‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 16 sur 315 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ARLEQUIN, IPHICRATE, gui ont changé if habit;

TRIVELIN

ARLEQUIlf.

TiRLÀN, tirlan, tirlantaine! tirlanton! Gai camarade ! le vin de la république est merveiUeux. J'en ai bu bravement ma pinte , car je suis si altéré depuis que je suis maître ! tantôt j'aurai encore soif pour pinte. Que le ciel conserve la vigne, le vigneron, la vendange et les caves de notre admirable république!

TRIVELIN

Bon! réjouissez -vous, mon camarade. Êtes- vous content d'Arlequin ?

ARLEQUIN

Oui , c'est un bon enfant ^ j'en ferai quelque chose. Il soupire parfois , et je lui ai défendu cela , sous peine de désobéissance-, et je lui ordonne de la joie.

(Il prend son maître par la main et danse.) Tala rara la la....

TRIVELIN

Vous me réjouissez moi-même.

ARLEQUIN

Oh ! quand je suis gai , je suis de bonne humeur.

TRIVELIN

Fort bien. Je suis charmé de vous voir satisfait d'Arlequin. Vous n'aviez pas beaucoup à vous plaindre de lui dans son pays , apparemment ?

ARLEQUIN

Eh ! là-bas ? Je lui voulais souvent un mû de diable; car il ëtait quelquefois insupportable; mais à cette heure que je suis heureux, tout est paye; je lui ai donné quittance.

TRIVELIN

Je VOUS aime de ce caractère , et vous me touchez. Cest-à-dire que vous jouirez modestement de votre bonne fortune, et que vous ne lui ferez point de peine.

ARLEQUIN

De la peine ! ah ! le pauvre homme ! Peut-être que je serai iin petit brin insolent , à cause que je suis le maître , voilà tout.

TRIVELIN

A cause que je suis le maître ; vous avez raison.

ARLEQUIN

Oui ; car quand on est le maître , on y va tout rondement , sans façon , et si peu de façon mène quelquefois un honnête homme à des impertinences.

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