ACTE III, SCÈNE VII
liUClLE*
Vous foîr dès le premier instant ! Pourquoi donc , monsieur ? Cela serait bien sauvage ; on ne fuit point ici à la vue d'un homme.
LISETTE
Mais quel est le travers qui vous prend à tous deux ' ? Faut-îl que des personnes qui se veulent du bien se parlent comme si elles ne pouvaient se souffrir? Et vous, monsieur, qui aimez ma maîtresse ; car
vous l'aimez, je gage.... (Elle&itaisneèntmb.)
tUGILE.
Que vous êtes sotte! Allez, visionnaire, allez perdre vos gageures ailleurs. A qui en veut- elle ?
LISETTE
Oui , madame , je sors ; mais , avant que de partir , ilfaut que jeparle. Vous me demandez à qui j'en veux? A vous deux, madame, à vous deux. Oui, je voudrais de tout mon cœur ôter à monsieur qui se tait , et dont le silence m'agite le sang , je voudrais lui ôter le scrupule du ridicule engagement qu'il a pris avec vous, que je me repens de vous avoir laisses prendre, et dont vous souffrez autant l'un que l'autre. Pour vous, madame, je ne sais pas comment vous l'entendez-, mais si jamais un homme avait fait serment de ne me pas dire, je vous aime, oh ! je ferais serment
■ Mali quel est le trader» qui vous prend h, tous deux? C^est une £dble copie de la scène admirable du second acte de Tartufe, où Donne réconcilie Marianne et Valére , qui n'avaient pas plus envie de se quitter que ne Tont ici Lucile et Damis.
84 LES^ERMENS INDISCRETS,
qu'il en aurait le démenti ; il saurait le respect qui me serait dû ; je n'y épargnerais rien de tout ce qu'il y a de plus dangereux , de plus fripon , de plus assassin dans rhonnéte coquetterie des mines, du langage et du coup d'œil. Voilà à quoi je mettrais ma gloire , et non pas à me tenir douloureusement sur mon quantà-moî, comme vous faites, et à me dire : Voyons ce qu'il dit , voyons ce qu'il ne dit pas ; qu'il parle, qu'il commence ; c'est à lui , ce n'est pas à moi \ à répéter toujours , mon sexe , ma fierté , les bienséances , et mille autres façonsinutiles avec monsieur qui tremble , qui a la bonté d'avoir peur que son amour ne vous alarme et ne vous fâche. De l'amour nous fâcher ! De quel pays venez -vous donc? Eh! mort de ma vie, monsieur, fâchez hardiment ^ faites-nous cet honneur; courage, attaquez -nous ; cette cérémonie -là fera votre fortune, et vous vous entendrez; car jusqu'ici on ne voit goutte à vos discours à tous deux ; il y a du oui , du non , du pour , du contre ; on fuit , on revient, on se rappelle, on n'y comprend rien. Adieu, j'ai tout dit; vous voilà débrouillés '; profitez-en. Allons, Frontin.
^ j4dieu, j'ai tout dit; vous voiÛt débrouHiés. Déhrouillés, dans ta ftignificalion précise et grammaticale, ne yeut pas dire raceommo' dés ; mais, daos la bouche de Lisette , le mot est dail>, et ne pre'sente pas la plas ïégèn équiroque.
itCTE III, SCÈNE VIIL 85