‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 98 sur 184 · ERREURS, CAUSÉS DE NOS DÉSORDRES · texte numérisé non relu

ERREURS, CAUSÉS DE NOS DÉSORDRES

JLiA source déplorable de nos désordres est presque toujours dans nos erreurs ^ et nous ne faisons point de. chute ij où quelque faux jugement ne nous ait conduits. Aussi, la grande différence que met TApôtre entre le juste et le pécheur, est qne le juste est un enfant de lumière , qui jug^ de tout par des vues hautes iet sublimes ^ et qui h là faveur de cette clarté supérieure qui le gxiide ^ démêlé partout le vrai du faux , petce les dêhorâ fe«ompeui:9 r'épopdus sur tous les ol^ets qui noùâ

KRBKTTKS ^ CAUSES DE NOS DéSOKDRES. X^J.

enviroQoeat , et ne voit en eux que ce qui s'y trouve en effet : au lieu que le pécheur est un enfant de ténèbres, qm ne juge que par des vues, fausses et confuses^ qui ne >oit de tout ce qui, est autour de lui que la surface et Técorce;! e.t qui loin de porter la lumière sur les ténèbres qui Tenvironnent , répand ses propres ténèbres sut; un reste de clarté que lui offrent encore les créatures , et les événemens au milieu desquels il vît. Or, mes Frères , on peut marquer trois erreurs^ principales , d''où naissent cette foule de fausses maximes répandues dans le monde , et qui dérobent presque à tous les hommes les voies de la justice et de la»vérité. La première est une erreur, d^fôpérance , quiltormée par la vivacité du premier âge, et par le défaut d'expérience inséparable de notre «ntrée dans le monde , ouvre à rjmaginatiou, si capable alors de séduction, mille, lueurs éloignées de fortune, de gloire, de plaisir;;, et rattache à ce monde réprouvé , plus par les cjiarmes qu'elle lui promet , <jue par ceux qu'on y trouve dans la s.uite. I^a seconde est. une jecreur. de surprise ^ qui ne trouvant pas le cœur encore, içstruit sur lie vide et l'insbibiîité des choses humiaines , sur les caprices du monde et l'amertume . des plaisirs , laisse aux premières impressions que , fait sur. nous le spectacle du monde, le loisir de . n/Mis toucher, de nous amollir, de n.Qusi entraîner^ ci profite d'un^ circonstance où tout c^.qui blesse , IVme ne s efface plus , pour y faice entrer le . v^nin plus ayant, et la çoitonipre^sans ressource.

228 SUR L^'lMPIÉTÉ.

Enfin ^ la dernière est une erreur de sécurité ^ ' qui nous représente les abus du monde c(»nme des usages ^ ses précipices comme des voies droites et sûres ^ les précautions de la foi comme dés foiblesses ou les excèi d'une piété mal entendue^ et nous fait marcher sans rien craindre dans les sentiers où tous les pas sont presque des chutes*

FiLNÉG. DE s. BENOÎT.'

SUR LIMPIÉTÉ.

L^HOMME criminel dans Télévation et dans la prospérité^ est si enivré des éloces que Fadulation lui prostitue sans cesse ^ il se œnnolt si peu ^ ou plutôt il est si rempli de lui-même ^ qu'ail vous regarde^ grand Dieù^ comme si vous n^étiez pas. Il ne compte pour rien de vous irriter tous les jours par de nouveaux outrages. Rassasié de plaisirs^ il cherche de nouveaux crimes dans le crime même. Les désordres ordinaires sont usés pour lui : il faut qu^il en cherche d'afireux par leur singularité^ pour réveiller ses passions. Il se fait même honneur de cette distinction monstrueuse^ comme si les crimes vulgaires ne vous ofTensoient qu'à demi. Il s'applaudit d'avoir trouvé lui seul , pour vous outrager^ des secrets inconnus au reste des hommes. Il tache de se persuader que tout le poids de votre colère n'est qu'un épouvantail dont en fait peur aux âmes simples et crédules. Il débité tout haut que vous êtes trop grand pour vouloir

abaisser

SUR l'i ai PI ÉTÉ. aa^

abaisser votre majesté jusqu^à ce qui se passe parmi les hommes ^ que loin de rechercher ua jour la vie du pécheur , vous Foublîerez luimême^ comme sHl n^avoit jamais été 5 que, cx)ntent ^ jouir de vous-même , vous n'avez préparé ni des chàtimens au crimç , ni des récompenses à la vertu. C'est cette impiété , grand Dieu , qui outrage votre providence^ qui déshonore votre sainteté et votre justice, qui vous dégrade de tout ce que nous adorons en vous de divin , et qui vous fait un Dieu impuissant ou injuste. C'est elle qui achève de vous rendre inexorable envers l'impie , et qui attire sur lui l« plus redoutable de vos chàtimeiis : vous l'abandonnez à lui--^ même ;; vous le laissez marcher tranquillement dans ses. voies ^ vous lui laissez goutter à longs traits la douceur empoisonnée du crime. Mais vous lui ferez bientôt sentir que vous êtes plus terrible, quand vous souffrez ici-bas , et que vous dissimulez les outrages du pécheur, que lorsque vous les punissez.

En effet , grand Dieu , dès que votre patience poussée à bout l'a livré à toute la corruption de son cœur , il fait une profession publique de vous oublier , de vous mépriser , de parler de votre être infini et adorable comme d'une chimère que l'erreur et la crédulité des hommes a réalisée. Il vit et agît comme s'il ne dépcndoît que de luimême, comme s^il ne tenoit que de lui seul tout ce qui le fait exister sur la terre , et qu'il n'y eût point au-dessus de lui une essence suprême et Tome XIL Morceaux choisis» 20

23o SUR l"* IMPIÉTÉ.

éternelle ^ en qui nous vivons , par qui nous âommes^ et qui donne le mouvement à tout.

£t il faut bien ^ grand Dieu ^ que Timpie tache de se persuader que vous n^étes rien , pour se calmer dans des dissolutions qu^il sent bien ne pouvoir demeurer impunies ^ sMI y a au--dessus de nos tètes un vengeur du vice et un rémuné*rateur de la vertu. Sa conscience et sa raison se soulèvent en secret contre cette impiété ^ il ne peut étouffer ce cri de la nature qui réclame sans cesse son auteur : mais il le regarde comme ua préji^é de Fenfance et un reste de vaine terceor ^ que réducation^ plutôt que la.nature^ a laissé daiu son ame. Le crime n'^a .p<»nt ici-bas dVutire ressource. Il faut secouer tout joug de religion ^ quand .on veut secouer sans remords tout joug de la vertu, delà pudeur, de TinnOcence, et jouir tranquillement du fruit de ses iniquités. C Vst le dérèglement tout seul , grand Dieu , qui fait, les impies» La religion ne sauroit s'^allier avec une vie dissolue : ses menaces empoisonnent toof les plaisirs criminels. Il faut ou abandonner ces plaisirs, ou soutenir sans cesse, des 'reniords et des frayeurs qui nous troublent et nous déchirent* Le choix est^bientôt. fait: on ne croit plus rien, et Ton vit tranquille dans le crime. C^est alors , grand Dieu , que toutes les voies de Fimpie de-*» viennent abominables. Il laisse partout des traces de ses souillures : il profane tous les lieux les plus sacrés , les tenips les plus saints , et les plus des^ t^oés k votre culte. L'âge lui-même, qui mûrit

SVR L'*IJttPlÉTÉ. aSi

tout^ ne change rien à la dépravation de son cœur. La vieillesse rendurcit dans le crime:; à mesure qu^elle le rend incapable de goûter les plaisirs ^ elle en augmente les désirs ^ et cette dernière saison de la vie ^ qui est d^ordinaire celle des réflexions et du repentir , devient comme la consommation et le dernier degré de son impé— nitence. paraphrases. '

J^avoue que les iiiipies ont été de tous les siècles ^ que chaque âge et chaque nation a vu des esprits ndrs et superbes dire non-^^seulement dans \eut cœur ^ et en secret , mais oser blasphémer tout ' haut^ qu'il n^y a point de Dieu^ et que^ dès le temps même de Salomon ^ où le souvenir des merveilles du Seigneur eu Egypte et dans le désert étdt encore si récent , ils proposoîent déjà contre tout culte rendu au Très-Haut^ ces doutes impies qui sont devenus le langage vulgaire de Tincrédulité.

M ais^ s'il a paru autrefois des impies , le monde lui-même les a regardés avec horreur^ et ces ennemis de Dieu n''ont paru sur la terre que pour être comme le rebut et Fanathème de tous les hommes.

• Aujourd'hui^ hélas M'impiété est presque devenue un air de. distinction et de gloire : c'est un titre qui honore^ et souvent on se le donne à soi-même par une affreuse ostentation ^ tandis que la conscience n'ose encore secouer le joug ^ et nous le refuse. Aujourd'hui c'est un mérite qui

aSa stjfi l'impiété.

'^onne accès auprès des grands ^ qui relève ^ pcmr ^insi dire ^ la bassesse dii nom et de la naissadice ^ qui donne à des hommes obcurs^ auprès des princes du peuple , un privilège de familiarité dont nos mœurs mêmes , toutes corrompues qu'elles sont , rougissent;; et Timpiéti, qui devroit avilir réclat même de la naissance et de là gloire^ décore et ennoblit Tobscurilé et la roture- Ce sont les grands qui ont donné du crédit à Fimpie:; v.'est à euicà le dégrader et à le cionfondre.

Quelle boute pour la religion ! Les plus grands hommes du paganisme ne parlaient qu'avec respect des superstitions de Tidolàtrie, dont ils connoissoient la puérilité et rextravagancéî ils pensoient avec les sages , et ils n osoient parleir que comme le peuple. Ils n'^auroient osé , avec toute leur réputation et leurs lumières , insulter tout haut un cu|te si insensé , mais que la majesté des lois de Tempire et raucienneté rendoit respectable ^ et Socrate, lui-même , l'honneur de la Grèce ^ te premier philosophe du monde ^ si estimé de tous les siècles , et qui devoit être si cher au sien^ perd la vie par un arrêt public d'Athènes^ pour avoir parlé avec moins de circonspection de ces dieux bizarres auxquels ses citoyens dévoient nioins de respect et d'honneur qu'à lui-même. %

Et pamli nous ^ le Dieu du ciel et de la terre est insulté hautement ^ sans que le zèle public se réveille î et sous l'empire même dé la foi , des hommes vils et iguorans font des dérisions pu-

SÔORCfiS ^B L^lMl»létÉ. 233

Uiqués d^une doctrine descendue du ciel ^ et on applaudit à rimpiété ! et ^ dans un royaume où le titre de chrétien honore nos rois , riiicrédulilé impunie devient même un titre d^honneur pour des sujets ! Les vaines idoles auroient donc eu le ministère public pour vengeur contre les savans et les sages:; et le seul Dieu véritable ne Tauroit pas coatire les libertins et les insensés ?

^ PETIT CARÊME

SOURCES DE LIMPIÉTÉ.

JL^iMPiE porta en naissant les principes de religion naturelle communs à tous les hommes : il trouva édrité dans son cdeur une loi qui déféndoit la violence ^ Fin justice ^ la perfidie^ et tout ce qu^oo ne peut pas souffrir soi-même^ l'éducation forti&a ces sentimens de la nature : on lui apprit à connollre un Dieu , à Taimer , à le craindre : on lui montra la vertu dans les règles : on la lui rendit aimable dans les exemples : et quoiqu'il trouvât en lui des penchans opposés au devoir ^ lorqu^il lui arrivoit de s'y laisser emporter , son cœur prenoit en secret le parti de la vertu contre sa propre foiblesse.

Ainsi vécut d^abord Pimpîe sur la terre ; il adora avec le reste des hommes un être suprême ^ il respecta ses lois :j il redouta ses chàtimens ^ il attendît ses promesses. D^où vient donc qu'il n'a plus connu de Dieu ^ que les crimes lui ont paru

• 34 SOUIiCEii I>i-. L^BlPlÊTÉî

des polices humaines , Fenfer un préjugé , ravénîr une chimère ) Tame un soufQè qui s^étéiutavec le corps ? Par quel degré est-il parveuu à ces coni^oissances si nouvelles et si surprenanteâ^? par quelles voies a~t-il pu réussir à se défaire de ses ancieus préjugés si élablis parmi les hommes^ et si conformes aux sen timons de son oœur i^ et aux lumières de sa raison ? A--t-il examiné ? a-t-il consulté ? a-t-il pris toutes les précautions sérieuses que demandoit Tafiaire la plus importante de sa vie ? s'est-il retiré du commerce des hommes pour laisser plus de loisir au^ réflexions et à Fétude ? a-t-il purifié son cœur , de peur que les passions ne lui fissent «prendre le clmnge ? De quelles attentions n'a-^t-pn pas bêsoiu^ pour revenir des premiers seutimens doutTame avoit été d'abord imbue ?

Ecoutez-le ^ mes Frères ^ et adorez ici la justice de Dieu ^\xr ces hommes corrompus qu^il livre ^Ja vanité de leurs pensées, A mesure que ses mœurs se sont déréglées ^ les règles lui ont paru suspectes : à mesure qu'il s'et^t abruti « il a taché die se persuader que Tl^komme ^toit semblable à la bête. Il n'est devenu impie ^ qu'en se fermant toutes les voies qui pou voient le conduire à la vérité^ en ne se faisant plus de la religion uoe •affaire àérieuse ^ eu ne Texaûiinant que pour la dé honorer par des blasphéma et des plaisanteries sacrilèges : il n'est devenu itkipîe^ qu'en cberchant à s'endurcir contre les cris de sa conscience^ et SQ livrant aux plus iiJam^ voluptés. G'esi paà*

srR LVsfcnÉDtJLitB. "235

«ecffe Toîe qu'il est parvenu aux connoîssances raines et sublimes de riiicrédulité ^ c^^est à ces grands efforts , qu'il doit Ja découverte d^uné vérité que le resté des hommes jusqu^à lui a voit ou ignorée , ou détestée.

Voilà la source de toute incrédulité ^ le dérèglement du cœur. Oui^ mes Fjfères^ trouvezrmoi ^ ^ vous le pouvez ^ des hommes sages ^ vé*rilables , chastes , réglés ^ tempérans , qui ne croient point de Dieu , qui n^at tendent point dV venir y qui regardent les adultères^ les abomina— tiens ^ les incestes , comme les penchans et les jeux d'une nature innocente. Si le monde a vu des impies qui ont paru sages et tempérans , c^étoit '^ -Oto qu'*ils cachoieot mieux leurs désordres ^ pour donner plus de Crédit à leur impiété ^ ou la satiété du plaisir qui les avoit meué^ à cette fausse teih-^ pérance : la débauche avoit été la première source de leur irréligion ; leur cœur étoit corrompu ^ avant que leur foi fit uaufrage : ils avoient intérêt de croire» que tout meurt avec le corps, avant que d''étïe parvenus à se le persuader; et ^un long usage du plaisir avoit bien pu lesdégôûtei: du crime y mais non pas leur rendre la vertu plus aimable. • CAKÊafE , i

SUR LIKCRÉDULITÉ.

l^UAtfn je vois d'^un coup d^œil toiït ce que les atèclc&fchré tiens ont eu de: plus grands Jiommes ;,

236 SUR L^NCRtDULlTÉ.

de gémes plus élevés ^ de savans plus profonds et pkis éclairés , lesquels après une vie entière d^étude ^ et une application infatigable ^ se.sont soumis avec une humble docilité aux mystères de la foi^ ont trouvé les preuves delà i-eligion si' édatantes quil leur a paru que la raison la plus fièreet la plus indocile ne pouvoit refmer de se rendre ^ Font défendue coutre les blasphèmes deS païeûs:^ out rendu muette la vaine philosophie des sages du siècle ^ et fait triompher la foHe de la croix , de toute la sagesse et de toute l'érudition de Rome ou d^Âthèues; il me semble que pour revenir à combattre des mystères depuis si longtemps et si universellement établis ;; que pour être ^ si j''ose mVxprimer ainsi ^ reçu appelant de la soumission de tant de siècles ^ des écrits de tant de grands hommes ^ de tant de victoires que la foi a remportées , du consentement de Funivers , en un mot ^ d^unc prescription si longue et si bien afiermi^ ^ il faudroit ^ ou de nouvelles preuves qu'ion n'eut pas encore confondues ^ ou de nott— velles difficultés dont personne ne se fût encore avisé ^ ou de nouveaux moyens qui. découvrissent .dans la religion un foible qu'on n'a voit pas encore découvert. Il me semble que.^ pour s'élever tout seul contre tant de témoignages , tant de prodiges ^ tant de siècles ^ tant de monumens divins ^ tant de personnages . fameux ^, 4ant d'ouvrages que les temps ont consacrés ^ que toutes les attaques dé rincrédt:llté ont rendus d'âge en âge plus trioiiaphans et plus immortels ^ en un mot ^ taut d'évé*

SUR L^rnCBÉDULITÉ. 23^

nemèos ëtonnans ^ et jusque Jà iuoixis ^ qui établissent la foi des chrétiens ^ il faudroit des raisons bien décisives et bien évidentes ^ des lumières bien rares et bien nouvelles , pour entreptendre ou d'en douter , ou de la combattre. Hors de là (m aura droit de nous regarder comme un insensé ^ (Jui viendroit tout seul défier de loin une armée entière ^ seulement pour faire ostentation de son vain défi , et se parer d^une fausse bravoure. . Cependant^ lorsque vous approfondissez la plu*part de ces hommes qui se disent incrédules^ qui' se récrient sans cesse contre les préjugés po~ |)nlaircs ^ qui nous vantent leurs doutés , et nous défient d'y satisfaire et d^ répondre^ vous trouvez qu'ils n'ont pour toute science ^ que quelques douteis usés et vulgaires ^ qu'on a débités dans tous les temps ^ et qu'on débité encore tous les jours dans le monde^ qu'ils ne savent qu'un certain jargon de libertinage qui passe de liiain en main, qu'on reçoit sans l'examiner, et qu'on répète sans l'entendre : vous trouvez que toute leur capacité et leur étude sur la religion , se réduit à certains discours de libertinage , qui courent les rues , s'^il est permis de parler ainsi :; à certaines maximes re- ^ttues, et qui, h force d'être redites, commencent à tenir de la bassesse du proverbe. Vous n'y trouvez nul fonds , nul principe , nulle suite de doctrine , nulle connoissancé de la religion qu'ils attaquent : ce sont des hommes dissipés par les phisirs, et qui seroient bien fichés d^'avoîr un moment de reste , pour examiner eunuycusement

a38 SUR L\vprkTÉ,

des vérités qu^ikne se soucient pas de coancAtre^ des hommes d^un caractère léger et saperfîciel^' incapables d'^attention et dVxamen ^ et qui ne sauroient soutenir un seul instant de sérieux et de méditation tranquille et rassise ^ disons- le > encore ^ des hommes noyés dans la volupté ^ et en qui la débauche a peut-être méme^ abruti et éteint ce que la nature pouvoit leur avoir donné de pénétration et de lumières.

Tous nos prétendus incrédules sont de faux braves ^ qui se donnent pour ce qu'ails ne sont pas : ils regardent Tincrédulité comme un bon air i; ils se vantent sans cesse de ne rien croire ] et à force de s'^en vanter ^ ils se le persuadent à eux-mêmes : semblables à certains hommes nouveaux que nous voyons parmi nous ^ lesqoels touchent presque encore à Tobscurité et à k roture de leurs ancêtres , et veulent pourtant qu^oii les croie d^une naissance illustre «et descendus des plus grands noms ^ à force de le dire ^ de rassurer ^ de le publier ^ ils parviennent presque à se le persuader à eux-mêmes. Il en est ainsi de nos prétendus incrédules : ils touchent encore ^ pour ainsi dire , à la foi qu^ib ont reçue en naissant ^ qui coule encore avec leur sang , et qui n'est pas efTacée de leur cœur : mais c^est pour eux une manière de roture et de bassesse dont ils rougissent;} à force de dire qu^ils ne croient rien , de Tassurer^

PORTRAIT DE L^ITCRÉDVLE. ^3^

de s^eQ Tanter ^ ils croient ne rien croire ^ et en ont bien meilleure opinion d^eux-^èmes.

CARÊME^ li.

PORTRAIT DE LINCRÉDULE.

Vous qm vous faites honneur de ne pas croire^ saves^TOUS bien ce que c^'est quVn incrédule? C^est un homme sans mœurs ^ sans probité , sans foi) sans caractère^ qui n''a plus d^autre règle que ses passions ^ dWtre loi que ses injustes pensées ) d autre maître que ses désirs ^ d^autre frein que la crainte de Fautorité^ diantre Dieu quû lui-même ; enfiint dénaturé ^ puisquMl croit qùm le hasard tout seul lui a donné des pères :; ami infidèle ). ptiisqu'^il ne regarde, les hommes que comme les tristes fruits d'un assemblage bizarre et fortuit) auxquels il ne tient que par des lienli passagers.^ maitre cruel) puisqu^il est persuadé que c^estle plus fort et. le plus > heureux qui à toujours raison. Car qui pourrait désormais se fier avons? Vous ne craignes plus de Dieu^ vou$ ne respectez plus les. hommes ^ vous n'*attendes plus rien aprj» cette, vie : la vertu et le vice voitf paraissent des préjugés de renfance , et las suites de la crédulité. des peuples. Les adultères , les vengeances ) les blasphèmes.) les perfidies noires ^ les abonûnations qujon n'pseroît nommer ) ne soQtplus pour vous que des défenses humiiiaeS| ft des polices établies par la politique des légis^

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