‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 41 sur 333 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

DAMIS

La dame en question était très - aimable , beaucoup moins que vous pourtant '. Voilà toute la différence que je trouve dans cette histoire.

LUCILE

Vous êtes bien galant.

DAMIS

Non, je ne suis qu'historien exact ; au reste, madame , je vous raconte ceci dans la bonne foi , pour nous entretenir et sans aucun dessein.

LUCILE

Oh ! je n'en imagine pas davantage ; poursuivez. Qu'arriya-t-il entre la dame et votre ami ?

DAMIS

Qu'il l'aima.

LUCILE

Cela était embarrassant.

DAMIS

Oui, certes; car il s'était engagé à se taire aussi bien que moi.

LUCILE

Vous m'allez dire qu'il parla ?

DAMIS

Il n'eut garde à cause de la parole donnée, et il

* La dame «« qnaiHifm étaU trè^-aimMe, beauêQup moins gue vous pourtant. Si ce n'est pas lA ane déclaration , une première atteinte portée au serment de Damb , c'est du moins quelque chose qui y ressemble terriblement. U est facile de s'aperceroir que rbistorie* de TaTenture en est en même tanps le bëros j il prend un détour, il est Trai, mais c'est pour arriter plus tite an but.

64 LES SERifËNS INDISCRETS,

ne vit qa'im parti à prendre, qui est singulier; ce fut de lui dire, comme je vous disais tout à Fheure , ou je Vous aime, ou je ne vous aime pas, et d'ajouter qu'il ne s'enhardirait à dire là vérité que lorsqu'il la verrait elle-même un peu sensible ; je fais un récit , 50uvenez-vou&-en.

LUGILE.

Je le sais ; mais votre ami était un impertinent , de proposer à une femme de parler la première ; il faudrait être bien affamée d'un cœur pour l'acheter à ce prix-là.

DÂMIB.

La dame en question n'en jugea pas comme vous, madame ; il est vrai qu'elle avait du penchantpour lui.

LUCILE

Ah ! c'est encore pis. Quel lâche abus de la faiblesse d'un cœur ! C'est dire à une femme : Veux-tu savoir mon amour? subis l'opprobte de m'avouer le tien; déshonore-toi, et je t'instruis. Quelle épouvantable chose! et le vilain ami que vous avez là !

DAMIS

Prenez garde ; cette damé sentit que cette proposition, tout horrible qu'elle vous parait , ne venait que de son respect et de sa crainte , et que son cœur n'osait se risquer sans la permission du sien ; l'aveu d'un amour qui eût déplu n'aurait fait qu'alarmer la dame, et lui inspirer la crainte que mon ami ne hâtât perfidement leur mariage ; elle sentit tout cela.

LUGILE.

Ah ! n'achevez pas; j'ai pitié d'elle, et je devine le

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