS.

Ah ! Dorante , que je vous regrette !

DORANTE

Oui , monsieur ^ c'est moi à qui l'amour le plus tendre avait imprudemment suggéré un projet dont il ne me reste plus qu'à demander pardon à madame.

ANGÉLIQUE

Je ne vous en veux point ^ Dorante ; j'en suis biep éloignée , je vous assure.

DORANTE

Vous voyez à présent , madame , que ma douleur tantôt n'était point exagérée , et qu'il n'y avait rien de trop dans mes expressions.

' ANGÉLIQUE

Vous avea raison ; je me trompais.

LE MARQUIS

Sans son inclination pour le baron, je sois persuadé qu'Angélique vous rendrait justice dans cette occnr-

* C*eit moîy fHOfuieur, Dorante se craint plus de se déclarer. D croit ne dcToir pliu rien ménager, quand il croit n'aToir plu riea À perdre.

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