‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 91 sur 184 · MALHEUR ATTACHÉ AU VICE · texte numérisé non relu

MALHEUR ATTACHÉ AU VICE

JLe péc|ii?ur çst malheureux, s'il tourne les yeux vers le passe. Toute sa félicité e§t comme reofer^ naée di»i^s le mement préseint 4 et pour être heureux, il faut quil ne pense point ^ qu'U se laisse mener ^ cpmqae les animaux muets, par Tattraït despbjets présens ^ et qu'il éteigne et abrutisse sa raison,, s'il veut conserver sa tranquillité. Et de là ces maximes si indignes de Thumanité , et si répandues dans jie monde ^ que trop de raison est up. triste avantage 5 que les réflexions gâtent tous lès plaisirs de la vie, et que pour être heureux U f^ut peu penser. O homme ! éloit-ce donc pour ton malheur que le ciel t'a voit donné la raison ' <]^uî t'éclaire, ou pour t'aider à chercher la vé-nié,, qui seule peut te rendre heureux ? Cette luujléi'e divine q^ui embellit ton être, seroit-^elle' donc une punition plutét'qu'un don;iu Créateur? e\ ne te distlngueroit^lle si glorieusement de la béle,'que pour te rendre de pire condition qu'elle? 7 orne Xll, Morceaux ceoisi% ly

Oui * mes Frères . telle est la destinée d^nne ajne infidèle. Ce nVst que Tivresse, Femporlement, FextiDCtion de tpute raison qui la. rend heureuse^ et comme qette silualiou n^est que d''un instant ^ dès que Tesprit se calme et retient à lui, le charme cesse ^ le bonheur s'Wuit, et Thptnme se trouve seul avec sa consdence et ses crimes* avent*

FLAITÇERIE.

piRE ^ quel fléau pour les grands ^ que cesl^opundl nës pour applaudir à leurs passions^ ou pour dresser des pièges à leur innocence \ quel malheur pour lès peuples , quand Icjs princes, et les puissans/sè livrent à ces ennemis de leur gldre, parce qu'ails le sont de la sagesse et de la vérité ! Les JSéaux des guerres et des stérilités sont des £bBa^x passagers:; et des temps plus heùrèùx ra-. mènent bientôt la paix et IVbondànce : les peuples en sont aillîgés^ mai^ la sagesse du gouvernement leur laisse espérer des resspurces. Le fléau de Tadulatiou ne permet plus d'eu attendre^ c'est une calamité pour Fétat , qui eu promet toujours de! nouvelles : Foppression Ses peuplés déguisée au. souverain ne leu^ annonce que des charges plus onéreuses^ les^gémissemens les. plus tou- «{lans quç forme, la misère publique^ passent bîen^ tôt pour des 'murmures; les remontrances les {dus )uste8 et les plus respectueuses , Fadulation

FLATTERIE. SOJ

les travestit en uae téidàrité ponissable^ et Tim^ possibilité d^biMr n'a plus â'airtre nom que là rébellidu et h toauvtfîse Volonté qui refase. Q«(è le Seignétti* , disoit anti'efoîs un ^rit rùi , cbni- £[>nâe ces langues trompettses et ces lèrrës faussés "qui cherchent à nous perdre, parce qn^dles ne f'ëtudiènt qn^à nous plaire ! petit carê^c.

Si vous voulez Vous juger vous*mêtties, et toi» suivre dans le détail de vos devoirs, de Vos liai-^- 'sons, xte vos entretiens, vous verrez ^è tous \ài discours et toutes vos démarches ne sont que des adoucbsemens de la vérité, et des t^mpéramèns Tpour la réconcilier avec les préjugés ou lés passions de ccfux avec qui Vdus avez à vivre. Notis me leur montrons jamais la vérité que par les lendiioitspar où elle peut leur plaire : nous trouvons toujours un beau côté dans ledits vicéi» 1^ plus déplorables :; et comme toutes les pàSsiods resséfnblent toujours à quelque Vertu , nous b9 manquons jamais de nous sauver à kt &ve«ir d» cette ressemUance.

Ainsi tous les joui« dtëVààt lÈÉh ambitieux,

BoUs parlons *dé Tainour de là' gloire et du désir

' dé parvenir , coinnie dés seuls pencbaos qui font

les grands homitires ; nous flaltoiis son orgueil ^

noîâ àlittinons ses désirs par des espérances et

par des prédictions flatteuses et chimériques ^

nous nourrissons Terreur de ^h imagination eb

lui rapprochant des fantômes dont 3 té repaît

(Sans cesse kd-méme. Nous osobs peut-être A

giénéral plaindre les hoaunes de tant s^agîter poifr des. ehoses que le hasard distribue ^ et que la moct Va nojus ravir demain;^ mais i{ou& u- osons blâmer Finseiisé qui sacrifié à cette fumée sou repos ^ sa ^ie et sa conscience. Devant un vindicatif^ nous justifions son ressentiment et sa colère^ nous adoucissons son crime dans son esjuit, en autorisant la justice de ses plaintes ^ nous ménageons sa passion^ en exagérant le toit de son ennemi : nous osons peut-^étre dire qu'il faut pardonner;; mais novys n^osons pas ajouter que le premier . d^pré du jpardon ^ c'est de ne plus parler de Tinjure qu'op a reçue.

Devant un courtisan mécontent de sa fortune^ et jaloux de celle des autres^ nous lui montrons ses concurrens par les endroits les moins favor' râbles ^ nous jetons habilement un nuage sur leur mérite et sur leur gloire ^ de peur qu'elle ne blesse hès yeux jaloux de celui qui nous écoute : nous diminuons^ nous obscurcissons. Féclat deleurstalens et de leurs services ; et ^ par nos ménagemens injustes , nous aigrissons la passion ^ nous Taidons ^ s'aveugler^ et à regarder comme des honneurs qu'on lui ravit ^ tous ceux qu'on répand sur s<|S frères* Que dirai-je ? devant un prodigue ^ ses pro« fusions ne $ont plus dans notre bouciie qu'un air de générosité et de magnificence* Devant un avai^^ sa dureté et sa sordidîté , n'est plus qu'une sage modération et une bonne conduite domestiqua* Devant un grand ^ ses préjvigés et ses erreurs trcH|<* vent toujours en nous des apologies toutes prèt^^

SVH LA HÉDliAlf^E. ' 209

cm respecte ses passions comme son autorité ^ et ses préjugés deviennent toujours les nfttres* Enfiu nous empruntons Jes erreurs de tous ceux avec qui nous vivons ^ nous nous transformons en d'autres eux-mêmes ; notre grande étude est de connoitre leurs foiblesses pour nous les appro^ prier : nous nWons point de langage à nous^ nous parlons toujours le langage des autres : nos discours ne sont qu'une répétfti<m de leurs préjugés ; et cet indigne avilissement de la vérité ^ nous rappelons la science du monde ^ la prudence qui sait prendre son parti ^ le grand art de réussir et de plaire* avent.

Page 1