‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 1 sur 315 · L'ILE · texte numérisé non relu

L'ILE

œHÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE,

Représentée pour la première fois par les comédiens itali<

le 5 mars 1735.

JUGEMENT

Voici encore une de ces pièces, assez nombreuses chez notre auteur , dont une idée philosophique , spirituellement développée , fait le principal mérite. 11 faut se souvenir que le théâtre des Italiens, quoique souvent honoré de la visite et des suffrages des hommes du goût le plus délicat , grâce aux efforts réunis de quelques écrivains et surtout de quelques acteurs de talent , était spécialement destiné à l'amusement d'un public moins éclairé : on saura gré alors à Marivaux d'avoir songé aussi à l'instruction morale de ce public, auquel une vie de privations et de fatigues rend si facile l'oubli de ses devoirs. C'est là d'ailleurs une mission qu'acceptèrent et que remplirent avec succès les Le Sage , les Dorneval et plusieurs autres littérateurs du même temps, qui travaillaient pour la même scène. Il serait à désirer qu'un pareil exemple ne fût pas perdu pour quelques-uns de ceux qui se chargent aujourd'hui d'approvisionner nos théâtres secondaires. Si l'on ne peut pas être toujours et plaisant et comique, il est permis du moins de n'être jamais immoral. Retournons à Vile des Esclaves.

On suppose que des esclaves de la Grèce , révoltés contre leurs maîtres , se sont réfugiés dans une ile qu'ils habitent depuis cent ans. Dans les premiers temps, lorsque

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le lessenti nient des oiitra(;es qa'ib avaient reçus était encore vit, ils âtaicnt la vie à tous les hoiunir» \t]}rtt qoi lombaieiit en leur pouvoir; mais cii bout de vingt aiis, iU remplacent cette loi cruelle par une loi toute bienveîl— laniu : ils ne clicrcbeut plus à se ven(;t^r de ces [iiaitret d'abord si odieiii, mais à les corriger, cl pour cela ils les retiennent en esclavage , s'efforcent de les rendre seo- . sibles ausL maux qu'on y éprouve , et leur font subir pendant trois ans tous les désagréments d'une dépendance qu'ils regardent avec raison comme une école d'buuiB— iiite. Nous nous demanderons , en passant , comment un peuple as5ez sage pour faire entrer une telle idée dans sa li-ljislalion , a pu commencer par jouir de vingt année d'une horrible vengeance. N'importe; la loi existe, c'est sur elle qu'est appuyée la fable légère de celte p

Ipliicrate avec son esclave Arlequin, EupbrosÎF sa suivante Cléantbis, sont jetés par un commun r dan» relie ïlc sinHulièrc. dont les usaces leur

noD moins amusante est celle où Glc'anthis et Arlequin essaient, en présence de leurs nouveaux esclaves, do prendre les grands airs et les belles manières, et de se faire l'amour comme le font les honnêtes gens. Ils finissent par convenir entre eux qu'Arlequin fera une déclaration amoureuse à Euphrosine et que Cléanthis en arrachera une à Iphicrate, au moyen de ces petites avances que peut bien se permettre une fille suivante devenue femme de qualité. A ce coup, Torgueil d'Iphicrate et d'Euphrosine éclate en plaintes bien légitimes ; Arlequin se repent le premier d'avoir poussé si loin la confiance tant soit peu insolente qui lui venait de son titre imprévu, et son maître avoue aussi alors qu'il eut de grands torts envers lui autrefois. Cléanthis et Euphrosine imitent ce double exemple, avec moins d'abandon et tout en se permettant quelques récriminations ; ce sont des femmes qui se réconcilient. Tout le monde s'embrasse et pleure. Survient l'honnête Trivelin , qui , justement enchanté de ce spectacle édifiant, embrasse aussi les naufragés , et leur déclare qu'ils pourront partir dans deux jours pour Athènes.

L'Ile des Esclaves eut vingt-une représentations con« sécutives, et chacune d'elles fut remarquable pak- l'affluence du public.

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