‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 190 sur 315 · ACTE II, SCÈNE y · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE y

qu'il m'avait 'accordée , et je suis dans un trouble inexprimable.

LÉONTINE

Oui , Phocion ; Hermocrate , par une opiniâtreté qui me parait sans fondement, refuse de tenir la parole qu il m'a donnée. Vous m' allez prier de le presser encore ; mais je viens vous avouer que je n'en ferai rien.

PHOCiON,

Vous n'en ferez rien, Léontine?

LÉONTIHE.

Non -, ses refus me rappellent moi-même à la raison '.

PHOCION

Et vous appelez cela retrouver la raison ! Quoi ! ma tendresse aura borné mes vues, je n'aurai cherché qu'à vous la dire, je vous l'aurai dite, je me serai mis hors d'état de guérir jamais, j'aurai même espéré de vous toucher, et vous voulez que je vous quitte ! Non , Léontine, cela n'est pas possible-, c'est un sacrifice que mon cœur ne saurait plus vous faire. Moi, vous quitter! eh ! où voulez-vous que j'en trouve la force? Me l'avez-vous laissée? Voyez ma situation. C'est à votre vertu même que je parle 5 c'est elle que j'inter-

' Non , ses refus me rappellent moi-même à la raison. Encore un excellent trait d^obscrvatioD. Il est naturel que Léontine, après le premier etourdissenient que lui a cause une dëclaration împréTuc, ait eu un retour de sagesse, et se soit armée de quelques bonnoi résolutions contre Phocion absent.

35G LE TRIOMPHE DE l/AMOUIV, roge ; qu'elle soîl juge entre vous et mdl. Je snis dwt vous, vous m'y avez soufleil, vous savozqueje vous aime, me voilà pénétré de b passion la plus tendre, vous mo l'avez inspirée; et je p.-<rlirais! Eli ! Léoutine, demandez- moi ma vie, dédiirez mon cœur; îli sont tous deux à vous; mais ne me demandez point des choses impossibles.

LËOKTIBX.

Quelle vivacité de mouvemens! Non, Phocion, jamais je ne sentis aussi bien la nécessité de votre dépari, et |c ne m'en mê]e plus. Juste ciel! que deviendrait mon cœur avec l'impétuosité du vôtre? Suis-je obli* fjée, moi, de soutenir cette foule d'expressions passionnées qui vous éch appeut ? 11 faudrait donc toujours combattre, toujours résister, et ne jamais vaincre. Non, Phocion; c'est de l'amour que vous voulez

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