‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 30 sur 333 · ACTE II, SCÈNE V. 5i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 5i

LISETTB.

Vous me surprenez ! N'avez - vous pas dit vousmême à Damis de paraître s'atlacher à elle ?

LUCIL£.

Vous confondez grossièrement les idées ^ et, dans un petit génie comme le vôtre , cela est à sa placer Damis, en feignant d'aimer ma sœur, me donnait une raison toute naturelle de dire : Je n'épouse point un homme qui paraît en aimer une autre. Mais refuser d'épouser un homme, ce n'est pas être jalouse de celle qu'il aime , entendez-vous ? Cela change d'espèce ; et c'est cette distinction-^là qui vous passe -, c'est ce qui fait que je suis trahie , que je suis la victime de votre petit esprit, que ma sœur est devenue sotte , et que je ne sais plus où j'en suis. Voilà tout le produit de votre zèle , voilà comme oiT gâte tout quand on n'a point ' de tête. A quoi m'exposez^vous ? 11 faudra donc que j'humilie ma sœur , à mon tour , avec ses appas révoltés ?

LISETTE

Vous ferez ce qu'il vous plaira 5 mais j'ai cru que le plus sûr était d'engager votre sœur à aimer Damis, et peut-être Damis à l'aimer, afin que vous eussiez raison d'être fâchée et de le refuser.

LUCILE

Quoi ! vous ne sentez pas votre impertinence , dans quelque sens que vous la preniez ? Eh ! pourquoi voulez-vous que ma sœur aime Damis? Pourquoi travailler à l'entêter d'un homme qui ne l'aimera point ? Vous a-t-on demandé cette perfidie -là contre elle?

5a LES SERMENS INDISCRETS,

Est-ce que je suis assez son ennemie pour cela? Est-ce qu'elle est la mienne ? Est-ce que je lui yeux du mal? Y a-t-il de craautë pareille au piège que vous lui tendez? Vous faites le malheur de sa vie , si elle y tombe ; TOUS êtes donc méchante ? vous avez donc supposé que je Tétais? Vous me pénétrez d'une vraie douleur pour elle. Je ne sais s'il ne faudra point Tavertir ; car il n'y a point de jeu dans cette afiair&-ci. Da'Aiis luimême sera peut-être forcé de l'épouser malgré lui : c'est perdre deux personnes à la fois ; ce sont deux destinées que je rends funestes ; c'est un reproche étemel à me faire , et je suis désolée.

LISETTE

£h bien ! madame , ne vous alarmez point tant ^ allez , consoIez->-vous ; car je crois que Damis l'aime , et qu'il s'y livre de tout son cœur.

LUGILE.

Oui-dà ! Voilà ce que c'est ; parce que vous ne savez plus que dire , les cœurs à donner ne vous coûtent plus rien! vous en faites bon marché , Lisette! Mais voyons, répondez-* moi; c'est votre conscience que j'interroge. SI Damis avait un parti à prendre , doutezvous qu'il ne me préférât à ma sœur? Vous avez dû remarquer qu'il avait moins d'éloignement pour moi que pour elle, assurément.

LISETTE

Non, je n'ai point fait cette remarque-là.

LUGILE.

Non? Vous êtes donc aveugle, impertinente que

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