‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 95 sur 316 · H, II · texte numérisé non relu

H, II

JUGEMENT

SUR hà. COMÉDIE

Ijts âmes fortes sont les seules chez qui la passion de Tamoursoit exclusive. On ne la retrouve pas au même degré d'héroïsme dans la comédie, qui n^est ou ne doit être que Fîmltation des mœurs générales. On y voit bien Famour constant, fidèle, désintéressé, parce que rarement Tobjet principal du poëte est de le placer devant des obstacles , et de fe mettre en opposition avec des passions différentes. Quand ces obstacles existent, ils viennent presque toujours du dehors, comme de l'autorité paternelle, de la jalousie d'un rival puissant, de la crainte de déplaire â un personnage dont on attend sa fortune , des préjugés de naissance, et de mille autres causes semblables. Aussi , les. amans emploient plus d'adresse à éluder ces difficultés que de courage à les combattre , et ils sont admirablement servis en ce genre par les intrigues de leurs valets. Il n'est guère de comédie de Molière ou de Regnard dont Fastuce d'une part, et la duperie de l'autre , n'amènent le dénoueii^çnt.

La comédie que l'on va lire a cela de particulier , que c'est du cœur même des deux amans qu'elle tire l'obstacle qui s'oppose à leur union , et qu'une passion vive et sincère y cède tout naturellement sa place A une autre passion non moins sincère, mais seulement plus active, et, rela-

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tivement à chacun d'eux , plus puissante. Les personnages sont choisis dans une classe commune; les effets de la tentation n'en seront que plus comiques, et les résultats plus prompts.

Silvia , comme elle nous l'apprend elle - même dès la première scène , n'est qu'une petite bourgeoise de village , et Arlequin , qu'elle aime et dont elle est aimée, n'est pas plus gros monsieur qu'elle n*est grosse dame* Cependant un prince est tombé amoureux de SiWia ; mais , quoique souverain , soumis aux lois de son pays non moins qu'à celles de l'honneur, il est obligé de l'éleyer jusqu'à lui , de l'associer à son trône, et toute espèce de violence lui est interdite. Il faut qu'il supplante son rival sans blesser les règles de la délicatesse et les droits de la justice; il faut, en un mot , qu'il épouse Silvia et de son propre consentement et de celui de son cher Arlequin.

Comme Marivaux â donné au prince toutes les qualités aimables qui prêtent un charme à la puissance, le cœur de. Silvia ne résistera pas long- temps, et le pauvre Arlequin sera bien vite oublié. Cependant, pour affaiblir les torts de Silvia , Arlequin sera amené également à une inconstance qui devient indispensable pour justifier celle de sa maîtresse. Flaminia , confidente des desseins du prince , se dévoue pour le servir, mais sans répugnance, et avec un penchant de tendresse sans lequel son rôle eut été marqué d'un caractère de complaisance officieuse, qui aurait pu recevoir une dénomination avilissante.

Dès le commencement de l'action (et il y a de l'artifice dans cette corabin^iison ) ,Ie changement de Silvia est préparé en faveur du prince , qu'elle ne connaît pas , et qui n'est venu la voir que sous le nom d'un de ses principaux officiers. Elle n'a point vu elle-même avec indifférence un homme de cour agréable , spirituel, bien fait de sa

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personne , et le seul tort que Silvia ait l'air de lui reprocher , c'est la peine qu'il prend de parler pour un autre. Amenée à la cour, Silvia né regarde toujours le prince que comme un trop fidèle interprète des propositions de son maître. En attendant que l'identité des deux personnages soit constatée , le cœur de Silvia est attaqué par toutes les illusions qui peuvent faire effet sur le cœur d'une jeune fille. On lui prodigue les bijoux , les habillemens magnifiques, les hommages, les fêtes; on lui ménage le plaisir plus flatteur pour sa vanité d'humilier de prétendues rivales qui l'avaient insultée par ordre. Dès que le prince se nommera I la défiaiite, déjà si avancée, de Silvia, sera achevée.

Arlequin, malgré son goût naissant pour Flaminia , est plus di£Eicile à vaincre. Il se moque et des excuses qu'on oblige un grand seigneur à lui faire 9 et des lettres de noblesse qu'on vient lui apporter, et de l'entourage des nombreux domestiques qui rivalisent de zèle pour lui faire agréer leurs services. Enfin, Trivelin a deviné le côté faible de son maître : il lui fait valoir le bonheur inestimable de trouver , en compensation de Silvia, une table toujours bien garnie , un buffet chargé à sa volonté des meilleurs vins. Ajoutez à une perspective aussi déterminante , la certitude que Silvia ne sera pas désespérée de la rupture ; le macaroni et Flaminia ont bientôt décidé la victoire.

La scène des lettres de noblesse est le seul hors-d'œuvre on l'on puisse trouver à reprendre dans toute la pièce ; le reste est irréprochable , très -gai , très -amusant , et surtout très -bien écrit, sauf quelques négligences qu'il était du devoir de l'éditeur de faire disparaître, et qui évidemment n'appartenaient point à Marivaux.

PERSONNAGES

LK PRUfCE.

UN SEIGNEUR

FLAiniNIÀ 9 fille d'un domestique du prioce.

LISETTE, sœur de Flaminia.

SILYIA , aimée du prince et d'Arlequin.

ARLEQUm.

TRIYEUN, officier du palais.

LAQUàlS.

FILLES DE GBAMBRE.

La scène est daus le palais du prince.

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