ACTE II, SCÈNE IL
ARLEQUIN, à pari.
Qu'est-ce que c'est qu'une entrevue ? Je crois qu'il parle latin... Le pauvre homme ! il me fait pitië pourtant; car peut-être qu'il en mourra; mais l'horoscope le veut. Cependant si j'avais un peu sa permission... Voyons, je vais lui parler. (Haut.) Âh ! mon cher maître !
LÉLIO
Que me veux-tu?
ARLEQUIN
Je viens vous demander ma petite fortune.
Qu'est-ce que cette fortune ?
ARLEQUIN
C'est que le seigneur Frédéric m'a promis tout plein mes poches d'argent , si je lui contais un peu ce que vous êtes , et tout ce que je sais de vous ; il m'a bien recommandé le secret , et je suis obligé de le garder en conscience; ce que j'en dis, ce n'est que par manière de parler. Voulez-vous que je lui rapporte toutes les babioles qu'il demande? Vous savez que je suis pauvre; l'argent qui m'en viendra, je le mettrai en rente , ou je le prêterai à usure.
LÉLIO
Que Frédéric est lâche! Mon enfant, je pardonne à ta simplicité le compliment que tu me fais. Tu as de l'honneur k ta manière, et je ne vois nul inconvénient pour moi à te laisser profiter de la bassesse de
Frédéric. Oui , reçois son argent -, je veux bien que tu lui rapportes ce que je t*ai dit que j*ëtais, et ce que tu sais.
ARLEQUIN
Votre foi ?
LÉLIO
Fais; «j'y consens.
ARLEQUIN
Ne vous gênez point, parlez-moi sans façon; je vous laisse la liberté ; rien de force.
Va ton chemin , et n'oublie pas surtout de lui marquer le souverain mépris que j'ai pour lui.
ARLEQUIN
Je ferai votre commission.
LÉLIO
J'aperçois la princesse. Adieu , Arlequin ; va gagner ton argent.