‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 248 sur 316 · LE FOURBE PUNI · texte numérisé non relu

LE FOURBE PUNI

LiE second titre de cette comédie n'est pas exact ; en style de théâtre , l'épithète de fourbe ne s'applique ordinairement qu'à un genre de fripons ou d'escrocs , dans la classe desquels il ne serait pas juste de placer Lélio. Sbrigani, Scapin y sont des fourbes ; le Dorante du Bourgeois gen-tilhommcy le Cléon du Méchant, le Séducteur du marquis de Bièvre, le Lélio de la Fausse Suivante, sont de fort mauvais sujets, des trompeurs, des scélérats même; leur conduite est odieuse , mais elle n'emporte pas avec elle ridée de ce que nous nommons proprement^urderze.

Le premier titre est plus heureux. Une jeune veuve de qualité a eu occasion de voir à Paris Lélio , qu'elle sait être lié par un engagement pécuniaire avec une comtesse dont il recherche la main , ou plutôt dont il désire partager la fortune. Ce Lélio est un homme perdu de réputation, et il s'agit d'éclairer la comtesse sur le danger du mariage qu'elle va contracter* Notre veuve imagine de se rendre au château de son amie y et, pour parvenir plus sûrement à ses

424 JDGEMEJNT

fiiis et ne point éveiller les soupçons de Lélio , de n'y paraître que de'guîsée en homme. C'est sur ce travestissement que roule toute Tintrigue* Un seul domestique est dans son secret. Grâce à l'imprudence de Frontin , ce secret cesse d'en être un pour les domestiques du château. Le faux chevalier , ne pouvant plus faire mystère de son état , cherche au moins à détourner les conséquences de sa mascarade , en se donnant pour sa propre femme de chambre. Elle est supposée avoir été déléguée pour voir ce qui se passe dans le château , et pour en faire son rapport à sa prétendue maîtresse.

La comtesse , qui ne se doute de rien , devient amoureuse de sa cousine ; de leur côté , Trivelin et Arlequin , qui se croient au fait , se permettent avec le chevalier les familiarité d'usage entre gens de même condition ; tandis que Lélio est amené à confier au chevalier, qu'il prend également pour une soubrette , le dégoût que lui inspire la comtesse, et la préférence intére^ée qu'il accorde à la veuve de Paris , dont la fortune surpasse de beaucoup celle de sa maltresse campagnarde. Pour servir ce nouvel amour de Lélio, la fausse suivante se fait remettre le dédit dont il est possesseur. C'est ainsi que le fourbe se démasque et qu'il est puni : il perd femme et argent. Les comédies se terminent d'ordinaire par un mariage ; ici le dénouement consiste en ce que personne ne se marie.

Des plaisanteries fort libres, qui naissent du travestissement de la jeune veuve , plaisanteries dont Mon tfleury avait fourni le premier exemple dans la Femme juge et partie, et que Patrat a ressuscitées dans F Heureuse Erreur, font

tout le comique de cet imbroglio , pea digne , sous tons les rapports j de l'esprit fin et délicat de Marivaux. La première ' scène est excellente; tout le reste est obscur, indécent et forcé. La pièce réussit néanmoins dans la nouveauté , probablement par les causes mêmes qui auraient dû la faire tomber. Elle eut douze représentations. Les divertissemens, qui ne valent pas mieux que la pièce , sont de Parfaict aîné , l'un des auteurs de V Histoire du Théâtre-^ Français.

a^BaaBB^

PERSONNAGES

LA œMTESSE.

LÊUO.

LE CHEYALIER.

TRIYELIN, valet da chevalier.

ARLEQUIN , valet de Lélio.

FRONTIN, aatre valet du chevalier..

PAYSANS ET PAV8ANKES.

Page 1