‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 148 sur 316 · ACTE II, SCÈNE XL 25i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XL 25i

doux , il m'a dit des choses si tendres , il m'a conté son amour d'un air si poli , si humble, que j'en ai une véritable pitié, et cette pitié- là m'empêche encore d'être maîtresse de moi.

FLAmiflA.

L'aimez -vous?

9ILVIA.

Je ne crois pas; car je dois aimer Arlequin.

FLAMINIA

Ce monsieur est un homme aimable.

Je le sens bien.

FLAMINIA

Si vous négligiez de vous venger pour l'épouser, je vous le pardonnerais ; voilà la vérité.

SILVIA

Si Arlequin se mariait à une autre fille que moi , à la bonne heure. Je serais en droit de lui dire : Tu m'as quittée, je te quitte, je prends ma revanche; mais il n'y a rien à faire. Qui est-ce qui voudrait d'Arlequin ici, rude et bourru comipe il e9t ?

FLAMINIA

Il n'y a pas presse entre nous. Pour moi, j'ai toujours eu dessein de passer ma vie aux champs. Arlequin est grossier; je ne l'aime point, mais je ne le bais pas; et, dans les sent imens où je suis, s'il voulait, je vous en débarrasserais volontiers, pour vous faire plaisir.

î52 LA DOUBLE INCONSTANCE,

SILVIA

Mais mou plaisir, où est-il ? 11 n'est ni là , ni là ; je le cherche.

FLAMINIA

Vous verrez le prince aujourd'hui. Voici ce cavalier qui vous plaît; tâchez de prendre votre parti. Adieu; nous nous retrouverons tantôt.

Page 1