GOUT POUR LA GUERRE
JLjes grands talens qui distillent les hommes dans leur état se manifestent d'abord par le goût cjui les y porte. David encore enfant cherchoit parmi les lions et les ours une matière à sa valeur , et se déroboit volontiers au repos de la vie champêtre, pour aller s'^iustruire auprès de ses frères, au milieu des armées d^Israël.
Le goût du prince de Conti pour la guerre fut le premier penchant que la nature montra en lui ;; et ce n^étoit pas ce goi^t qui , dans les autres iist d^ordinaire une ardeur de Tâge, plus qu^une preuve du talent.
Guidé par la force de son génie , il se fit dV— bord, de Fart militaire une étude , et non pas un amusement : il comprit tout ce qu^il falloit d^é-
î^a «tPLOÏTS MiLtTAÏfigS;
tendue ^ d^élévatîon ^ de saDg>froid ^ de vivacité^ de profondeur^ de ressources^ de connoissances^ pour y exceller ^ et crut qu^un prince ne devoit compter pour rien de combattre ^ s^il ne se ren* doit digne de commander.
A la lecture des anciens ^ et surtout des Com^ mentaires de César, dont il traduisit les plus beaux endroits, il ajouta ia recherche et la coa-^ versation des hommes les plus consommés dans la science de la guerre. Il les écoute , il les étudie { il en fait ses amis , pour être plus à portée d^ea faire ses maîtres : il se rend propres les talens différens qui les distinguent entre eux ^ persuadé que si la naissance peut donner les grandes dispositions^ c^estTappIication toute seule qui failles grands hommes.
ORAISON FUN. UU PRlNCt D]E CONTI.
La même grandeur d'^ame Taccompagnoit dani les périls. Et ici, Messieurs, que pourroàs-jedire, qui ne soit au-dessous de ce que vous avez vu la plupart? SVst-il trouvé dans une seule action ou il ne se soit attiré ^les yeux de toute lamiée^ et où , sans avoir eu Thonneur du commandement ^ il n'hait eu presque lui seul rhonneur de la vic« toire ?
Rappelez ses premières campagnes : on croyoît revoir le grand Coudé dans sa vive et vaillante jeunesse. a
\ EXPLOITS MILITAIRES. l^'ji
A Courtray ^ où, pour la première fois, îl montra un nouveau héros aux ennnemis et à nos troupes/
A Luxembourg , où, à la tète des grenadiers , il moiite à Tassaut d^un bastion, Tépée à la main ^ et où blessé d^un éclat de grenade , et échappé i mille autres coups , il fait craindre que la victoire ne nous coûte une vie si chère.
A Novjgrade, où une escarmouche engagée trop témérairement avec les Turcs, change de face à Farrivée du prince qui y vole ; et plusieurs officiers d''un grand nom doivent à sa valeur et aux périls qu*il court en cette occasion, la vie et la liberté , qu]une audace indiscrète leur avoit fait mériter de perdre.
A Neuhausel, où, après avoir repoussé les infidèles jusque sur le bord du fossé , revenu tout couvert de poussière et de gloire , il court encore avec Félecteur de Bavière, rétablir un ouvrage où les assiégés avoient mis le feu^ et par Tamitié que rage* et les grandes qualités fornient entre eux , il £iit naître dès-«Iors dans le cœur de ce prince ces premières dispositions d'^attachement pour la France , qui ont depuis paru^ et où , si cet allié généreux et fidèle n^a pas eu pour lui les succès , il a eu du moins Thonneur de la cous* tance, de la bonne foi, Testime de la nation,. Tamour des troupes , et raffeclion du roi , qui toute seule vaut des succès , ou qui rassure du moins contre les pertes.
Enfin à Gran , où , à la tète du premier régir* Tome XIL Morceaux choisis^ 3»
ment de Tempirc ^ il arrête la preriiière fureur du Turc, le pousse, le renverse, lui arrache la vic-^ toire, qa^'û croyoît déjà tenir ^ affronte mille fois la mort qui parolt le respecter plus qu'ail ne paroH la craindre ^ porte partout la terreur du sang de France toujours fatal aux infidèles ^ fait déjà x*edouter aux Allemands^ dans le bras qui ks défend, celui qui \a bientôt les vaincre; et montre de loin aux vœux des Polonois , témoins et admirateurs de ses actions , le héros digne d^étre un jour placé sur leur trône.
A ces traits, le reconnoîssez-vous , Messieurs? ce ne sont pourtant encore que les premiers essais de son courage. Ce nouveau David jcroissant; va paroltre de jour en jour au-dessus de sa valeur même.
Vous ne Tavez pas oublié, Mesneurs, cl le souvenir de ces deux mémorables >ourttées où le prince de Contî parut si grand , est encore frop récent, et trop glorieux à la France, à la mémoire du maréchal de Luxemboui^, à PUstoire de ce règue ; trop honorable surtout au vaillant prince qui nous honore ici de sa présence, et qui en a partagé avec tant de distinction la gloire et les dangers^ trop rapproché même tous les jours, par la différence des événemens, pour être effacé de votre esprit , puisqu'il ne le sera jamais de nos annales.
Que u^aî-je plus d^usage dans Tart de décrire dçs yictoires et dçs batailles ! ou plutôt, pourquoi ce temple et cçs autels m^avertisseat-ils que mou
Inicustère ne doit mettre ici dans ma boocbe, que des paroles de paix et de réconciliation?
Vous Taiiriez vu à StéinLer<]ue rappelant la .inctoire qui d^abord nous échappe^, rétablissant partout ce que la première surprise nous a déjà fait perdre d^avantages^ prenant lui-même des «Dains d'^un de nos officiers blessé^ le drapeau qui^'û est bors d^état de porter ^ rassemblant autour de lui Cfux que sa présence rassure ^ ou que le danger de sa personne attire^ les exhortant.^ .eonmie uo autre Machabée^ de ne pas flétrir par une fuite honteuse ^ la gloire du nom françois ^ |ilsque*Ià accoutumé à vaincre ^ et de mourir plutôt que de devoir la vie à une lâche retraite^ couvrant porter au milieu deseunenrâYavecf étendard de la Fraitee, le signal de la victoire^ au centre^ .à 1»* droite ) à la gauche ^ il est partout ou la victoire est encore douteuse ^ et la victoire se déclare dès qu'ail parolt : éclairant le marédial de Luxembourg méo^^ par U justesse de ses conseils et p^ la pénétration de ses vues:; enfin. Famé de ce grand général dans cette fameuse journée, comnae ce général le fut lui-^mème de toute Parmée.
Tel et encore plus grand parolt-il peu de temps après à Nerwiude» L^ennemi retranché dans son camp^ comiâe dans un fort, mille foudres qui portent la mort partout ^ en défendent Tapproche ^ nos troupes déjà plusieurs fois repoussées, le soldat découragé , le général accoutumé à une vie- ' loire prompte , étonné de la voir balancer si longtiemps aujourd'hui , court au prim^ de Conti :
è^6 LA CUBRBEj
Srand prince , lui dit-il ^ tout va manquer ^ et il n^y a que votre présence qui puisse, faire tomber les difficultés. Conti paroU ^ ai^ec lui la confiance revient aux troupes^ la valeur de la nation reprend le dessus^ on le suit ^ rien ne résiste ^ les retranchemens sont forcés en plusieurs endroits ; ils ouvrent à Conti autant de voies à la victoire; il charge jusqu'*à six fois à la tète de six corps difierens. LVnnemi^ qui n''a plus de rempart que sa propx-e valeur, s'*ébran£e. Tout couvert de sang et de feu , Conti perce dans leurs rangs. La victoire qu'ail tient déjà, un coup de sabre qu'il reçoit sur la tête est sur le ppint de la lui ravir ;^ et le téméraire qui porte le coup est puni à Finstant de son audade ^~ et percé dd la main du prince, il expire à ses pieds. Enfin Soldat, gâiérai, à mesure que le besoin d^ service le demande, ses conseils commencent la vic:bDire, et sa valeur Fachève.
OB. FIJN. PE M. LE PRIKCE DE C0?ITK