ACTE II, SCÈNE VIII. Sg
LUCILE
Oai-dà I mais je serais pourtant bien aise de savoir ce qui en est, à vous parler vrai ?
DllflS.
Ah ! c^est ce qui ne se peut pas , madame ; j'ai promis de me taire là-dessus. J'ai de Tamour , ou je n'en ai point ^ je n'ai pas jure de n'en point avoir ; mais j'ai juré de ne le point dire en cas que j'en eusse, et d'agir comme s'il n'en était rien. Voilà tous les engagemens que vous m'avez fait prendre, et que je dois respecter de peur du reproche. Du reste , je suis parfaitement le maître, et je vous aimerai, s'il me plaît ; ainsi, peutêtre que je vous aime, peut-être que je me sacrifie; ce sont mes afiaires.
Mais, voilà qui est extrêmement commode ! Voyez avec queUe légèreté monsieur traite cette matière-là ! je vous aimerai , s'il me plait ; peut-être que je vous aime ; pas plus de façon que cela ^ que je l'approuve ou non , on n'a que faire que je le sache. Il faut donc prendre patience ; mais dans le fond , si vous m'aimiez , avec cet air dégagé que vous avez , vous feriez assurément le plus grand comédien du monde , et ce caractère-là n'est pas des plus honnêtes à porter , entre vous et moi.
DAMIS
Dans cette occasion-ci, il serait plus fatigant que malhonnête.
LUCILE
Quoi qu'il en soit, en voilà assez j je m'aperçois que
6o LES SSHMEI^S INDISCRETS,
ces plaisanteries-là tendent à me dégoûter de la conversation. Yoas vons enAayez, et moi aussi ; séparonsnous ; voyez si mon pèrç et le vôtre ne sont plus dans le jardin, et quittons-nous s'ils ne nous observent plus.
DIMIS.
Eh ! non , madame ^ il n'y a qu'un moment que nous sommes ensemble ^