‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 96 sur 117 · LIVRE XVIII. 55l · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. 55l

foncer les portes de son appartement , ordonne qu'on les ouvre. Il se présente d'un aîr calme pour entendre leur pétition. On lui demande de sanctionner les décrets auxquels il a refusé son acceptation., a Ma sanction est libre , répond le roi ; et ce n'est ici le moment ni de la solliciter, ni de l'obtenir. »

' Deux jours après, dans sa proclamation contre cet acte de violence , il déclara qu'on n'aurait jamais à lui arracher son consentement pour ce qu'il croirait juste et convenable au bien public ^ mais qu'il exposerait , s'il le fallait , sa tranquillité et sa sûreté même pour faire son devoir.

Cette résistance aurait été le frein du despotisme populaire. La libre acceptation des lois , et le droit que le roi s'était réservé de suspendre celles qu'il n'approuverait pas , était l'article fon* damental d'une monarchie tempérée , et du ser* ment qu'on avait prêté librement , dans tout le royaume, à la nation^ à la loi et au roi^ mais cela seul eut arrêté le mouvement révolutionnaire , et la faction ne voulait pas que son pouvoir fût limité;

Le 3 1 juillet fat marqué par l'arrivée des Marsaillais à Paris \ sorte de satellites qu'on avait à ses ordres pour les grandes exécutions.

Le 3 août , au nom des sections de Paris , Pétion présente à l'assemblée une pétition pour la déchéance du roi.

Le 6 , on fait répandre aux Tuileries le bruit que le roi veut s'enfuir.

Ce fut alors que , par un pressentiment trop fidèle de ce qui allait se passer , ma femme me pressa de quitter cette maison de campagne

3u eUe avait tant aimée , et d^aller clierclier loin e Paria une retraite où , dans robscurité , nous pussions respirer en paix.

Nous ne savions on diriger nos pas \ le précepteur de nos enfans décida notre irrésolution. Ce fut lui qui nous assura cju'en Normandie , où il était né , nous trouverions sans peine un asile

f>aisible et sAr ; mais il fallait du temps pour nous e procurer ; et , en arrivant à Évreux , nous ne savions encore où aller reposer notre tête. Le maître de Fauberge où nous descendîmes avait , à deux pas de la ville , dans le hameau de Saint- Germain , une maison asset jolie , située au bord de J'Iton , et à la porte des jardins de Navarre ; il nous Toffrit. Charmés de cette position, ce fut là que nous nous logeâmes /eu attendant que plus près de Gaillon, lien natal de Charpentier , sa famille nous eût trouvé une demeure conve* nable.

Si , dans l'état pénible où étaient nos esprits, un séjour pouvait être délicieut , celni-là Teût été pour nous ; mais h peine étions-nous arrivés k Évreux, que nous apprîmes répouvantable événement du 10 août.

A Paris , dès le point du jour , de ce jour qui devait en amener de si funestes , les places et les rues adjacentes aux Tuileries s'étaient remplies d^hommes armés avec un train d'artillerie. C^était le peuple des faubourgs , soutenu par la bande des Marseillais , qui venait assiéger le roi dans son palais.

Ce mallieureux prince n'avait pour défense qu^un petit nombre de gardes-suisses ; et, quoi**qu'on ait dit qu'il y avait dans le jardin des Tuileries une foule <£3 braves gens qui se seraient

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rangés autour de ea peraoîiae s'il avait voulu se montrer , sans doute il ne crut pas la résistance ou permise ou possible ; on lui conseilla de se l^enore avec sa îaihille au sein de l'assemblée natî(male ; il s'y réfugia;

Cependant ses braves soldats suisses , qui , fidèles à leurs consignes , défendaient dans les cours rapproché du palais, se virent obligée de tirer sur le peuj^. Ils l'avaient repoussé, et tenaieijit ferme dans leur poste, lorsqu'ils appriiTtent que le roi s'était-retire. Alors ils perdirent courage ^ et, s'étant dispersés, ib forent presque tous massacrés dans Paris.

lie roi fut transféré et enfermé avec sa femme, ses enfans et sa sœur , dans la prison de la tour du Tonple (le i3 août. )

Le 3i août , le maire et le procurieur-sylidic de la ville ( Pétion et Manuel ) se présentèrent à l'assemblée, â la tète d'tme députation , au n^Hn de laquelle Tallien, son orateur, annonça « qu'on avait enfermé nombre de prêtres perturbateurs , et que , sous peu de jours , le sol de la liberté serait purgé de leur présence. >>

Le 2 septen]d)re , au couvent des Carmes du Luxembourg, au séminaire de Saim-Firmin, rue Saint-Victor, à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, plusieurs prélats et un grand nombre de prêtres forent égoi^és. Le carnage dura jusqu'au 6 à l'hôtel de la Force. .

Le 8 , les prisonniers d'Orléans , envoyés à Versailles , y furent massacrés.

Ce fut dans ces jours d'épotrvante et de frémissement que vint loger auprès de nous , dans le hameau de Saint-Germain , un homme que je croyais m^être kconnu« Dans son déguisement ^

^^eus tant de peine à me rappeler où j'avais pu le voir , qu'il fut obligé de se nommer ; c'était Lorry , évèque d'Angers. Notre reconnaissance fut attendrie par le malheur de sa situation, qu'il ne laissait pas de soutenir avec un courage assez ferme.

Nous Yoilà donc en société et en communauté de table comme il le désira lui-même; et , dans im meilleur temps , cette liaison fortuite nous aurait été réciproquement agréable. Logés ensemble au bord d'une jolie rivière , dans la plus belle saison de ^aI^lée, ayant pour promenades des jardins enchantés et ime superbe forêt, parfaitement d'accord dans nos opinions , dans nos goûts et dans nos principes , les souvenirs d'un monde où nous avions vécu étaient pour nous ' des sujets d'entretien d'une sdbondance inépuisable ; mais toutes ces douceurs étaient empois(mnées par les chagrins dont nous étions continuellement abreuvés.

La convention prit ,\em septembre , la place de la législature. Son premier décret fut l'siolition de la royauté.

Cependant , au nom de la liberté répubB* caine , des colonnes de volontaires accouraient aux armes ; nous nous trouvions sur leur passage , et notre repos en était troublé. D'ailleurs l'approche de l'hiver rendait humide et malsain le lieu où nous étions : il fallut le quitter , et ce ne fut pas sans regret que nous y laissâmes le bon évêque. Nous nous retirâmes, ma femme et . moi , à Couvicourt.

Le 1 1 décembre , le roi comparût à la barre de la convention ; il y fut interrogé. H demanda deux avocats, Tronchet et Target, pour conseil.

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