ACTE I, SCENE XII. 5i
FRONTIII.
Excusez, madame -, je ne finis point quand f abrège.
LA MARQUISE
Le chevalier m*aime-t41 encore?
FRONTIir.
Il n'en reste pas vestige ; 0 ne sait pas qui vous êtes.
Et sans doute il aime la comtesse?
FRONTin.
Bon , Faimer ! belle égratignut'e ! c'est traiter un incendie d'étincelle. Son cœur est brûlant, madame^ il est perdu d'amour.
DORANTE, d'un air riant.
Et la comtesse ne le hait pas apparemment ?
FRONTIN
N(Hi , non ; la vérité est à plus de mille lieues de ce que vous dites.
DORANTE
J'entends qu'elle répond à son amour.
FRONTIN
Bagatelle! Elle n'y répond plus. Toutes ses répon* ses sont faites ^ ou plutôt dans cette affaire^ci , il n'y a eu ni demande ni réponse ; on ne s'en est pas donné le temps. Figurez -vous deux cœurs qui partent ensemble-, il n'y eut jamais de vitesse égale. On ne sait
5i6 L'HEUREUX STRATAGEME,
à qui appartient le premier soupir^ il y a apparence que ce fut un duo.
DORAUTE, riaot.
Ah! ah! ah!... (Aparto Je me meurs!
LA MARQUISE, à part.
Prenez garde.... Mais as-tu quelque preuve de ce que tu dis là ?
FRONTin.
J*ai de sûrs témoins de ce que j* avance, mes yeox et mes oreilles... Hier , la comtesse....
DORANTE
Mais cela suffit; ils s'aifnent; voilà une histoiie finie. Que peut-il dire de plus ?
Achève.
LA MARQUISE
FRONTIN
Hier, la comtesse et mon maître s'en allaient ao jardin^ je les suis de loin. Ils entrent dans le bois:j'r entre aussi. Ils tournent dans une allëe, moi dans le taillis. Ils se parlent-, je n'entends que des voix confuses. Je me coule, je me glisse, et de bosquet en bosquet, j'arrive à les entendre et même à les voira travers le feuillage... La belle chose! la belle diose! s'écriait le chevalier, qui d'une main tenait un por^ trait, et de l'autre la main de la comtesse. La bdié chose! Car, comme il est Gascon, je le deviens en ce moment , tout Manceau que je suis 5 on peut lool, quand on est exact, et qu'on sert avec zèle.
Fort bien.
Fort mal.