‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 36 sur 184 · EMPLOI DU TEMPS · texte numérisé non relu

EMPLOI DU TEMPS

nous a confié) est donc devenu pour nous un finrdeau qui nous pèse et nous fatigue : nous crai— gnonS) comme le dernier des maUie.urS) qu'ion ne nous en prive pour toujours ; et nous craignons ' presque comme un malheur égal d'en porter Ten-» nui et la durée : cVst un trésor que nous voudrions pouvoir éternellement retenir ^ et que nous ne pouvons soui&ir entre nos mains.

Nous regarderions comme un insensé dans le Qatonde^ un homme lequel héritier d^un trésor immense ) le laisseroit dissiper faute de soins et d'^attentions , et n en feroit aucun usage , ou pour S^élever à des places et a des dignités qui le tire<^ ^ient de Tobscurité ^ ou pour s^'assurer une fortune solide^ et qui le mit pour Favenir dans une situation à ne plus craindre aucun revers. Mais ^ le temps .est ce trésor précieux dont nous levons hérité. en naissant ^ .et que le Seigneur Qous laisse par pure miséricorde^ il est entre nos mains ^ et c^est k nous d'^en faire usage. Ce n'^est pas pour nous élever ici-bas ^ à des dignités frivoles:; et à des grandeurs humaines : hélas ! tout ce qui passe est trop vil pour être le prix d^un temps qui est lui-même le prix de rétemité : c^est pour être placé au plus haut des cieux à côté de Jésus- Christ^ c'est pour nous démêler de la foule 4es ^nfans d'Adam ^ au-dessus même dçs Cçsars et des rois de la terre ^ dans cette société immortelle de bienheureux ) qui seront tous rois, et dopt le

règne

tkgT^e tr'anra point- d'autres bornes que celles à& tous les sièclc^s.

Quelle folie- donc ^ de ne faire aucun usage d'un trésor si ioestimable^ de prodiguer en amusemens frivoles un temps qui peut être le prix de notre sakit étemel:; et de laisser aller enfumée Tespérance de notre immortalité ! Oui , il n'estpomt de jotir , d^heure , de moment , lequel mis à profit , ne puisse nous mériter le ciel. Un ' seul jour perdu devroît donc nous laisser des re- • grets mille fois plus vifs et plus cuisans qu^une •■ grande fortune manquée : et cependant , ce temps • si précieux nous est à charge ^ toute notre vie * nWqu^un art continuel de le perdre;; et malgré ' toutes nos attentions à le dissiper , il nous en * reste toujours assez pour ne savoir encore qu^en '• faire ^ et cependant , la chose dont nous faisons ' lémoins^decassurlaterre, c^est de notre temps: ■ n'os offices , nous les réservons pour nos amis 5 nos ^ bienfaits , pour nos créatures ^ nos biens , pour • nos prodies et pour nos enfans ^ notre crédit et ' nbtre faveur , pour nous-mêmes ^ nos louanges ^ pour ceux qui nous en paroisscnt dignes ;; notre temps, nous le donnons à tout le monde ^ nous * Tex posons , pour ainsi dire , en proie à tous les ' hommes : on nous fait même plaisir "de nous en • décharger^ c'est comme un poids que nous portons au milieu du monde , cherchant sans cesse quelqu'un qui nous en soulage. Ainsi le temps , ce don de Dieu , ce bienfait le plus précieux de sa clémence , et qui doit cire le prix de notre' Tome XLL Mof^CEAUX choisis, ^

86 PERTE BV TEMPS.'

élerDÎté , fait tout rembarras , tout Fenhui , et le fardeau le plus pesant de notre \ie.

CARÊME ^ III

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