‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 44 sur 333 · PHÉNICE, DAMIS · texte numérisé non relu

PHÉNICE, DAMIS

PHÉNJCE.

Non, motisienr, je vous Favooe, je ne saurais plus souffrir le personnage que vous jouez auprès de moi , et je le trouve inconcevable : vous n'êtes venu que pour épouser ma sœur ; elle est aimable , et vous ne lui parlez point; ce n'est qu'à moi que vos conversa-r tions s'adressent. J'y comprendrais quelque chose si l'amour y avait part*, mais vous ne m'aimes point, il n^en est pas question.

DAMtS.

Rien ne serait pourtant plus aisé que de vous aimer, madame.

PHÉNIGB.

A la bonne heure; mais rien ne serait plus inutile, et je ne serais pas en situation de vous écouter. Quoi qu'il en soit , ces façons-là ne me conviennent point ; je vous Tai déjà marqué, je vous l'ai fait dire , et je vous demande en grâce de cesser vos poursuites; car enfin vous n'avez pas dessein de me désobliger , je pense.

DAMIS

Moi, madame?

PHÉniGE.

Sur ce pied-là , finissez donc , ou je vous y forcerai moi-même.

Vous me défendrez donc dé vous voir ?

PHÉ9IGE.

Non , monsieur ; mais on s'imagine que vous m'aimez ', vos façons Font persuadé à tout le monde ; et je ne le nierai pas , je ne paraîtrai point m*y déplaire , et je vous réduirai peut - être ou à la nécessité de m'épouser en dépit de votre goût , ou à fuir en homme imprudent (j'adoucis le terme), en homme inexcusable , qui n'aura pas rougi de violer tous les égards, et de se moquer tour à tour de deux filles de condition, dont la moindre peut fixer le plus honnête homme ! de sorte que vous risquez ou le sacrifice de votre cœur , ou la perte de votre réputation -, deux objets qui valent bien qu'on y pense. Mais , ditesmoi , est-ce que vous n'aimez point ma sœur?

DAMIS

Si je l'épousais, je n'en serais pas fâche.

PHÉNICE

Ou je n'y connais rien , ou je crois qu'elle ne le serait pas non plus. Pourquoi donc ne vous accordezvous pas?

DAMIS

Ma foi, je l'ignore.

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