LIVRE Xtli. S2i
Le peuple, après cette conq'uète ^ iVre de sosk ppuvoir, mais sans cesse nourri de soupçons et d'jinquiétudes, et d'autant plus farouche qu'iUrémissait encore des dangers qu'il avait courus , ne montra plus que le caractère d'un tyran ombrageux et cruel. On devait savoir que , pour lui, de. la licence au crime il n'y avait de barrière que la crainte des cbâtimens , et dans im ten^ps de trouble et de sédition la défense de la Bastille, était, pour le repos public , un objet de haute importance. On vient de voir à quel excès elle avait été délaissée. Ni Broglie , ministre et général , ni le conseil du roi , ni le parti des- nobles , personne ne s'était avisé de savoir si la garnison çn était sûre et suffisante , si elle avait du pain» et des vivres , et si le commandant était un homme d'un courage assez froid et assez ferme pour la défendre. On l'avait supposée inutile ou inattaquable , ou plutôt on semblait l'avoir mise en oubli.
Il n'en est pas moins vrai que, si de Launay avait fait usage de son artillerie, il eutépouvanté Paris. Il se souvint sans doute qu'il servait un bon roi , et parmi le peuple chacun le savait, comme lui.
Paris , au moment de l'attaque , s'était porté vers la Bastille. Les sexes et les âges , tout venait se confondre autour de ces remparts hérissés de canons. Ou'est-ce donc qui les rassurait ? Le roi permet qu on menace son peuple ,• mais le /t>i ne y eut pas que son peuple soit écrasé. Quelle leçon funeste on a donnée aux rois par l'exemple de celui-ci !
Le soir , le peuple encore plus ^téré de sang , poussé au crime par le Cftme , demande la tête .
3a3 HÉiaoïitES.
de FléflseUèft ^ qui , le matin , dit-il , lui a refusé des aimes^ et qui , d'inteUigeiice avec la cour, Ta trahi , Ta trompé , et slest joué delui avec la der" nièFe insolence; et la Grève et l^ôtel de ville retentissaient de ces clameurs ; mais le foyer de la fermentation et de la rage populaire , ce 4^é«^. tait point la Grève , c'était le dratrict de Saint- Rocn , le-quartier du Pa}ais«'Royal : c^étaitlàque Flesselles avait été proscrit.
Durant Tat taque de la Bastille ^ le malheureux, avait assisté au comité deFhôtel de ville , assailli d'une troupe de brigands qui Taccablaient d'injures et qui lui amionçaient la mort. Après deux heures de silence et d'angoisses , il av^it résolu de passer de la salle du comité dans la grande salle, pour<}emander au peuple à être entendu, ^ )ugé par l'assemblée générale des électieurs ^ làs de vivre , et voulant mourir plutôt que d'endurer une-si cruelle agonie. En effet , c était se livrer k une niort certaine que d'aller se^ jeter àstns eette foiile ii^pi^çyable. Il'j passa ,. çt il y prit séani^e dtin& le cercle dés électeurs. B se voyait couché en joue de toiutes parts; mais, d'autres inetdens ayant fkit diversion k h fureur dont il était l'objet , il p;*o6ta de ce relâche ; et se
Smchantvers un ecclésiastique qui était auprès t lui (c'était Fabbé Fauchet) , il lui, tendit la main , le conjurant tpiitbas de se rendre k la hâte au district dé Saint-Roch. « On y veut ma tète, ajouta.- t-il, et c'est de 1* que partent toutes les accusations intentées contre mor> Allez , et cUtes-leur que je ne demande que te temps de me justifier. » Fauche^ , s'étant ému pour hli d^m' sentiment de compassion , alla implorer cette grâce) et l'implora inutilement. 11 s'agissait d'é-^
poavtinler ceux qtii , ccnome Fless^e? , se croiraient par devoir àtucbës au parli du roi ^ et pour vamcrela probité par la terreur, îlfaHaii encore des- victimea. Le. peuple n'était pas en^core asaes habitué au crime; et, pour Ty aguer» rir, on voulait l'y exercer. Le district , conduc» teur de rinsurrectiou , fut donc inexorable, et Flèssellea ne revit plus celui dont fl attendait sou talut.
Ici je dois faire observer quels élsAeïxly à Fbôtel de ville , ceux crayon y envoyait de-* mander la tète de Flesselles. « C'étaient , nous dit un fidèle témoin , des hommes armés comme des sauvages ; et quels, hommes ? de ceux qu'on ne se souvient pas d'avoir jamaist renccMitrés au
Srand )our. D'où sortaient-ils ? qui les avait tiré» ê leurs réduits téuébreux ? » A la tète da comité des électeurs , nous dit le^ même témoin , Flesselles manquait e^cojce quelque ai^urance : on le vit jusqu au moment latal écoutant tout le monde avec un air d,'em-« pressemettt et- d'afi&bilité si naturel , qu'il: s'ejn serait tiré, si le parti de le fairQ périr n'avait pas été pris iirévocaUement. U'fiit témoin de là )oie féroce q^i^on fij^ éclater à la vue de cette lance au bout de^ laquelle était la tète du gouverneur ê^ la Bastille. Il- fat témoin dos. efforts que firent , dàns) ces momens , quelques bons citoyens pour arracher au pèupfe quelques-unes de ses victi^ mes^. Il entendit les cns de, ceux qai demandaieojt qiie lui-même ilîeurfiltKvré. Cependant, parmi tant d^horretirs , hasardant tout pour échapper > et se croyant oublié un momcut , iî osa sortir de sa place et se glisser parmi la foule. 11 Tavail pereée eu e0et ; mais ceux qui l'avaient poursuivi
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dans cette salle , et qui sans doute avaient promis sa mort , le poursuivaient encore en lui criant : jiu Palais 'liojcd! au Palais " Royal l Soît^ leur dît-îl en sortant ^ et , le moment d'après , sur l'escalier de l'hôtel de ville ^ un de ces brigands lui cassa la tête d^un coup de pistolet. Cette têie fut aussi promenée dans Paris en triomphe, et ce triomphe iiit applaudi. Il en fut de même du meurtre des soldats invalides que Ton voyait égorger dans les rues 5 tant le délire de la fureur avait éiou^é dans les âmes tout son**timent d'humanité !
» J'ai remarqué , ajoute mon témoin , en se servant d'une expression de Tacite , que , si ^ parmi le peuple, peu.de gens alors osaient le crime , plusieurs le voulaient , et tout le monde, le souffrait. Ils n^étaient pas de la nation ces bri'^ gands qu'on voyait remplir l'hôtel de ville , les uns presque nus , et les autres bizarrement vètuS d'habits de diverses couleurs , hors d'eux-mêmes, et la plupart ou ne sachant ce qu'ils voulaient , ou demandant la mort des proscrits qu'on leur désignait , et la demandant d'un ton auquel , plus d'une fois , il ne fut pas possible dq résister. »
Si l'assemblée nationale eut voulu pressentir les maux dont le royaume était menacé par cette effroyable anarchie \ si elle avait prévu 1 impuissance où elle serait elle-même de faire rentrer dans les liens d'une autorité légitime cette bête féroce qu'elle aurait déchaînée \ si ceux qui la flattaient avaient pensé qu'un jour peut-être euxmêmes ils en seraient la proie , ils en auraient frémi d'une salutaire frayeur .Mais , pour se donner à soi-même une autorité dominante y on ne