‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 81 sur 333 · ACTE V, SCÈWE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈWE II

LISETTS.

Rassurez-vous, madame; encore une fois vous ne Taimez point.

LUGILE*

Yous verrez qu'elle en saura plus que moi. Eh! que sais-je? Je l^aurais peut-être aimé si vous m'aviez laissée telle que j'étais , si vos conseils , vos préjugés , vos fausses maximes ne m'avaient pas infecté l'esprit? Est^ ce moi qui ai décidé de mon sort ? Chacun a sa façon de penser et de sentir, et apparemment j'en ai une; mais je ne dirai pas ce que c'est , je ne connais que la vôtre. Ce n'est ni ma raisoi^ ni mon cœur qui m'ont conduite, c'est vous ; aussi n'ai-je jamais pensé que des impertinences, et voilà ce que c'est ; on croit se déterminer, on croît agir; on croit suivre ses sentimens , ses lumières , et point du tout ; il se trouve qu'on n'a qu'un esprit d'emprunt^ et qu'on ne vit que de la folie de ceux qui s'emparent de votre confiance.

LISETTE

Je ne sais où j'en suis.

Dîtes -moi ce que c'était à mon âge que l'idée de rester fille ? Qui est-ce qui ne se marie pas ? Qui est-ce qui va s'entêter de la haine d'un état respectable , et que tout le monde prend ? La condition la plus naturelle d'une fille est d'être mariée ; je n'ai pu y renoncer qu'en risquant de désobéir à mon père ; je dépends de lui. D'ailleurs, la vie est pleine d'embarras; un mari les partage ; on ne saurait avoir trop de secours ,

visage; n'est-ce pas là une belle origine de tendresse ? Voilà pourtant ce qu'a produit un cabinet de plus dans mon histoire,

ItlSETTE.

Eh ! madame, Damis n a que faire de cette aventure-là pour être aimable ; laissez - moi vous conduire.

LUCILB.

Vous savez ce que je vous ai défendu, Lisette.

LISETTE

Je sors , car voilà votre père ; mais vous aurez beau dire, si Damis se voyait forcé d'épouser Phénice, ne vous attendez pas que je reste muette.

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