‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 150 sur 316 · ACTE II, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XII

LE PRINCE

Mais que puis-je mieux que de vous rendre maîtresse de mon sort ?

SILVIÂ.

Qu'est-ce que cela avance ? Vous rendrai-je malheureux ? en auraî-je le courage ? Si je vous dis : Allezvous-en , vous croirez que je vous hais ; si je vous dis de vous taire , vous croirez que je ne me soucie pas de vous-, et toutes ces croyances- là ne seront pas vraies \ elles vous affligeront \ en serai-je plus à mon aise après ?

LE PRINCE

Que voulez -vous donc que je devienne , belle

Oh ! ce que je veux ! J'attends qu'on me le dise-, j'en suis encore plus ignorante que vous. Voilà Arlequin qui m'aime ^ voilà le prince qui demande mon cœur^ voilà vous qui mériteriez de l'avoir; voilà ces femmes qui m'injurient, et que je voudrais punir 5 voilà que j'aurai un affront, si je n'ëpouse pas Je prince. Arlequin m'inquiète; vous me donnez du souci , vous m'aimez trop ; je voudrais ne yous avoir jamais connu , et je suis bien malheureuse c^'avoir tout ce tracas -là dans la tête.

LE PRINCE

Vos discours me pénètrent, Silvia. Vous êtes trop touchée de ma douleur; ma tendresse, toute grande

a54 LA DOUBLE INCONSTANCE,

qu'elle est, ne vaut pas le chagrin que vous avez de ne pouvoir m'aîmer.

SIIVIA.

Je pourrais bien vous aimer-, cela ne serait pas difficile , si je voulais.

LE PRINCE

Souffrez donc que je m'afflige, et ne m'empécbes pas de vous regretter toujours.

SILVIA

Je vous en avertis , je ne saurais supporter de vous voir si tendre ; il semble que vous le fassiez exprès. Y a-t-il de la raison à cela ? Pardi ! j'aurai moins de mal à vous aimer tout-à-fait , qu'à être comme je le suis. Pour moi, je laisserai tout là ^ voilà ce que vous gagnerez.

LE PRINGE.

Je ne veux donc plus vous être à charge ; vous souhaitez que je vous quitte ; je ne dois pas résister aux volontés d'une personne si chère. Adieu, Silvia.

SILVIA

Adieu, Silvia I Je vous querellerais volontiers ^ où allez-vous? Restez là, c'est ma volonté^ je la sais mieux que vous, peut-être.

LE PRINCE

J'ai cru vous obliger.

SILVIA

Quel train que tout cela! Que faire d'Arlequin? Encore si c'était vous qui fussiez le prince !

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