SUR LE BONHEUR
Li^HOMME est né pour le ciel i il porte écrits dans son cœur les titres augustes et ineffaçables de sou origine ^ il peut les aviUr ^ mais il ne peut les effacer. L^univers entier seroit sa possession et «on partage <, qu^'l sentiroit toujours qu'il se dégrade ) et ue se satisfait pas en s^ fixatit : tous les objets qui Tattacbent ici-bas Tarrachent , pour ainsi dire ^ du sein de Dieu , son origine et soii repos éternel ^ et laissent une plaie de remords et d^inquiétude dans son ame^ qu^ils ne sauroient plus fermer eux-mêmes : il sent toujours la dou^ Jleur secrète de la rupture et de la séparation ^ et tout ce qui altère son union avec Dieu le rend irréconciliable avec lui-même.
Cependant nous noiLs promettons toujours ici* bas une injuste félicité. Nous courons tous dans cette terre aride, comme Fesprit de notre Evangile , après un bonheur et un repos que nous ne saurions trouver. A peine détrompés ^ par la possession d^un objet , du bonheur qui sembloit nous y attendre, un nouveau désir nous jette dans la même illusion ^ et passant sans cesse de Tespérance dû bonheur an dégoût , et du dégoût à Tespé-rance , tout ce qui nous fait sentir notre méprisa devient hii-niême rattrait qui la perpétue.
afia POINT DE BONHEUR PARFAIT SUR LA TERRE*
Il semble d''abord que cette erreur ne devroit être à craindre que pour le peuple. La bassesse de sa fortune laissant toujours un espace immense au-dessus de lui ^ il seroit moins étonnant qu^à se figurât une félicité imaginaire dans les situations élevées où il ne peut atteindre^ et qu^U crut ^ car tel est Thomme ^ quç tout ce qu!"]! ne peut avoir ^ cVst cela même qui est le bonheur qu'ail cherche.
Mais Téclat du rang ^ des titres et de la naissance ^ dissipe bientôt cette vaine illusion. On a beau monter et être porté sur les ailes de la fortune au-dessus de tous les autres ^ . la félicité se trouve toujours placée plus haut que nousmêmes : plus on s^'élève ^ plus elle semble s''éloigner de nous. Les chagrins et les noirs soucis montent , et vont s^asseoir même avec le souverain sur le trône : le diadème , qui orne le front auguste des rois ^ n^est souvent armé que de pointes et d'épines qui le déchirent; et les grands^ loin d'être les plus heureux^ ne sont que les tristes témoins qu'on ne peut Têtre sans la vertu sur la terre. petit carême.