‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 296 sur 316 · ACTE III, SCENE I. 5o · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I. 5o

ARLEQUIN

A cause de ma tristesse.

LÉLIO

Je te demande ce qui te rend triste.

Cest un grand chagrin, monsieur.

LÉLIO

Il ne rira plus parce qu'il est triste, et il est triste à cause d'un grand chagrin. Te plaira-t-il de t^expHquer mieux ? Sais-tu bien que je me fâcherai à la fin ?

ARLEQUIN

Hélas ! je vous dis la vérité.

LÉLIO

Tu me la dis si sottement, que je n'y comprends rien. Ta-t-on fait du mal ?

ARLEQUIN

Beaucoup de mal.

LÉLIO

Est-ce qu'on l'a battu?

ARLEQUIN

Bah ! bien pis que tout cela, ma foi.

LÉLIO

Bien pis que tout cela ?

ARLEQUIN

Oui *, quand un pauvre homme perd de l'or , il faut qu'il meure -, et je mourrai aussi , je n'y manquerai pas.

5o8 LA FAUSSE SUIVANTE,

sa bourse ; et moi , je voulais aussi avoir Je cœur charme et la bourse pleiue.

Quel étrange galimatias me fais- tu là ?

ARLEQUIN

11 n'y a pourtant rien de plus vrai que tout cela.

LÉLIO

Quel rapport y a-t-il entre le cœur de Trîvelin et le chevalier ? Le chevalier a-t-il de si grands charmes? Tu parles de lui comme d'Une femme.

ARLEQUIN

Tant il y a qu'il est ravissant, et qu'il fera aussi rafle de votre cœur, quand vous le connaîtrez. Allez, pour voir, lui dire : Je vous connais, et je garderai le secret ; vous verrez si ce n'est pas un échantillon qui vous viendra sur-le-champ , et vous me direz si je suis fou.

LÉLIO

Je n'y comprends rien. Mais qui est-il , ce chevalier?

ARLEQUIN

Voilà justement le secret qui fait avoir un présent, quand on le garde.

LÉLIO

Je prétends que tu me le dises, moi.

ARLEQUIN

Vous me ruineriez , monsieur ^ il ne me donnerait plus rien , ce charmant petit semblant d'homme , et je l'aime trop pour le fâcher.

Page 1