‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 63 sur 333 · FRONTIN, M. ERGASTE · texte numérisé non relu

FRONTIN, M. ERGASTE

M. EKGASTE.

Mon fils n'ëtait-il pas avec toi tout à Theure ?

FRONTIN

Oui, monsieur, il me quitte.

M. ERGASTE

11 me semble qu'il m'a ëvitë.

FRONTIN

Lui, monsieur ! je crois qu'il vous cherche.

M. ERGASTE

Tu me trompes.

■ Le mariage rend tous les hommes si graciables ! Un Talet peu t bien parlerd'nne manière commune j on lui passe des termes grivois , des impertinences même , mais non point des barbarismes , ou des mots qoi rendent une idée diffifrente de celle qu'il yeut exprimer. Un crime est graciable, c'estrà-dire , digne de pardon j d^un homme qui platty qui a de Tagrément, on ne peut pas dire qu^il soit graciable. Cest surtout pour les étrangers que ces sortes de remarques sont nécessaires.

FRONTIN

Moi , monsieur ! j'ai le caractère aussi vrai que la physionomie '.

M. ERGASTE

Tu ne fais Téloge ni de Tun ni de l'autre. Mais passons ; je sais que tu ne manques pas d'esprit , et que mon fils te dit assez volontiers ce qu'il pense.

Il pense donc bien peu de chose , car il ne me dit presque rien.

M. ERGASTE

Il aime Phénice qu'il va épouser ; je remarque cependant qu'il est triste et rêveur.

FRONTIN

Effectivement, et j'avais envie de lui en dire un mot.

M. ERGASTE

Est-ce qu'il n'est pas content ?

FRONTIN

Bon! monsieur, qui est-ce qui peut l'être dans la vie?

M, ERGASTE

Maraud !

' Tai le caractère aussi vrai que la physionomie. Le Crispin rwal de Le Sage est antérieur de trente-cinq ans aux Sermens indiscrets; dans Crispin rivale M. Oronte dit à La Branche : « Approche, Tiens fc ç&; je te trooTe une physionomie d^honnéte homme. » Et La Branche lui répond : « Oh ! monsieur, sans yanit^ , je suis encore fc plus honnête homme que ma physionomie. ■ U faut croire que le mot de Frontin s^est tronrë sous la plume de Martrauz par suite d'une réminiicenoe inToloo taire.

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