‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 129 sur 316 · ACTE II, SCÈNE lîl. aaS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE lîl. aaS

LE PRINCE

Belle Silvia, cette femme -là nous a trompés , le prince et moi ^ vous m'en voyez au désespoir , n'en doutez pas. Vous savez que je suis pénétré de respect pour vous ; vous connaissez mon coeur. Je venais ici pour me donner la satisfaction de vous voir , pour jeter encore une fois les yeux sur une personne si chère, et reconnaître notre souveraine.... Mais je ne prends pas garde que je me découvre , que Flamiiûa m'écoute , et que je vous importune encore.

FLAMINIA

Quel mal faites-vous ? Ne sais-je pas bien qu'on ne peut la voir sans l'aimer ?

SILVIA

Et moi , je voudrais qu'il ne m'aimât pas ; car j'ai du chagrin de ne pouvoir lui rendre le change. Encore si c'était un homme comme tant d'autres, à qui on dit ce qu on veut ; mais il est trop agréable pour qu'on le maltraite , lui ^ il a toujours été comme vous le voyez.

LE PRINCE

Ah ! que vous êtes obligeante , Silvia ! Que puis-je faire pour mériter ce que vous venez de me dire, si ce n'est de vous aimer toujours?

SILVIA

Eh bien ! aimez-moi , à la bonne heure \ j'y aurai du plaisir , pourvu que vous promettiez de prendre votre mal en patience •, car je ne saurais mieux faire ,

en vërité. Arlequin est venu le premier ^ voilà tout ce qui vous nuit. Si j'avais deviné que vous viendriez après lui , en bonne foi je vous aurais attendu i mais V vous avez du malheur , et moi je ne suis pas heureuse.

LE PRINCE

Flaminia, je vous en fais juge, pourrait -oq cesser d'aimer Silvia ? Connaissez -vous de cœur plus com* pâtissant, plus généreux que le sien? Mon; la ten-dresse d'une autre me toucherait moins que la seule bonté qu'elle a de me plaindre.

SILVIA, à FUminia.

Et moi , je vous en fais juge aussi ; \h , votls l'entendez ; comment se comporter avec un homme qui me remercie toujours , qui prend tout ce qu'on lui dit en bien?

FLAMINIÂ.

Franchement, il a raison , Silvia; vous êtes charmante , et à sa place je serais tout comme il est.

SILVIA

Ah çà ! n'allez pas l'attendrir encore. Il n'a pas be^ soin qu'on lui dise tant que je suis jolie ; il le croit assez. ( Au prince. ) Croyez-moi , tâchez de m'aimer tfanquillement, et vengez -moi de cette femme qui m'a injuriée.

-!;. LE PRINCE

Oui , ma chère Silvia, j'y cours. A mon égard, de quelque façon que vous me traitiez , mon parti est pris; j'aurai du moins le plaisir de vous aimer toute ma vie.

ACTEIÎ, SCÈNE IV. aaS

SILYIA.

Oh ! je m'en doutais bien ; je vous connais,

FLAMIRIA.

Allez , monsieur ; hâtez -vous d'informer le prince du mauvais procédé de la dame en question *, il faut que tout le monde sache ici le respect qui est dû à Silvia.

LB PRINCE

Vous aurez bientôt de mes nouvelles.

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